Se lancer dans l’écriture : narration et focales

Après avoir défini le thème de votre histoire, vos personnages, et peut-être même avoir élaboré un plan, le travail de préparation n’est pas encore terminé. En effet, il va falloir réfléchir au(x) narrateur et au(x) focale(s) qui vous permettront de raconter cette histoire.

Il ne s’agira pas uniquement de choisir selon votre goût personnel, puisqu’il faudra également tenir compte de « l’ambiance » et des émotions que vous souhaiterez instaurer.

martin

source (ou quand tes propres personnages t’énervent)

Choisir sa narration :

Narration à la première personne ? A la troisième ? Voire à la deuxième ? Au présent ou au passé ?  Ce n’est pas forcément facile de choisir…

Chaque mode de narration a ses avantages et inconvénients, et son impact va aussi dépendre du point de vue que vous choisirez.

  • Narration à la première personne : « je » 

La narration à la première personne induit souvent une atmosphère intimiste. Le narrateur, et le personnage se confondent. Par contre, le « je » ne se rapporte pas forcément à l’auteur, à l’exception des récits autobiographiques, et il est important de bien les distinguer. Ce mode crée une sorte de lien privilégié entre le narrateur et le lecteur, puisqu’il a accès à ses pensées et ses émotions, de façon très proche, comme s’il lisait de vraies mémoires.

  • Narration à la troisième personne : « il/elle »

L’ambiance instaurée par cette narration va surtout dépendre du point de vue utilisé. On en reparlera plus longuement dans la deuxième partie, du coup.

  • Narration à la deuxième personne « tu »

Je n’ai pour ma part jamais lu de texte avec ce mode de narration, qui est possible mais peu répandu,  donc n’hésitez pas si vous avez des exemples ou des expériences à partager.

Le Temps de Narration : Passé ou présent ?

Là encore, tout va dépendre de l’ambiance que vous souhaitez mettre en place, et de vos préférences personnelles.

Le présent permet souvent un récit nerveux, centré sur l’action et le ressenti immédiat, pour une impression de spontanéité. Comme j’aime prendre mon temps, j’avoue que je suis plus à l’aise avec un récit au passé.

 

Choisir sa ou ses focales/points de vue :

Si je vous parle de focale, le terme ne vous dit peut-être rien. Mais si je vous dis que c’est la même chose que « point de vue » ? (au passage, sur internet on retrouve souvent l’abréviation : « POV ». Il s’agit de Point of View, qui signifie… point de vue. Voilà, voilà.). La focale, c’est en fait votre caméra.

Pour un récit, on utilise surtout trois types de narrateurs, chacun présentant ses avantages et ses défauts.  Il est bien entendu possible de varier les narrateurs dans un même récit, selon les besoins.

 

  • Le point de vue externe : 

Il s’agit d’une focale extérieure à vos personnages, et on ne peut pas rentrer dans leur tête (c’est ce qui se passe généralement pour un format « film »). Le narrateur externe n’a donc pas accès aux émotions et aux pensées, tout se jouera avec les mimiques, les gestes, le contexte. Le narrateur est objectif et ne pourra émettre de commentaires, pour se contenter de faits visibles. Il est intéressant pour introduire une distance avec les évènements, afin que le lecteur ne soit pas influencé (ou le soit moins disons).

En résumé : votre caméra se situe à côté de vos personnages.

Exemples : je n’ai pas forcément d’exemple en tête pour une narration essentiellement externe, donc n’hésitez pas à proposer^^

 

  • Le point de vue omniscient :

Le narrateur omniscient est… un dieu, tout simplement. Il sait tout, il voit tout. Il a accès aux pensées et aux émotions des personnages, peut se déplacer aussi bien dans le passé que dans le futur, sait exactement ce qui se passe à l’autre bout de la carte. Utile pour transmettre au lecteur des informations que le personnage ne connaît pas, ou pour introduire des phrases du type « mais il ne savait pas quel drame l’attendait chez lui ».

En résumé : caméra = dieu.

Exemple : Le Paris des Merveilles, de Pierre Pevel

 

  • Le point de vue interne :

Le narrateur interne est en réalité un personnage (ou plusieurs). Le narrateur interne n’a accès qu’aux pensées et émotions du personnage-narrateur (les siennes, quoi), ne voit que ce qu’il voit, ne sait que ce qu’il sait. Il pourra ainsi paraître étrange que la narration se mette soudain à décrire par le menu une ville que le personnage-narrateur connaît parfaitement, ou qu’il explique quelque chose tellement inscrit en lui qu’il n’y pense même pas. Pour écrire avec un narrateur interne, l’auteur doit en fait se mettre à la place du personnage, dans sa tête. Pas si évident que ça, mais je trouve que ça renforce l’immersion et l’attachement pour les personnages.

En résumé : la caméra se situe dans la tête du ou des personnages, sans pouvoir en sortir (jusqu’au changement de narrateur ou de focale, en tout cas).

On va avoir deux cas de figure :

– Le POV/focale interne à la première personne (fixe ou variable) : 

Tout simplement un récit écrit à la première personne du singulier (avec je, donc), et donc généralement allié à une narration interne. (MAIS il est possible de tricher et d’utiliser le « je » avec une sorte de narration omnisciente. Par exemple, le personnage peut raconter des évènements qui se sont déroulés longtemps avant, et donc bénéficier d’informations qu’il ne possédait pas à l’époque.)

Exemples : Kushiel de Jacqueline Carey, L’assassin royal, de Robin Hobb, ou Gagner la Guerre de Philippe Jaworski.

Vous pouvez utiliser aussi plusieurs points de vue à la première personne dans votre récit, même si ça ne se fait pas beaucoup, rapport au côté casse-figure de la chose. Si vous voulez tenter l’expérience, il faut vraiment que vos personnages aient une voix propre, identifiable.

Exemples : A comme Association de Erik L’Homme et Pierre Bottero, ou la Horde du Contrevent de Alain Damasio.

 

– Le POV/focale interne à la troisième personne (fixe ou variable):

Un récit à la troisième personne du singulier, avec la caméra disposée dans la tête des personnages (narration interne, donc). La focale peut être fixe (un seul personnage focal) ou variable (le personnage focal change). Ce mode étant très pratique pour montrer plusieurs points de vue sur les évènements, souvent plusieurs personnages serviront de narrateurs.

Si vous voulez un exemple connu avec pas mal de personnages, vous avez évidemment le cycle du Trône de Fer (pourquoi ce titre ? tellement loin de la poésie du titre original 😥 ), de George Martin. (On dira donc que Arya est un personnage focal du cycle, ou que tel chapitre est raconté avec la focale/le POV d’Arya).

(C’est également ce mode-ci que j’ai choisi pour la Symphonie)

 

 

Et vous, quels types de narrations et de focales préférez-vous, que ce soit en tant que lecteur.ices ou qu’auteur.ices ? Pourquoi ?

 

6 réflexions sur “Se lancer dans l’écriture : narration et focales

  1. Il y a peu encore, je n’aimais pas beaucoup les récits à la première personne, principalement pour la raison énoncée comme étant un point fort de cette narration. Pour moi en résulte un trop gros écart entre l’introspection et le reste, à savoir description, narration, dialogues qui ne parle pas QUE de sentiment (merci on en a déjà un gros aperçu dans l’introspection)… Or cette volonté de vouloir étaler en long en large et en travers ce qui se passe dans la tête du narrateur à tendance à m’agacer, car les réactions du personnage ne me parlent pas toujours. La faute au type de récits qui a marqué mes lectures à la première personne, ceux d’urban fantasy. Or, les héroïnes d’urban fantasy ont souvent des considérations bien éloignées des miennes. Leurs réactions, leurs émotions, leurs choix, si je peux les comprendre dans un récit à la troisième personne, ont alors un effet repoussoir car me voient soupirer au fil des pages (un peu comme lorsqu’on côtoie une personne qui nous parle en permanence de ses malheurs, au bout d’un moment on sature).

    Puis, j’ai appris à apprécier un type de récit plus adapté à ma perception du « je ». Celui du récit de vie volontairement conté au lecteur (et qui implique souvent le passé du narrateur, qui aura donc lui-même un certain recul par rapport aux événements). Celui où finalement, l’intention de promiscuité avec le lecteur n’existe pas autant dans l’assimilation implicite de l’état d’esprit du narrateur que par la volonté du narrateur de s’adresser à l’autre. Alors, le « je » se distancie de soi et de l’appropriation des sentiments pour davantage chercher l’empathie, tel un confident, mais avec la délicatesse de ne pas saturer le lecteur d’émotions qui ne sont pas siennes. Je trouve cela bien plus approprié à ma liberté de lectrice, j’ai l’impression d’avoir davantage le choix d’adhérer ou non au récit (et de pouvoir lire le récit jusqu’au bout sans être en accord avec le narrateur, contrairement à l’héroïne d’urban fantasy).

    Il n’empêche que j’ai malgré tout essayé d’écrire à la première personne, et j’y vois, à titre personnel, trois façons d’utiliser ce type de narration. Pour les récits courts (nouvelles), pour les récits de vie de type mémoires (mais vraiment mémoires, c’est à dire, écrit longtemps après les événements afin de se distancer des émotions de l’instant), et les récits humoristiques, impliquant un décalage entre le narrateur et son environnement par exemple.

    Aimé par 1 personne

    • Comme toi, j’avoue avoir du mal avec les longs récits à la première personne, surtout si je n’apprécie pas le narrateur ou que ses etats d’âmes ne m’intéressent pas plus que ça. J’avais cependant beaucoup aimé Kushiel, comme le personnage raconte des choses qui se sont déjà passées, elle y met une certaine distance.

      Puis j’aime bien avoir les points de vue de plusieurs personnages, ce qui est difficile avec le « je ». Mais j’aime bien l’utiliser pour des nouvelles fantastiques. En fantasy, je préfère la troisième personne en focales internes multiples.

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