A la pêche au hareng rouge

Le hareng est un poisson de la famille des Clupeidae, que l’on trouve dans… Eh ! Revenez ! Attendez, je me suis trompée de fiche ! On va parler d’écriture, promis !

Ahem. Il y a quelques mois, je vous ai parlé du fusil de Tchekhov et du set-up/pay off, vous vous rappelez ? Le problème de cette technique, c’est que les spectateurs et les lecteurs commencent à y être bien habitués, puisqu’on la retrouve pas mal au cinéma. Problème ? Difficile de les surprendre.

C’est pourquoi, de temps en temps, on va leur mettre un joli hareng sous les moustaches.

Le hareng rouge, c’est quoi à l’origine ? D’après le médecin légiste Ducky dans la série NCIS (oui, je regarde les rediff), le hareng était utilisé pour éduquer les chiens de chasse : leur apprendre à suivre une piste… ou bien les en détourner avec une fausse piste, la forte odeur de ce poisson.

Vous l’avez compris, la technique du hareng rouge consiste à égarer le lecteur avec une fausse piste. L’odeur de votre poisson va vous permettre de détourner son attention d’un fusil de Tchekhov, par exemple, ce qui le surprendra plus tard quand vous aurez besoin de vous en servir. Là, il s’agit juste de planquer une piste en la cachant derrière quelque chose de moins important.

Mais l’auteur peut aussi mentir : si on lui annonce que le joli hareng qu’on lui montre est un vrai, le lecteur ne pensera pas forcément qu’il est en fait en plastique. Ce qui donnera plus de poids à votre twist, que votre lecteur n’aura du coup pas vu venir. Par exemple, si l’auteur vous dit que tel ou tel personnage est « méchant », que les autres personnages vous le disent… vous allez probablement le croire. Vous notez bien quelques éléments étranges, mais bon, parfois, ça arrive que des incohérences passent à l’as lors des corrections. Et puis à la fin du livre, vous vous rendrez compte que la situation n’avait rien à voir, que vous avez suivi une fausse piste, un mensonge.

L’auteur a probablement relu et fait relire son récit plusieurs fois. Il reste peut-être des incohérences, oui, ça arrive. Mais peut-être que l’auteur essaie juste de vous ramener sur la bonne piste… que vous ne suivrez pas, alléchés par l’odeur du hareng qu’il vous aura lui-même proposé (Oui, l’auteur est un être contradictoire…^^).

3 réflexions sur “A la pêche au hareng rouge

  1. Alors, c’est difficile à expliquer, mais pour moi, un auteur qui gère bien ses fausses pistes ne laisse pas une impression d’incohérence, mais plutôt d’étrangeté. Le lecteur sent qu’il y a quelque chose derrière, mais que c’est lié à l’univers et aux personnages, pas à un problème d’écriture. Pour moi, quand c’est bien fait, on réfléchit avec les personnages, donc au sein du récit. Alors que pour une incohérence, on sort de l’intrigue et on réfléchit sur le récit. Je ne sais pas si on comprend la distinction. ^^

    Pour ma part, j’ai une préférence pour les indices et fausses pistes qui s’intègrent à la narration de telle façon qu’on puisse les utiliser autrement que comme simple élément d’effets narratifs. Au risque de me répéter, j’apprécie la nuance et la subtilité, et j’aime quand les éléments ne sont pas trop mis en avant, agités sous le nez en mode « ceci est une piste, vous devez la suivre. Peut-être que c’est un piège, peut-être que non, vous verrez bien… ».
    Parce que finalement, même le hareng rouge devient une technique connue du public. Combien de fois dans un film policier, on indique que le méchant, c’est le mec bizarre avec une gueule d’assassin, alors qu’en fait non ? Pour moi, toutes les techniques sont bonnes pour garder le suspense, mais il faut savoir les utiliser avec subtilité. 🙂

    Sinon, je n’aime pas vraiment quand l’auteur (je ne parle pas du narrateur) ment, je trouve que c’est une facilité, voire une forme de narcissisme afin de montrer au lecteur sa capacité de manipulation. Ce n’est pas bien glorieux, surtout s’il n’y a aucun indice laissé à l’intention du lecteur. Parce qu’au final, c’est comme jouer au poker avec quelqu’un qui ne connait pas les règles. Si on se réjouit de ses victoires en de telles circonstances, c’est un brin navrant, non ?
    Par contre, j’aime quand le personnage a des convictions qui ne sont pas forcément les bonnes, ou quand le narrateur n’est pas fiable, mais que cela est explicite dès le début. Parce que le coup à la dernière page du « en fait je suis le tueur, mais je n’ai pas pensé à mon meurtre une seule seconde depuis que vous êtes dans ma tête alors que c’est moi qui enquête, ah ah, je vous ai bien eu ! », personnellement, ça me fatigue.

    Bref, tout est dans la subtilité pour moi. 😉

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  2. Tout à fait d’accord ^^ comme la plupart des techniques, celle ci est simple en théorie mais pas si facile que ça à utiliser. Normalement, un bon hareng doit pouvoir être décelé, sinon il tombe comme un cheveu dans la soupe. Mais l’équilibre entre sensation d’incohérence et étrangeté peut être difficile à obtenir. Je pense que ça dépend aussi de la confiance du lecteur : (et de la faculté de l’auteur à l’obtenir ) sil n’a pas confiance, il pourra se dire que l’auteur à fait une bourde. Sil a confiance, il se dira : ok, j’imagine que ça s’expliquera plus tard. Pour ton exemple sur le narrateur qui est le tueur, je suis d’accord, A partir du moment où on a son point de vue ça me semble bizarre qu’il n’y pense pas un seul instant.

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  3. J’avoue, c’est difficile de bien doser pour indiquer qu’il y a quelque chose d’étrange à identifier sans pour autant venir avec ses gros sabots au risque de donner une impression d’incohérence en terme d’écriture. Et tu as raison, ça dépend aussi du contrat passé entre le lecteur et l’auteur, qui n’est pas toujours évident à mettre en place. ^^

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