Conception d’un univers : inspiration, imagination, connaissances

« Perso, je trouve qu’écrire du fantastique, ou de la SF, c’est ce qu’il y a de plus simple car il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances, juste de l’imagination. »

Cette citation, je ne l’ai pas inventée. Je suis tombée dessus par hasard dans une communauté d’écrivains amateurs. Et le problème, c’est que je suis persuadée que beaucoup de gens ont cette conception là de la fantasy.

Pour concevoir un monde de fantasy, il faut plusieurs choses :

  • De l’inspiration : qu’on pourra trouver dans notre monde réel, dans notre histoire personnelle, dans des œuvres de fiction, dans la musique etc…
  • De l’imagination : pour concevoir des peuples, des créatures, des pays imaginaires (l’imagination découle donc de l’inspiration). L’auteur pourra alors choisir d’ancrer son monde dans une époque et/ou une région qui se rapprochent à notre monde réel, ou bien de s’en dissocier. Le monde imaginé n’est donc pas forcément un reflet de notre monde à nous (je vous renvoie à mon article sur la Diversité des personnages en fantasy et surtout à l’épisode 52 de l’excellent podcast de la communauté Elbakin.)
  • Des connaissances (et de la réflexion) : pour pouvoir créer un univers, il faut déjà comprendre comment le nôtre fonctionne. Et pour cela, il faut un socle solide de connaissances, et ce sur des sujets extrêmement variés.

J’ai déjà commencé à aborder la problématique de la cohérence à travers deux articles La cohérence dans l’imaginaire, qui traite de la différence entre réalisme et cohérence, et Des anachronismes dans l’imaginaire ?, qui évoque un cas particulier d’incohérences, les anachronismes.

Dans ce blog, j’ai plusieurs fois déclaré que la fantasy est le genre des possibles, dont en principe la seule limite est l’imagination. Mais cela ne signifie évidemment pas que l’auteur peut faire n’importe quoi. Ainsi, je ne cautionne pas les « Ta gueule, c’est magique » ni les Deus Ex machina qui sortent de nulle part. Autrement dit, pour que le lecteur puisse croire à un univers, pour qu’il apprécie sa lecture et accepte de se prendre au jeu, il faut que l’auteur lui propose un univers cohérent.

Et pour ça, disais-je, il faut des connaissances, et ce quel que soit le genre littéraire. Mais c’est, à mon avis, encore plus vrai pour la fantasy et la science fiction, puisqu’on ne pourra pas se servir de notre Terre contemporaine pour se rattraper aux branches.

Je vais donc faire un petit inventaire (non exhaustif, donc n’hésitez pas à proposer d’autres exemples dans les commentaires) des connaissances qu’un auteur peut être amené à chercher pour concevoir son monde imaginaire. Bien entendu, un auteur ne va pas forcément avoir besoin de se servir pour son texte, tout dépendra des thèmes abordés et de son degré de world-building.

  • La géographie (au sens large)

Eh oui, on parle de construire une planète/un continent/un pays de A à Z, avec ses reliefs, ses montagnes, son climat, ses évènements météorologiques, son fonctionnement « tellurique » (s’il y a des séismes, cela suppose qu’il y a un mécanisme de plaques, par exemple), ses catastrophes naturelles etc…

  • La Faune et la Flore

Alors, certes, en fantasy on a souvent des animaux et des plantes inventées. Or, pour que vos bestioles et vos arbres aient un comportement et une physiologique cohérentes et vraisemblables, il faut déjà avoir une certaine idée de : la classification, l’anatomie, le comportement, la place dans l’écosystème, les relations entre espèces, l’intelligence etc….

Exemple personnel. Dans la Symphonie des Cieux, j’ai une bestiole assez peu sympathique. C’est un chasseur opportuniste, dont la physiologie fragile ne permet pas de s’attaquer à des proies fortes ou rapides. Il se sert de son apparence, de son aspect malade, pour attirer d’autres prédateurs littéralement dans sa gueule. Son comportement a donc une influence sur la sélection naturelle de ces prédateurs qu’il chasse, donc sur leur population et leur comportement.

  • La psychologie

Dans un récit, quel qu’il soit, les personnages traversent des épreuves (une relation difficile, la perte d’un emploi, un combat contre un dragon…), et il y a de fortes chances pour que sa psychologie (comportement, caractère, opinions etc) évolue. Or, cette évolution ne doit pas être trop rapide ou trop lente, ni « hors sujet », que votre personnage soit un humain, un elfe ou un dragon. En clair, elle doit être cohérente, et cela ne peut se faire que si on à un minimum de compréhension de la psychologie humaine sur Terre.

  • La biologie/l’anatomie/la médecine

Si un personnage a une commotion cérébrale, une fracture ouverte de la jambe, une flèche dans le genou, la carotide arrachée ou ce que vous voulez, c’est quand même intéressant d’avoir une petite idée des symptômes, des conséquences, de la gravité de telles blessures.

  • Les sciences/technologies

Ce point est surtout valable pour la science-fiction. Si vous parlez de trou noirs, de voyages à la vitesse de la lumière, de fusils à protons, de naines blanches etc, c’est quand même mieux de savoir vous-mêmes de quoi vous parlez pour éviter de raconter n’importe quoi.

 

Et tellement d’autres ! Il faut aussi des connaissances en ethnologie, pour que les relations entre vos peuples soient cohérentes, des connaissances en navigation si votre aventure se passe sur un vaisseau pirate, des connaissances historiques si vous vous inspirez d’une époque ou d’un peuple particuliers etc.

Mais ce n’est pas tout !

Pour que votre univers soit cohérent, il faut qu’il le soit même dans ses aspects imaginaires, y compris son système de magie. Pour en concevoir un qui tienne la route, il faut réfléchir à son fonctionnement, à ses règles, à son origine et ses conséquences, et s’y tenir ! Même si cela vous arrangerait que les règles changent temporairement parce que Tartempion a besoin de s’échapper face à un sous-fifre quelconque.

Et bien sûr, c’est le même principe pour sa cosmogonie (son panthéon, si vous préférez). Si vous avez décidé que les dieux n’interviennent pas dans les affaires de votre monde, ce n’est pas pour que le dieu du tonnerre sauve Tartempion in extremis parce que ça arrange l’auteur.

 

En bref, ce n’est pas parce que c’est imaginaire que c’est simple et facile. Un auteur de fantasy ou de science-fiction va bien souvent faire des recherches avant l’écriture, pendant et… après (oui… vous savez… au cas où… on ne sait jamais… des fois qu’on aurait laissé passer un truc… ^^). Sans parler de veiller à la cohérence de son univers.

EDIT du 11/12/17 : un article de l’Ecrivain alchimiste que j’ai trouvé intéressant.

 

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