Serpentine, Mélanie Fazi

serpentine

 

Serpentine est un recueil de nouvelles écrites par Mélanie Fazi, proposant 9 nouvelles fantastiques et 1 de fantasy, parfois inquiétantes, toujours poétiques. Le recueil a été publié en 2004 chez Oxymore, en 2008 chez Bragelonne et en 2010 chez Gallimard (Folio SF).

Une boutique de tatouage où l’on emploie des encres un peu spéciales. Une aire d’autoroute qui devient un refuge à la nuit tombée. Une ligne de métro où l’on fait d’étranges rencontres. Un restaurant grec dont la patronne se nomme Circé. Une maison italienne où deux enfants croisent un esprit familier… Tels sont les décors du quotidien où prennent racine ces dix nouvelles. Dix étapes, et autant de façades rassurantes au premier abord… mais qui s’ouvrent bientôt sur des zones plus troubles. Car les lieux les plus familiers dissimulent souvent des failles, écho de ces fêlures que l’on porte en soi. Il suffit de si peu, parfois, pour que tout bascule…

Avant de vous parler des différentes nouvelles, je tiens à rappeler quelque chose. Quand on écrit, on y met nos sentiments, notre expérience, nos ressentis, de façon à ce que le texte raconte l’histoire que l’on veut raconter. Et puis, le lecteur arrive. Un lecteur avec des sentiments, une expérience, des ressentis… qui peuvent être différents et conduire à une lecture du texte légèrement différente de ce que l’auteur souhaitait raconter. L’interprétation n’est pas fausse pour autant, c’est juste qu’on lit à travers le prisme de « nous ». Certaines interprétations ne me parleront peut-être qu’à moi, et peut-être que ce n’était pas l’intention première de l’autrice. De la même façon, certaines nouvelles me parleront particulièrement en raison de ce que je vais y lire, et vice-versa.

 

  • Serpentine

Cinq tatoueurs aux encres exceptionnelles, capables d’extirper les vers qui vous rongent en échange d’histoires. Joseph fera appel aux services de l’un d’eux.

Au début de la nouvelle, on ne sait pas trop où elle nous dirige, mais on se laisse aisément porter par les mots, tout comme cet étrange tatoueur qui exerce son art en échange de l’histoire de ses client. Quand Joseph nous révèle enfin ce qu’il est venu chercher là, c’est terrible, et en même temps je ne pouvais m’empêcher de ressentir pour lui une certaine compassion. Par contre, les tatoueurs vont mettre un moment je pense avant de remplir leurs cahiers…

 

  • Élégie

Une mère au désespoir s’adresse au ravisseur de ses enfants.

Je ne suis pas mère, et je n’ai pas d’affinité particulière avec les enfants (sauf s’ils miaulent, bien sûr ;). Et pourtant… Je crois que c’est l’une de mes nouvelles préférées. Elle est vraiment poignante, la détresse de cette mère est palpable, même si on ne peut être vraiment sûrs que son désespoir ne l’a pas menée à la folie (c’est le propre du fantastique, après tout).

 

  • Nous reprendre à la route

Après qu’Anouk a été oubliée par son car, elle rencontre une étrange jeune fille sur une aire d’autoroute.

Une histoire triste… et en même temps assez douce. Elle est moins surprenante que les deux autres, dans la mesure où j’ai l’impression d’avoir déjà lu plusieurs fois des histoires similaires, mais elle m’a happée malgré tout. Même si on comprend rapidement ce qui se passe, cela n’altère en rien le plaisir de la lecture.

 

  • Rêves de Cendres

Une adolescente nous raconte comment elle a rencontré un oiseau de feu lorsqu’elle était enfant. 

Comme souvent dans les histoires fantastiques, plusieurs interprétations sont possibles. La première, au premier degré, suggère que l’oiseau de feu existe réellement, la seconde que non. Dans les deux cas, la nouvelle est magnifique quoique vraiment sombre, et relate d’un thème très réel et actuel qui, personnellement, me touche. Thème qui peut, à mon sens, se comprendre également de deux façons. Dans le premier cas, c’est littéral, et la fin est horrible (et malheureusement réaliste…). La deuxième interprétation que j’y ai vue est moins déprimante, et plus métaphorique : l’idée « de voir ce qu’il y a sous la peau » pour laisser apparaître ce qu’il y a dessous reviendrait à assumer sa personnalité, ses différences, et tant pis pour le masque et l’avis des autres. L’une de mes nouvelles préférées là encore.

 

  • Matilda

Une fan s’apprête à assister au concert de Matilda et de son groupe, alors qu’ils avaient quitté la scène depuis quelques années.

C’est peut-être la nouvelle dans laquelle je me suis le moins immergée, sans doute parce que je ne suis pas très familière des salles de concert (trop de monde, trop de bruit^^). Pour autant, j’ai bien aimé l’histoire, et le côté jusqu’au boutisme de certains fans à de quoi faire froid dans le dos^^

 

  • Mémoire des herbes aromatiques

Circé a pris sa retraite, elle tient désormais un restaurant où affluent les personnages nostalgiques de la mythologie grecque. Un jour, Ulysse s’y présente, et Circé lui propose une commande un peu spéciale.

La seule nouvelle Fantasy de ce recueil, et probablement l’une de mes préférées. Sur la forme, déjà, le travail sur le goût et les odeurs est super intéressant, surtout que ces sens sont je trouve sous-utilisés par les auteurs. Toute l’histoire est racontée par Circé, qui s’adresse à Ulysse (mais sans dialogue, tout passe uniquement par une narration en « tu ». Je crois que c’est la première fois que je lis ça, et c’est ici super réussi). Quant au fond, on nous offre une seconde version d’un épisode particulier de l’Odyssée, et pour ma part j’ai trouvé la fin hautement satisfaisante^^

 

  • Petit théâtre de rame

Un photographe, une adolescente et une artiste qui rentrent dans le métro… Qui rencontrent-ils ?

Je n’ai jamais été très à l’aise dans les transports en commun, et cette nouvelle n’est pas pour me rassurer^^ Le récit donne plusieurs point de vue, de passagers différents du métro, une ambiance très familière pour pas mal de lecteurs. L’un des personnages en particulier est vraiment très intéressant, et fait pas mal réfléchir.

 

  • Le faiseur de pluie

Alors que la grand-mère vient de mourir, deux enfants accompagnent leurs parents dans la maison familiale et y rencontrent son esprit protecteur.

Un conte léger qui contrebalance les atmosphères plus « angoissantes » des autres nouvelles. Ce n’est pas mon histoire préférée, mais elle permet de souffler un peu 🙂 Puis elle est plutôt mignonne et poétique.

 

  •  Le passeur

Un homme à la recherche de rédemption… qui la recherche d’une bien étrange façon. 

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle. On comprend assez vite ce qui se passe, et c’est avec une étrange fascination stupéfaite que j’ai suivi cette histoire.

 

  • Ghost Town blues

Un jeune homme qui s’égare et trouve refuge dans le saloon d’une ville déserte. Un trio d’habitués, mené par la Dame, lui propose une partie de cartes. 

Cette nouvelle n’aurait pas dépareillé dans un recueil de Stephen King. L’ambiance western est très bien rendue, et même si ça ne fait pas longtemps qu’on connaît le personnage, on ne tarde pas à éprouver de la compassion pour ce pauvre garçon tombé dans la toile de ce trio amateurs. La nouvelle n’est pas glauque, mais l’angoisse monte petit à petit. Une ville fantôme dans laquelle il vaut mieux ne pas mettre les pieds…

 

Bilan

Même si j’ai mes préférées, il n’y en en a aucune que je n’ai pas aimé, j’ai vraiment eu un coup de cœur pour certaines. Poésie, sens, émotions poignantes se donnent rendez-vous dans ce recueil. Amateurs de sang et d’action, vous risquez cependant de ne pas y trouver votre compte, ce n’est pas du tout le but ici. J’ai rarement des coups de cœur, mais je crois que la plume de Mélanie Fazi en fait partie^^

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

 

(PIF 2019)

 

20 réflexions sur “Serpentine, Mélanie Fazi

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  3. Jolie chronique! Je découvre ton blog grâce à elle et j’en suis ravie! Sinon, je suis une grande grande fan de Mélanie Fazi, et ne puis que te conseiller si tu ne l’as pas lu « Notre-Dame aux Ecailles » 🙂

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  4. Merci ^^ je ne l’ai en effet pas encore lu, serpentine est le premier recueil que je lis d’elle (Je voulais la découvrir suite à « nous qui n’existons pas »). Je compte bien lire notre dame et le jardin des silences, oui 😀 ( à la base je suis plus romans que nouvelles, mais là…)

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  5. Pareil, je pense que la plume de Mélanie Fazi joue pour beaucoup dans mon appréciation de ses textes. même si certains me parlent plus que d’autres, je trouve qu’on perçoit l’intention qu’il y a derrière, et ça a une vraie force. 🙂

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  6. Belle chronique et gros travail sur l’explicatif de chaque nouvelle. Perso ,moi s’il n’y a pas d’hémoglobine ou d’action, je ne suis pas preneur. Dommage car cela semblait prometteur mais j’ai peur que cela soit un peu light pour moi.

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