Jouer avec les codes

Depuis que j’ai ouvert ce blog, je vous bassine avec les sous-genres de l’imaginaire et leurs codes. Et s’il est vrai que c’est une de mes licornes de bataille (des licornes oui. A la guerre. Nan, sérieux, pensez-y. Des chevaux avec des cornes… Vous voyez les possibilités ?), je ne vous bassine pas pour le plaisir de vous bassiner. Mais vous allez comprendre.

Avant de vous expliquer mon propos, commençons par le début…

 

Comment naissent les codes (et les genres) ?

Imaginons que vous avez une super idée de roman fantasy avec des licornes ninjas qui tirent des lasers arc-en-ciel. Le roman fonctionne du tonnerre, et voilà qu’une dizaine d’autres auteurs vous emboitent le pas avec leurs propres licornes. Ces romans ont tous des points en commun, tout en étant différents des autres sous-genres, si bien qu’un nouveau voit le jour : la Fantasy Unicorn Ninja. (sivouplait, faîtes pas ça). Afin de définir ce genre, on utilise ces points communs comme caractéristiques : ce sont les codes.

 

Suivre les codes

Beaucoup de gens s’éloignent de l’imaginaire car ce serait « tout le temps la même chose ». Même si je ne suis pas d’accord avec ça puisque ça va à l’encontre de la définition même de l’imaginaire, eh bien je comprends.

Par définition, toutes les oeuvres appartenant à un genre se ressemblent plus ou moins, ce qui peut donner l’impression que l’imaginaire n’a plus rien à proposer. Qu’il n’avance pas, qu’il n’innove pas. Et d’une certaine façon, je comprends ce point de vue.

Suivre les codes sans essayer de s’en éloigner, de se les approprier ou de les réinventer… risque à terme de ne produire que des oeuvres plus ou moins copiées-collées. Or, même s’il est vrai que la pure originalité n’existe pas, dans la mesure où tous les types d’histoires ont déjà été racontées, il y a moyen de moyenner.

Si l’on part du principe que l’écriture c’est de la cuisine, dites vous bien que tous les ingrédients comestibles ont déjà utilisés à un moment donné. Ce qui va changer, ce sont les mélanges, les assaisonnements, les sauces, les modes de cuisson, etc… Jusqu’à arriver à une nouvelle recette. Tout en gardant en mémoire que le « client » aura des attentes, puisque lui aussi les connaît, les codes.

 

Connaître, maîtriser… briser

Vous connaissez l’adage ? D’abord on connaît les règles, puis on les maîtrise… et ensuite on les brise. Et on ne peut pas les briser correctement si on ne les comprend pas.

Pour reprendre ma métaphore, si vous voulez inventer une nouvelle recette, il faut déjà comprendre les bases de la cuisine, et les recettes de base, pour comprendre ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et pourquoi on fait de telle ou telle façon.

Et les codes, c’est un peu ça.

Une fois qu’on les connait, qu’on les comprend, il est plus facile d’expérimenter (et puis ça évite de retomber sur une recette existante en prétendant que vous l’avez inventée). En les contournant, en les inversant, en les mettant de côté, en les mélangeant…

Pour moi,

Surprendre le lecteur

Les codes sont tellement habituels dans la littérature, le cinéma, les mangas etc… que les gens ne sont plus facilement surpris. Ils savent que si l’héroïne a un cochon d’inde dans un film d’horreur, celui-ci va se faire trucider. Ils savent qu’un changement dans la musique annonce un jumpscare, ou qu’une catastrophe va arriver si la bande d’amis se sépare pour aller explorer cette étrange maison dans les bois. Ils savent que le petit garçon orphelin se révélera l’élu de la prophétie, ils savent que le vieux barbu est un magicien et sera un mentor pour l’orphelin.

Sauf que vous aussi, vous les connaissez. Alors vous pouvez jouer avec, pour mieux étonner le lecteur et capter son attention. Et faire progresser l’imaginaire.

Vous avez un personnage principal et une prophétie ? Eh bien si ça se trouve, cette prophétie est bidon. Ou alors ce sont les méchants qui l’ont lancée pour que les gentils fassent le boulot à leur place, à moins que ce soit la vieille dame aveugle qui accueillait le garçon qui soit l’élue, ou bien le seigneur des ténèbres himself. Et puis d’ailleurs, l’élu, il meurt au milieu du livre, et le monde va devoir se débrouiller sans lui pour survivre.

La high-fantasy se situe souvent dans un univers inspiré du médiéval occidental, si bien que c’est presque devenu un code officieux. Eh bien faites de la High dans une Afrique du futur !

Dans la High, un autre code officieux, c’est la présence d’elfes et des nains. Mais pourquoi n’évolueraient-ils pas technologiquement jusqu’à inventer des vaisseaux pour voyager dans l’espace, plutôt que de rester éternellement dans la forêt à cueillir des framboises et brosser des poneys ? (pour les connaisseurs, désolée pour la chanson dans la tête :3).

Une oeuvre difficile à classer, ça signifie qu’elle innove suffisamment pour ne pas ressembler à celles qui existent déjà. Et puis un jour, peut-être qu’elle fera partie d’un genre qui n’existe pas encore en tant que genre.

Mais ça vaut aussi avec les techniques, pas seulement avec les codes. Par exemple, beaucoup de non auteurs connaissent les principes de set up/pay off ou de Deus ex machina, même s’ils ne connaissent pas forcément les noms. Mais vous pouvez utiliser ces connaissances pour mieux les surprendre.

Autres exemples : Jouer avec les tropes

Les codes ne sont pas absolus. Ce n’est pas un règlement, plus une sorte de guide en fait (que de références dans cet article sur l’innovation, n’est-il pas 😉 ).

 

Attention aux dérives

A force de tordre les codes et les clichés, on risque d’en créer des nouveaux, qui ne sont pas forcément mieux que les anciens. Briser les codes, oui, mais pas n’importe comment.

 

En bref

Même si je prône un imaginaire imaginatif, innovant, je ne souhaite pas pour autant la fin des codes, des archétypes ou des clichés. Je voudrais avoir le choix entre des œuvres innovantes et des œuvres plus classiques. Je veux continuer à lire des histoires de dragons qui sauvent les princesses du méchant chevalier, des histoires de nains qui lancent des elfes tout en mangeant de la salade, ou d’élus qui partent détruire le monde.

Ou l’inverse, je sais plus du coup.

Soignez la cohérence interne de votre récit, et amusez-vous ! Écrivez juste l’histoire que vous voulez écrire ! Les codes sont justes là pour vous résumer ce qui est fait habituellement, et pour vous servir de base de réflexion et d’écriture. Ils ne doivent pas emprisonner votre imagination !

(Mais pas de licornes avec des mitraillettes… Vraiment…).

 

 

10 réflexions sur “Jouer avec les codes

  1. Je pense que de l’imaginaire dans le futur, c’est vu par beaucoup comme de la SF, que ça se passe en Afrique ou ailleurs. De même qu’il y a des ouvrages comme « Celle qui portait l’Orylium », classés en SF parce que ça se passe ailleurs que sur Terre. Or pour moi, c’est de la fantasy car c’est un monde imaginaire qui ne représente pas du tout l’évolution possible de l’humanité. Mais bon, on ne considère pas tous les mêmes codes pour effectuer nos classements. On peut dire que casser les codes, parfois, ça nous place juste dans un autre genre selon qui analyse l’oeuvre.

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  2. Que le résultat soit placé dans la SF ou la Fantasy, finalement ça n’a pas trop d’importance. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on peut tout à fait mixer de la fantasy (des elfes par exemple) avec de la SF (la technologie), sans que l’humain ne soit forcément le référentiel. (Pour cet exemple précis, pour moi c’est également de la fantasy, parce que ça ne pourrait pas être un de « NOS » futurs.). Mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres^^ L’idée, c’est de montrer que les codes ne sont pas figés, qu’on peut les faire évoluer (en les mixant, en en sélectionnant que quelques uns etc…) quitte à ce qu’un nouveau genre finisse par naître.

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  3. Connaître les codes, ça peut permettre de ne pas dire partout « wahoo, ce que j’ai fait c’est trop original, on ne voit jamais ça dans « tel genre » pour se rendre compte au final que… ce sont les codes d’un genre qu’on ne connaissait pas^^ (et que donc, on est pas si original, en tout cas sur ce point là).

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  4. Désolée, j’ai cliqué trop vite. Je voulais prendre l’exemple des elfes dans l’espace. Il y a déjà des ouvrages sur le sujet, donc en soit l’idée même n’est pas originale, mais son exploitation peut l’être.

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  5. Toutafey, mais bon, quand je vois certaines discussions sur facebook, des fois je me dis que c’est toujours bon à rappeler (de même que rappeler que ce n’est pas parce qu’il n’existe pas de genre avec les codes que l’on veut y mettre, ne signifie pas qu’on ne peut pas le faire).

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  6. Sans doute, je ne connais pas tout, donc parmi les exemples que j’ai cités certains existent peut-être probablement (ceci dit, tout le monde n’est pas d’accord avec cette vision. Je sais que certains considèrent qu’on ne peut pas introduire de technologies dans la fantasy, qu’on ne peut pas mettre des créatures caractéristiques de la fantasy dans la SF, etc…).

    D’autres considèrent ces codes comme figés et immuables, ce que je trouve un peu dommage, parfois.

    Pour ce qui est de l’originalité, je ne crois pas qu’on puisse encore faire quelque chose de 100% original, surtout dans les idées et les thématiques. En revanche, la façon de les utiliser et de les mêler à d’autres idées…

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  7. Bah non, justement, j’intervenais pour dire que c’est une question complexe parce qu’au final, ça dépend aussi de la vision qu’on a d’un genre (et de l’originalité d’une idée). ^^
    Se restreindre par respect pour un genre… c’est une démarche un peu étrange pour moi. Tant que l’histoire est cohérente dans les règles qu’elle a bâties, je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas de possibilités de mélange. Enfin, la possibilité, c’est quand même la base de l’imaginaire, non ?

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  8. Nous sommes d’accord^^ Mais justement, certaines personnes considèrent que non, à partir du moment où des genres sont définis, avec certaines caractéristiques, on n’a plus le droit d’en sortir (par exemple, dans un univers de fantasy, ils considèreraient que je n’ai pas le droit de mettre une civilisation qui a inventé des robots).
    Je pense que les codes peuvent servir de base de réflexion (tiens, dans tel genre, ça se passe souvent comme ça, moi je vais plutôt faire comme ça pour changer un peu). Au final, le roman ne sera pas forcément classé dedans, voire sera inclassable, (et on s’en fout), le truc c’est que les idées n’auront pas forcément été exploitées de façon classique, grâce à ça. En clair, si on veut écrire de la high fantasy, on n’est pas « obligé » de s’astreindre à respecter les codes (qui ne sont pas gravés dans le marbre, en plus), et tant pis si les autres disent que du coup, c’en est pas.

    En résumé : les codes, c’est bien, ça peut servir de base de réflexion, voire de base d’écriture, mais il ne faut pas forcément se laisser enfermer dedans non plus.

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