De la longueur des textes

 

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Je suis inscrite à plusieurs pages Facebook dédiés à la lecture en général ou à l’imaginaire, et il est un sondage en particulier qui revient souvent. La question n’est pas toujours présentée de la même façon, mais en gros il s’agit de demander aux gens s’ils préfèrent les romans courts, ou les romans longs.

C’est à dire de plus de 300 pages.

(Long ? 300 pages ? oO )

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une petite précision. La plupart des auteur.ices vous le diront, compter en pages ne veut rien dire. La mise en page, l’espace entre les lignes, la taille des caractères sont autant de facteurs qui font qu’une page n’aura rien à voir avec une page prise sur un autre livre. Il vaut donc mieux compter en nombre de mots, voire de signes.

Alors pourquoi j’ai parlé en pages ? Tout simplement parce que ça parlera mieux aux non-auteurs.

 

Réponses aux sondages

 

Je n’ai pas pensé à les garder, mais en gros, beaucoup de personnes répondent préférer les livres courts. Qu’ils s’ennuient quand le livre a trop de pages, qu’ils aiment bien changer. Même si je ne le partage pas, je comprends cet avis, il n’y a pas de souci avec ça.

Il y a aussi un véritable engouement pour les nouvelles, ces histoires que l’on peut lire en attendant un rendez-vous ou pendant un trajet en bus, et qui permettent de varier les univers, les thèmes et les atmosphères.

Il faut dire que la société actuelle est ainsi. Toujours pressée, toujours à batailler pour gagner la moindre seconde. Le temps est devenu une denrée aussi précieuse que l’or. Alors entre lire un roman de 300 pages et un cycle de 6 fois 800 pages… Eh bien pour beaucoup le choix est évident et compréhensible, sans compter que certains récits sont parfaitement adaptés à des formats courts, et perdraient une partie de leur force s’ils étaient plus longs. Bref, les formats courts : c’est bien.

Mais les formats longs aussi.

Paradoxalement en Fantasy, les romans à succès sont généralement très riches en signes. Que ce soit la Roue du Temps en pas loin de 15 tomes, le Trône de Fer et son millier de pages par tome, le Seigneur des Anneaux, la Compagnie Noire et sa quinzaine de tomes aussi… Sans parler du Disque-Monde et de sa quarantaine de volumes. Je ne connais pas assez la SF, mais il me semble qu’elle compte également pas mal de pavés et de cycles.

Tous des romans anglophones qui ont leur succès en France.

Maintenant, essayez de trouver un long cycle d’imaginaire francophone dans ce style.

Et c’est là où je veux en venir. S’il en faut bel et bien pour tous les goûts, si les beaucoulogies de pavés ont effectivement leur succès chez nous, pourquoi est-ce si difficile d’en trouver ?

 

Alors, quel est le problème ?

 

En tant qu’autrice :

 

La Symphonie des Cieux comptera au minimum 7 pavés. Et encore, sous conseils de forumeurs, j’ai réduit, puisque le cycle en comptait 9 à la base. (Pour à présent m’apercevoir que le cycle avait réellement besoin de ces 2 tomes supplémentaires…^^ Et encore, il y a un mois il y avait un tome de moins^^)

Et en même temps… Mutiler une histoire qu’on aura passé plus de 15 ans à façonner… Ce serait encore pire que de ne pas la publier, je trouve. Plutôt la garder pour moi que la tuer. Pour moi, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Si j’écris, c’est pour exploiter 95 % de son potentiel, pas 45 % juste pour rentrer dans des standards.

Car si vous n’écrivez pas, vous ne voyez peut-être pas le problème. Le problème, c’est que les maisons d’éditions francophones qui publient ce genre de manuscrits… (cycle, livres longs, autrice inconnue…) eh bien disons qu’il n’y en a pas beaucoup.

Je le comprends, en fait. L’éditeur mise son entreprise sur le bon choix des manuscrits. Un cycle comme le mien signifierait prendre énormément de risques pour un cycle au succès plus qu’incertain qui coûterait cher à produire. Mais entre les éditeurs qui déclarent ne pas prendre de cycles ou de romans longs, et les autres auteurs qui rappellent bien qu’on a absolument aucune chance d’être édité si on dépasse les 100 000 mots… C’est un peu décourageant.

Mais en fait, ce n’est pas vraiment ça le problème.

 

En tant que lectrice :

 

Car, si ce phénomène du « vers toujours plus court » me soûle un peu, ce n’est pas en temps qu’autrice.

Non, si ça m’agace, c’est parce qu’à quelques exceptions près je ne trouve mon bonheur en lecture que dans les romans étrangers.

En tant que lectrice, j’ai envie de lire des auteurs et autrices francophones. J’ai envie de les soutenir, parce que leur situation est très compliquée en France, et que quand même, il y en a qui écrivent très bien et qui ont de très chouettes et riches univers à partager. J’ai envie d’avoir des coups de cœur à la pelle.

Or, je ressors souvent un peu « mitigée » de mes lectures. Malgré une bonne écriture, un univers riche, des personnages intéressants, je trouve que beaucoup d’œuvres n’exploitent pas leur potentiel à fond, qu’il leur aurait fallu des pages voire des tomes en plus. En résumé, un énorme potentiel, d’excellentes choses, mais un traitement trop « sommet d’iceberg » par manque de place, des intrigues qui se déroulent trop vite, des personnages aux réactions non cohérentes car trop rapides/pas expliquées.

Problèmes que quelques dizaines de pages supplémentaires suffiraient parfois à résoudre.

Et l’auto-édition n’est pas toujours épargnée (il faut dire que beaucoup conseillent de réduire, réduire, réduire, de ne garder que l’essentiel, d’enlever tout le superflu. Vous le devinez, je ne suis pas forcément d’accord avec ça. Vous imaginez, le Seigneur des Anneaux réduit de moitié ? ).

Et je trouve ça vraiment frustrant de ne pas pouvoir voyager dans ces univers, de ne pas pouvoir me lier avec les personnages. Je trouve ça frustrant de devoir conclure par un « très sympa, beaucoup aimé » au lieu d’un « j’ai adoré ! », alors que je sens que le livre avait réellement le potentiel pour être excellent, mais qu’il ne l’est pas parce qu’il lui manque une centaine de pages.

Alors, vous me direz, pour les lecteurs qui préfèrent les récits courts pour X raisons… c’est très bien. D’accord, mais les autres ? Et qu’en est-il des récits tellement riches qu’il leur faut de la place se déployer ?  Où sont les cycles longs des auteur.ices francophones ? Quoi proposer aux lecteurs voraces ? Doivent-ils se mettre au régime ? Pourquoi on n’a pas d’équivalent à la Roue du Temps ou au Livre des Martyrs ? Ce n’est pas parce que les auteur.ices francophones n’en sont pas capables !

 

Vers l’auto-édition ?

 

Vous le savez déjà si vous avez déjà lu des chroniques de ce blog, mais je lis aussi des livres indépendants. Et là, j’y vois un peu d’espoir, même si, comme je le disais, l’auto-édition n’est pas toujours épargnée.

L’auto-édition (en solo ou dans le cadre d’un collectif) permet en effet plus de libertés. L’auteur.ice n’est pas obligé.e de souscrire à une ligne éditoriale, l’histoire n’est pas contrainte de respecter des thèmes, des limites de signes ou de tomes (le revers de la médaille, c’est que certain.es font l’impasse sur le travail post écriture…)

Ce que j’attends de l’auto-édition en tant que lectrice ? Des récits qui sortent de l’ordinaire, des récits ambitieux qui exploitent à fond leur potentiel même s’ils doivent compter 7 volumes. Des livres tellement riches qu’on peut les relire et en découvrir davantage à chaque lecture.

Mais à l’heure actuelle, il n’est pas toujours évident de faire du tri, puisque l’auto-édition comporte aussi bien des récits à peine relus que des perles, et il en existe une quantité astronomique…

Du coup…

Merci de mentionner dans les commentaires ce genre de cycles francophones (quel que soit le mode d’édition – des cycles riches, longs, ambitieux, complexes… ), si vous en connaissez  !

 

Et sinon, qu’en pensez-vous ?

7 réflexions sur “De la longueur des textes

  1. Super article et je ne peux qu’être d’accord. Combien de fois j’ai lu des livres qui avaient un si bon potentiel qui n’a été à peine exploité, complètement rushé alors qu’avec quelques centaines de pages de plus, ça aurait pu être un réel coup de coeur …
    Après ce n’est pas parce qu’un livre est court qu’il ne peut pas être bien, parfois les choses à raconter passent mieux et ont plus d’impact si elles ne sont pas diluées « inutilement ».
    Mais dans le cas des littératures de l’imaginaire, j’ai tendance à penser qu’il est important que le livre soit assez conséquent en nombre de page, à la fois pour rendre justice au monde que l’auteure a créé de toute pièce, mais aussi pour permettre au lecteur de complètement s’immerger dans cette lecture. Puis de base, j’ai l’impression que la lecture c’est un peu passer un « contrat » avec une histoire : on accepte de lui consacrer du temps, mais en échange ce qu’elle nous propose doit en être à la hauteur. C’est pour ça que personnellement, ça ne me dérange pas de lire des gros pavés, bien au contraire, je sais qu’au moins je voyagerais en étant complètement plongé dans un autre monde 😉

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  2. Merci^^ (et toutafey d’accord avec ton message)

    C’est ça, en fait, ce n’est pas la longueur en elle-même qui est un problème (je lis et apprécie aussi des nouvelles et des romans « courts »), le problème, c’est quand la longueur du texte ne correspond pas à son potentiel et à sa richesse, à priori « juste » pour des contraintes éditoriales ou pour ne pas faire fuir les lecteurs (alors que dans l’imaginaire, beaucoup de récits anglosaxons sont quand même très longs, donc il semblerait que les lecteurs ne soient pas effrayés par les pavés et les cycles). Je veux lire des récits francophones ambitieux et qui se donnent « la place » d’exploiter leurs univers. 😥
    J’avoue que je ne suis pas vraiment gênée par les longueurs (Roue du Temps ? Oui, c’est à toi que je pense), alors que je suis davantage frustrée quand j’aurais dû adorer un texte, mais que ce n’est pas le cas juste à cause de ça.

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  3. Pingback: Et de 7 ! | L'Imaginaerum de Symphonie

  4. Je suis aussi une amatrice de cycle long, parce que quand je rentre dans un univers, je m’attache aux personnages et j’ai plaisir à les retrouver. En revanche, au bout du 10e tome, je commence à caler, quand il y a des redondance scénaristique, qu’on a déjà lu tout cela. J’aime certains livres courts, mais j’ai en effet souvent l’impression avec la volonté des éditeurs actuels, que si les débuts restent bons et travaillés, les 2e moitiés sont trop précipités. Je ne dis pas que simplicité est synonyme de brièveté, mais comme j’aime les univers riches, et les camps multiples qui offrent plus de possibilités, je me sens parfois à l’étroit avec un récit court à peu de personnages.
    Au niveau français, la trilogie des Pirates d’Escogriffe réunie en un tome unique très épais fait le bonheur de beaucoup de lecteurs (je l’offre pour des anniversaires et les gens sont vraiment heureux du cadeau après lecture). Il y a aussi Régis Goddyn qui signe le Sang des 7 rois en 7 tomes (j’ai pas encore lu le tome 1 que j’ai acheté, mais on m’a promis beaucoup de surprises).

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  5. Tellement d’accord ! Ton article me fait un bien fou. Je suis moi même en pleine écriture de mon premier roman, je sais que je dépassera le nombre moyen de mots attendus par les maisons d’édition et cela me fait peur autant que cela m’attriste. Je ne veux pas sacrifier mon histoire pour la réduire et rentrer dans les clous, mais je trouverais cela tout aussi désolant de ne pas être éditée pour une simple question de longueur. Malheureusement, comme tu le dis, la société actuelle n’a plus le temps de se poser. Tout va trop vite ! Je pense que la solution est encore de s’en tenir à ses premiers amours, ses personnages et ses intrigues, et tenter de trouver des maisons d’édition prêtes à nous suivre.
    J’ai très récemment eu une très bonne surprise. En parcourant les rayons de la fnac, j’ai découvert un roman, un bon gros pavé de plus de 500 pages, écrit en petite caractères, mis en avant sur le popup de nouveautés du rayon Young adult et écrit par une jeune française ! C’est de la fantasy, ça s’appelle « Initiée » de l’auteure Laetitia Danae. C’est publié par les éditions Snag qui, je crois, sont tout nouveaux sur le marché. Peut-être qu’il y a encore un peu d’espoir 😉

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  6. Même si ce n’est pas la meilleure idée éditorialement parlant, pour mes romans je ne veux pas sacrifier des arcs ou des thèmes juste pour rentrer dans les clous, quitte à m’essayer à l’auto-édition. Ah ! Heureusement qu’il y a des exceptions ! 😀 Je ne suis pas fan du youngadult, mais ça reste cool^^

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