Légationville, China Miéville

légationville

Légationville est un roman de science-fiction (j’avoue ne pas trop m’y connaître dans la classification de la SF, mais il semblerait qu’il relève surtout du Planet Opera), écrit par l’auteur britannique China Miéville. Publié dans sa langue d’origine en 2011, il est arrivé chez nous en 2015, par les éditions Fleuve.

Ez concluait chaque séance sur un effet de suspense, comme si c’était ce procédé qui décidait de l’avidité de l’auditoire. Les Ariékans auraient écouté de façon aussi assidue s’il avait exposé en détail les droits de douane, les arrêtés locaux sur les normes de construction, des rêves ou des listes de courses.

 

L’univers

Un seul mot : fascinant (une fois qu’on a réussi à comprendre comment ça fonctionne, merci à la quatrième de couverture ! Mais j’y reviendrai).

Le récit se déroule à Légationville dans un futur lointain, une petite ville située sur la planète Ariéka, planète d’origine des Ariékans, appelés Hôtes par la population. L’atmosphère d’Ariéka étant toxique pour les humains, ces derniers (issus de la Terre) se retrouvent confinés sur Légationville, une enclave alimentée en oxygène.

Or, malgré l’amabilité des Ariékans, s’est posé un problème de taille : la communication. Car ses hôtes possèdent deux bouches et un seul esprit, et ne comprennent ni la comparaison, ni la métaphore, ni le mensonge. Pour communiquer, les humains recourent donc aux Légats, des paires de clones humains formatés pour pouvoir communiquer avec les Ariékans (et donc représenter deux bouches pour un seul esprit). Par ailleurs, certains humains sont transformés en comparaisons vivantes, afin de permettre aux Hôtes de s’en servir pour s’exprimer (je veux pas trop vous en dire, vous comprendrez en lisant).

 

Les personnages

Premier point faible en ce qui me concerne.

Le roman est raconté à la première personne, par le point de vue unique d’Avice, une jeune femme née à Légationville. Elle a vécu beaucoup de choses dans son enfance, beaucoup de drames ensuite, mais je regrette que le personnage reste passive et distante vis à vis des évènements qu’elle a vécu ou de l’intrigue. Elle raconte, mais sans s’impliquer, sans véritablement nous partager ses émotions ou ses pensées. Elle passe même parfois assez vite sur certains épisodes de sa vie, comme sa transformation en comparaison, sa vie commune avec Scile, sa formation d’immerseuse etc…

Et les autres personnages ne sont guère plus passionnants (à l’exception des Hôtes, mais ils sont plus intéressants en temps qu’idée qu’en tant que personnages). Vite esquissés, vite oubliés, ce qui est dommage vu la richesse proposée par l’univers. Donc fatalement, quand un personnage meurt, trahis ou peu importe… ben on s’en fiche un peu.

 

L’intrigue

L’intrigue sert principalement de support aux idées et aux thématiques proposées par l’auteur. De ce fait, elle reste très intéressante, mais il n’est pas vraiment possible de s’y impliquer émotionnellement.

Sans trop vous spoiler :

Ainsi que je vous l’ai expliqué, la population humaine doit recourir aux Légats, des duos de clones qui sont censés partager un esprit identique, et qui peuvent ainsi communiquer avec les Hôtes.

Pendant longtemps, tout se passe dans le meilleur des mondes, jusqu’au jour où Brémen, la métropole, décide de mettre son nez dans les affaires de sa colonie Légationville, et envoie donc un Légat qui sort de l’ordinaire. En effet, ce ne sont pas des clones, mais des humains distincts. Et leur parole va produire des effets surprenants sur les hôtes, au point de conduire à la guerre civile.

Le récit tourne autour de la communication, de la façon dont une langue structure la pensée, entre métropole et colonie, entre humains et extra-terrestres, de l’influence des métaphores/comparaisons/mensonges sur la parole et la pensée, sur la drogue. Les idées développées sont très intéressantes, et tout à fait actuelles.

 

Le style

J’avoue avoir eu beaucoup de mal à entrer dans le livre, et même à craindre de ne pas parvenir jusqu’à son dénouement. Pendant les 80 premières pages, RIEN n’est expliqué. On nous balance 5 néologismes et éléments de l’univers à la page, sans nous expliquer à quoi ils correspondent. Et ce ne sont pas les descriptions, absentes, qui vous vous aider à y voir clair (on n’a juste une vague description des hôtes à un moment donné. Ne la loupez pas, l’auteur ne reviendra pas dessus). Très franchement, sans la quatrième de couverture, je pense que je n’aurais rien compris avant d’arriver au premier tiers du livre, où on commence à nous expliquer des trucs.

En gros, le roman se scinde en deux parties. Une partie introductive, elle-même scindée en deux axes temporels qui sont proposés en alternance : un axe passé, dans laquelle Avice, le personnage narrateur, nous raconte son enfance, la rencontre avec son époux etc… , et un axe présent, dans laquelle les prémices de l’intrigue se mettent doucement en place. La deuxième partie, qui constitue l’intrigue, démarre à peu près au 2ème tiers du roman.

La deuxième partie est très intéressante, mais la première, relativement difficile à appréhender, pourra en décourager plus d’un. Le style est bon, sans être compliqué (si l’on excepte les nombreux néologismes).

 

Bilan

C’est le premier livre de cet auteur que je lis, mais ça fait un moment que ses ouvrages figurent dans ma Pile à Lire. Je réitérerai très probablement l’expérience, parce que je l’ai trouvé très intéressant dans son propos et ses thématiques, mais ce n’est pas un coup de cœur pour autant (à cause principalement des personnages). C’est presque davantage un récrit philosophique, puisque les idées prennent vraiment le dessus sur l’intrigue et les personnages. En bref, j’ai apprécié cette lecture, mais elle ne conviendra pas à tout le monde.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

L’épaule d’Orion

 

 

6 réflexions sur “Légationville, China Miéville

  1. Tu avais lu lesquels ? En fait en tant qu’histoire, je nai pas été fan (C’est quand même très particulier en terme se narration, de personnages…), en revanche j’ai trouvé la réflexion et les thèmes celui ci intéressants. Du coup même si pour l’instant je ne saute pas sur ses autres livres, ils sont quand même dans ma pal. ^^

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