Ecriture : verbes ternes, répétitions et adverbes

Ce conseil est sans doute l’un des premiers qui sont prodigués aux jeunes auteurs : il faut éviter les verbes ternes, les répétitions, les adverses, les participes présents. Et c’est un bon conseil. Ceci dit cet article est probablement à contre courant des articles habituels considérant cette problématique. Car si c’est un bon conseil, j’ai l’impression que « éviter » devient de plus en plus « bannir ». Et les excès peuvent se révéler encore pire.

 

notes-2208049_640

Définitions et Principe

 

Les verbes ternes sont des mots passe-partout, souvent jugés comme fades et dénués de sens propre. Avec le trio de tête : être-avoir-faire. On peut rajouter aussi pouvoir, dire… Bref, les mots qu’on peut ressortir à toutes les sauces.

Les répétitions sont… eh bien des mots répétés, mais pas seulement Il peut s’agir de noms propres, de verbes, de formules… voire des idées. Elles peuvent être considérées sur une page, un chapitre, un livre…

Les adverbes en -ment et les participes présents sont réputés pour alourdir les phrases (ce sont souvent des mots assez longs) et pour ne pas apporter grand chose finalement au sens de la phase.

 

Il est conseillé de les éviter pour favoriser un vocabulaire riche et précis (ce qui est une bonne chose, nous sommes d’accord), et pour fluidifier la lecture. Sauf que certains jettent l’opprobre sur la moindre répétition, le moindre adverbe, le moindre verbe terne. On peut d’ailleurs trouver sur internet ou dans des manuels des pourcentages à ne surtout pas dépasser, au point d’engendrer une espèce de « phobie » devant tous ces petits mots pourtant bien inoffensifs, voire très utiles. Or, à traquer la moindre petite bête, on finit par perdre de vue les gros problèmes (incohérences, rythme, histoire, profondeur des personnages etc…).

Comme je le disais, sur le principe, le conseil est bon. Néanmoins, il ne faut pas le considérer comme une règle absolue, et doit être adapté au cas par cas (Phrase par phrase, auteur par auteur).

 

Pourquoi ne pas les bannir systématiquement ?

 

  • Le ton de la scène. Un « il était furieux » pourra se révéler plus efficace qu’un « il ressentait la l’étincelle de la fureur » (oui, pas terrible, n’est-il pas^^). Dans certains cas, il sera possible de modifier complètement la phrase « ses yeux étincelèrent de fureur ». Dans d’autres, on pourra préférer la sécheresse et l’efficacité de la première phrase. De même, dans une scène d’action, on privilégie généralement les phrases courtes et efficaces, du coup, il est préférable dans ce cas d’éviter les paraphrases et les envolées lyriques (sauf si c’est en accord avec le ton général de votre texte… en clair, si c’est voulu comme tel).

 

  • Le rythme de la phrase.  C’est un peu la même idée qu’au-dessus. Dans certains cas, on pourra préférer une phrase plus sèche et droit au but, qu’un mot ou une formulation plus recherchés. A l’inverse, pour étirer une phrase les adverbes pourront se révéler intéressants.

 

  • Les remplacements non adaptés. Parfois, il n’est pas si simple de modifier un mot, tout simplement parce que les synonymes ne sont souvent pas tout à fait équivalent, ils ont souvent une nuance. Ce n’est pas toujours grave, mais parfois, cela risque de changer légèrement le sens de la phrase. Et parfois, il n’y a pas de synonyme du tout.

 

  • Les effets. Conserver une répétition est parfois voulu et relève de la figure de style. Elle sert alors à insister sur quelque chose, à permettre un effet de style, ou un effet de miroir.

 

  • Le naturel. Certains mots trop recherchés (dans le sens où ils sont rarement utilisés), ou trop éloignés de leur utilisation initiale, risqueront de faire sortir le lecteur du récit en rappelant un peu trop la présence de l’auteur derrière les mots. C’est surtout valable dans les dialogues, mais selon le style de l’auteur et le ton du récit, cela peut valoir aussi pour la narration.

 

  • La sonorité. Même si on ne lit pas à haute voix, la musique des phrases est, à mon avis, très importante. Les adverbes pourront notamment contribuer à obtenir des sonorités intéressantes, voire musicale (je connais une autrice pour qui les adverbes participent de son style, lui prodiguant une vraie « musicalité » tout à fait dans le thème de son texte. En bref, ses adverbes enrichissent son récit). D’ailleurs, Anne Rice, l’autrice des Chroniques des Vampires, considère que les adjectifs et les adverbes sont intéressants pour rendre la narration « Vibrante« .

 

  • Les répétitions collatérales. Pour certains mots ou contextes, il n’existe pas une infinité de synonymes. Quand en plus il s’agit d’un verbe terne, l’éviter pourra entraîner de nouvelles répétitions, d’autant plus ennuyeuses qu’elles manqueront de naturel (je pense notamment au duo s’avérer/se révéler, pour remplacer le verbe être).

 

  • La perte de clarté. C’est valable surtout pour les noms propres et les paraphrases obscures.  Parfois, mieux vaut répéter le nom du personnage pour éviter de paumer le lecteur. Et tant pis pour la répétition.

 

Si vous pensez à d’autres raisons, n’hésitez pas à en parler dans les commentaires.

 

Bilan

 

Avant de les remplacer, il y a donc quelques questions à se poser : est-ce que ce.tte répétition/verbe terne/adverbe est gênant ? est-ce que je peux le remplacer facilement ? est-ce que je peux le remplacer sans rendre la phrase « encore pire  » ? sans perdre en fluidité et en clarté ?

Je ne dis évidemment pas qu’il faut abuser de tous ces petits mots, je suis même d’accord pour dire que dans la plupart des cas, il faut les éviter (encore que, je ne comprends pas trop cette haine des adverbes. Bien utilisés, ils sont très intéressants pour la musique des phrases, comme je le disais). Mais ils existent, ils ont leurs utilités et leurs utilisations, donc je trouve dommage de ne pas s’en servir.

 

Publicités

18 réflexions sur “Ecriture : verbes ternes, répétitions et adverbes

  1. Je me répète un peu, mais pour moi, tout doit être envisagé avec modération et adapté à l’auteur, au type de récit, au public ciblé… Il y a des personnes qui aiment les styles travaillés, poétiques, littéraires… d’autres sont rebutés et sortent de l’histoire car ils privilégient une plume qui se fait oublier… d’autres naviguent d’un style à l’autre. Bref, il y a différents types de lecteurs, et ils devraient tous avoir le choix de leur lecture. Par conséquent, on devrait aussi laisser les auteurs libres de ne pas prouver en permanence l’étendue exceptionnelle de leur vocabulaire. D’autant que forcer certains à changer leur style vire parfois au ridicule, avec par exemple, comme tu le cites, des mots rares qui surgissent soudain au détour d’un paragraphe et jurent avec le reste du texte.

    Aimé par 1 personne

  2. C’est ça. C’est malheureusement un souci que l’on peut rencontrer avec certains béta-lecteurs : ils lisent et commentent selon ce que eux écrivent, pas selon l’écriture de l’auteur. Puis il faut admettre que la frontière est parfois dure à trouver : vrai problème ou style de la personne ?

    J'aime

  3. Je pense que le plus important est d’être conscient de ce que l’on fait et de l’impact que peut avoir le choix des mots. C’est vrai que les adverbes et autres peuvent vite alourdir la lecture (surtout si on les utilise à outrance), mais ensuite comme pour tout il n’y a pas de règle absolue dans l’écriture.
    D’ailleurs cette histoire de pourcentage m’a bien fait rire.

    Aimé par 2 personnes

  4. Et en même temps, c’est véridique, cette histoire de pourcentages ^^ d’ailleurs, c’est pas plus mal que la nouvelle version d’antidote ne les propose plus. Quand j’ai commence a aller sur des forums et que j’ai vu ça, j’avoue que c’est devenu une obsession pendant un temps, je pensais que ces pourcentages étaient une vraie règle, jusqu’à ce que je me dise que bon, faut pas abuser non plus^^

    Aimé par 1 personne

  5. J’apprécie ton éloge de la nuance. Mais selon moi il n’en reste pas moins que réduire le nombre d’adverbes représente la moins mauvaise option dans presque toutes les situations.

    J’en reviens à ton paragraphe sur « les remplacements non-adaptés »: oui, changer un mot, c’est changer le sens. Mais est-ce problématique? Beaucoup de jeunes auteurs partent d’une impression ou d’une image qu’ils ont en tête et tentent de retranscrire aussi précisément que possible, quitte à abuser des adverbes. Selon moi, leurs priorités ne sont pas les bonnes: mieux vaut penser aux lecteurs et opter pour un mot juste, un mot fort, sans fioritures.

    J'aime

  6. Tu t’en doutes par rapport à l’article, je ne pense pas tout à fait la même chose^^ Pour avoir vu des exemples en béta-lecture, l’adverbe peut vraiment apporter un plus en matière de sonorité et de rythme. Cela ne convient évidemment pas à toutes les plumes (et encore heureux que toutes les plumes ne soient pas identiques), ni même à tous les récits, c’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas penser en règle absolue, mais réagir au cas par cas. Et les remplacements non adaptés à coup de paraboles improbables, parfois c’est à s’arracher les cheveux^^ Je préfère largement lire une répétition.

    Aimé par 1 personne

  7. Ce qui m’ennuie, en fait, avec cette règle, c’est que beaucoup de béta-lecteurs et d’auteurs ont tendance à la suivre au pied de la lettre, si bien que le moindre adverbe, la moindre répétition, sont directement soulignés et bannis, sans se poser la question s’ils sont réellement gênants, s’ils apportent quelque chose, ou si leur remplacement serait encore plus dommageable.
    Je ne dis pas qu’il faut faire l’inverse et en mettre partout, je dis qu’il faudrait se poser ces questions au lieu de les dégager d’office.
    (Puis tout ce temps passé à traquer ces petits mots, c’est autant de temps parfois en moins pour traquer les vrais soucis, incohérences, problèmes de rythme, clarté des infos…)

    Aimé par 1 personne

  8. En écriture, il n’y a pas de règle absolue. Donc non, il n’y a rien à gagner à suivre aveuglément des lois et à sabrer des parties du texte qui ne mériteraient pas de l’être: c’est même une mauvaise idée. Je suis bien d’accord avec toi. Chacun son style, au final. Et oui, il y a des considérations plus importantes (mais pourquoi ne pas se soucier du style, après tout?)

    Cela dit, le conseil de style qui vise à traquer les adverbes et les autres fioritures n’est pas seulement un choix esthétique parmi d’autres: c’est une discipline qui oblige l’auteur à toujours chercher le mot juste et à être capable de justifier, même seul face à lui-même, chacun de ses choix de vocabulaire. Peut-être qu’au final on aura gardé des adverbes, mais on en aura sans doute écarté d’autres, pour aboutir à une écriture plus précise, plus nette, plus fluide et plus agréable pour le lecteur.

    Souvent, j’observe que les auteurs qui abusent des adverbes le font plus par préciosité, par attachement à leur idée de départ, alors qu’à mon sens le lecteur devrait toujours être leur priorité.

    Si ça t’intéresse, j’ai développé ces questions dans ces billets (non pas que je cherche à te convaincre, ton point de vue est bien entendu tout à fait valide, mais peut-être y trouveras-tu de l’intérêt):
    https://julienhirtauteur.wordpress.com/2018/04/11/les-enjoliveurs-de-phrases/
    https://julienhirtauteur.wordpress.com/2018/04/25/le-mot-juste/

    J'aime

  9. Je l’ai lu, et en effet, je persiste et je signe, je ne pense pas de la même façon 😉 (même si, je le redis, je ne suis pas pour l’inverse non plus. Ce que j’aimerais, c’est un équilibre, une ouverture au cas par cas, une réflexion plutôt qu’un écrémage systématique).
    Je vois de plus en plus les styles se formater, au contraire, à cause de ce genre de choses qui sont malheureusement trop souvent pris au pied de la lettre (parce que les enlever n’est, dans la pratique, pas toujours synonyme de meilleur mot).

    Je pense le style en terme de musique, de sonorité, pas forcément en terme de « mot qu’on ne trouve qu’une fois tous les 10 livres, et qui est donc forcément génial ». Et si je sens trop que c’est un auteur qui écrit (généralement parce que le style est tellement travaillé qu’il n’est plus du tout naturel, notamment dans les dialogues qui deviennent parfois plus artificiels qu’autre chose) et pas une histoire qui est racontée… je sors du texte, je ne peux pas croire à ce que je lis. Je veux lire des histoires, pas des démonstrations stylistiques. (Je comprends le point de vue inverse. C’est juste que j’aimerais qu’on laisse de la place aux deux, pour qu’on ait le choix de lire ce qu’on veut).

    Aimé par 2 personnes

  10. Personnellement, en littérature comme dans tous les autres domaines de l’existence, j’ai une devise: faire simple. Choisir deux mots plutôt qu’une phrase, un mot plutôt que deux, un mot simple plutôt qu’un mot compliqué, etc. Ce n’est pas la même approche que la tienne mais elle ne me semble pas, au fond, si différente. Pour le reste, je te rejoins: non au formatage, vive la liberté.

    Merci beaucoup pour cet échange. 🙂

    Aimé par 1 personne

  11. Toutafey, si tout le monde fonctionne de la même façon, on va finir avec des livres identiques… 😉 Ce n’est pas parce que deux approches sont différentes que l’une est moins bonne que l’autre 😉 Non aux absolus \o/

    Aimé par 1 personne

  12. Je n’ai pas lu tous les commentaires mais il est évident que l’exercice est compliqué de remplacer les mots dit ternes et de trouver des équivalents de qualités pour éviter les répétitions sans que la phrase ne fasse phrase du 19ème siècle. Bon après, tout est une question de dosage et c’est comme dans tout dans la vie. Comme on dit par chez nous, « trop is te veel » (du néerlandais qui veut dire « trop c’est trop »), mais faut pas qu’il n’y en ait pas assez. Faut une certaine richesse (et faire avec ses moyens aussi, nous n’avons pas tous les mêmes connaissances ou capacités).
    Bel article comme souvent et toujours très intéressant.

    Aimé par 1 personne

  13. J’ai lu l’article et les commentaires et le débat est très intéressant ! C’est marrant j’ai l’impression que JulienHirt et toi êtes d’accord sur le fond mais pas la forme : vous voulez tous les deux proposer un texte efficace et simple au lecteur, en favorisant l’histoire et le sens, mais vous voyez deux façon d’y arriver.
    De mon côté je suis plutôt d’accord avec toi : je n’aime pas les textes où la présence de l’auteur est palpable, je trouve ça pompeux. Ou bien c’est parce que je n’ai pas lu de bon textes dans ce style 😉 Dans un roman je préfère quand l’histoire est au premier plan, pas la plume.

    Aimé par 1 personne

  14. C’est ça, je pense qu’il n’y a pas qu’une seule méthode , une seule vision. D’où l’importance de lire des avis différents, pour essayer de voir ce qui nous convient le mieux ^^

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s