Les livres de la terre fracturée T1 : La cinquième saison, N. K. Jemisin

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La cinquième saison est le premier tome de la trilogie de Science-Fantasy Les Livres de la Terre Fracturée. Ecrit par l’autrice afro-américaine Nora Jemisin, ce premier tome est paru en VO en 2015, puis en Français en 2017 aux éditions J’ai Lu.

Attention : le livre a des passages assez durs impliquant des tortures et meurtres d’enfants, et une ambiance globale très sombre

La terre tremble si souvent sur votre monde que la civilisation y est menacée en permanence. Le pire s’est d’ailleurs déjà produit plus d’une fois : de grands cataclysmes ont détruit les plus fières cités et soumis la planète à des hivers terribles, d’interminables nuits auxquelles l’humanité n’a survécu que de justesse. Les gens comme vous, les orogènes, qui possédez le talent de dompter volcans et séismes, devraient être vénérés. Mais c’est tout l’inverse. Vous devez vous cacher, vous faire passer pour une autre. Jusqu’au jour où votre mari découvre la vérité, massacre de ses poings votre fils de trois ans et kidnappe votre fille. Vous allez les retrouver, et peu importe que le monde soit en train de partir en morceaux.

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Fanart by Spellsword95

Univers

Tout d’abord, qu’est-ce que le Fixe ? Le Fixe, c’est le continent (unique, avec quelques îles sur le pourtour) de ce monde (à ce stade, difficile de savoir s’il s’agit de notre Terre ou pas. J’espère quand même qu’on aura un meilleur avenir, parce qu’on est mal sinon). Le terme est très ironique, car le continent est secoué en permanence de secousses sismiques, parfois assez violentes. Mais le véritable problème, c’est ce que les habitants appellent les cinquièmes saisons : sortes d’hivers nucléaires où les cendres cachent le soleil à cause des volcans qui déchirent la terre de toutes parts. Et il est plus ou moins suggéré que l’humanité ne peut s’en prendre qu’à elle même, si le Père Terre a décidé de s’en débarrasser.

Alors, les habitants se sont organisés. Les villes (appelées comms) sont bâties de façon à résister le plus possible, et ne sont gardés que les gens qui peuvent se montrer utiles. Si vous ne l’êtes pas, vous dégagez, et votre survie, c’est votre problème (autant dire qu’on ne voit pas beaucoup d’handicapés…). On évite les bâtiments hauts, les îles, et on utilise des caches pour les réserves de nourriture. Mais bon, les villes qui arrivent à survivre à une saison, c’est déjà super. Autant dire que les technologies ne résistent pas bien longtemps. D’ailleurs, on y trouve pas mal d’artefacts d’anciennes civilisations détruites par les cinquièmes saisons. Considérés comme dangereux, ils sont isolés. Seuls persistent les étranges obélisques qui flottent dans le ciel…

Bref, on est sur du post-apo convainquant et réaliste.

Heureusement, les gens peuvent compter sur le côté fantasy du cycle : les orogènes. Sortes de mutants, ils sont capables d’utiliser les énergies telluriques et caloriques pour calmer les secousses… ou en provoquer. Grâce à eux, l’humanité résiste. On pourrait croire qu’ils ont été élevés en héros, sauf que… Sauf que.

Sauf que les humains normaux sont terrifiés. Dès leur naissance, les orogènes sont capables d’utiliser leurs pouvoirs d’instinct, et même les orogènes entraînés sont susceptibles de tout massacrer autour d’eux par accident. Alors, seuls deux destins les attendent : se faire tuer par leurs propres familles et amis quand ils découvrent leur nature, ou bien se faire… ben… capturés par le Fulcrum, sorte de camp d’entraînement pour jeunes orogènes où ils seront endoctrinés pour s’assurer leur pleine et entière collaboration : armes, boucliers… reproducteurs.

Car c’est l’une des thématiques principales du roman, avec l’écologie/le post apo : le rejet, la discrimination, la stigmatisation. Le meurtre de gens à cause de leur différence, à cause de l’incompréhension qu’ils suscitent. ça ne vous rappelle rien ? Beaucoup de personnages sont noirs, certains sont homosexuels, bisexuels, trans… Sans que ça ne pose de problèmes à qui que ce soit (enfin, pas trop de problèmes, disons). Mais il ne faut pas s’y tromper. C’est ça que j’aime avec l’imaginaire  (enfin, en partie) : faire réfléchir sur des questions très réelles, d’actualité, de façon détournée. D’ailleurs, les orogènes ne sont même pas considérés comme des humains. Ils ne sont que des esclaves, tout juste bons à servir les autres.

Vous me direz, puisqu’ils sont si puissants, pourquoi ne se rebellent-ils pas ? Eh bien, déjà ils sont endoctrinés très jeunes de façon à étouffer toute braise de rébellion. Et puis il y a les Gardiens, que je vous laisse le plaisir (lol) de découvrir.

Maintenant que tout le monde est bien déprimé (attendez de découvrir le premier ‘ »noeud »…), une note un peu plus sympa : il n’y a pas que des humains. La faune s’est plus ou moins adaptée, avec de jolies loutres anthropophages, et il y a aussi les Mangeurs de pierre, des êtres a priori ni vraiment hommes ni femmes, à la peau littéralement de pierre et aux dents de diamants, avec des pouvoirs plutôt sympathiques. Enfin je croyais. Et puis j’ai lu la fin et… gnouf.

 

Je ne vais pas pouvoir dire grand chose dans la catégorie personnages, car je risque de vous spoiler, et je n’ai pas grand chose à dire dans la partie intrigue, donc on va regrouper les deux : 

 

Personnages et intrigues

 

Essun : 

Vous êtes une femme de 42 ans, mariée mère de deux enfants, menant une vie simple dans une toute petite comm. Et puis un jour, vous découvrez que votre mari a massacré votre fils de 3 ans à mains nues et s’est enfui avec votre fille. Ouaip, ça vous pose une ambiance. Tout le village découvre du même coup que vous êtes une orogène, quand vous parvenez à arrêter une secousse sismique particulièrement violente qui annonce une cinquième saison. Vous êtes chassée, mais au fond, seule votre fille à encore de l’importance. Que l’apocalypse arrive ne vous fait ni chaud ni froid. Sur le chemin, vous rencontrez Hoa, un étrange jeune garçon.

Damaya : 

Damaya est une gamine qui a accidentellement utilisé ses pouvoirs contre un autre gamin qui l’emmerdait. Ses parents ont donc tôt fait d’appeler un Gardien, Shaffa, afin qu’il les débarrasse de sa présence. Le Gardien l’emmènera donc au Fulcrum, où elle pourra apprendre à contrôler ses pouvoirs et devenir une esclave bien obéissante au service de l’empereur.

Syenite :

Syenite est une jeune femme du 4ème anneaux (les orogènes entraînés possèdent de 1 à 10 anneaux, selon leur puissance et leur « hiérarchie »). Elle est plutôt puissante mais encore inexpérimentée, on la confie donc au 10ème anneau Albâtre. Avec qui elle devra aussi coucher pour offrir au Fulcrum un petit bébé à tortu… euh… un nouveau soldat, quoi. Sauf qu’Albâtre n’est pas de bonne volonté, et puis disons que sa santé mentale part un peu en vrille.

 

En vérité, le premier tome est surtout une grande introduction à l’univers, au contexte de la véritable intrigue, et aux personnages. D’ailleurs, il y a un twist à un moment donné. Il y a quelques indices en amont, qui m’avaient fait tilter sans que je ne fasse le rapprochement, et une fois que vous comprenez… c’est vraiment super intéressant comme façon de procéder.

 

Style

J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le roman en partie à cause du style : vous l’avez peut-être remarqué, mais pour parler d’Essun, j’ai utilisé le « vous ». Eh bien, c’est pareil dans le roman. Si les trois narratrices ont une voix au présent, Essun a une narration à la deuxième personne du pluriel (en vous, et pas en elle, contrairement aux deux autres). Cela a du sens, mais j’ai eu un peu de mal au début. Au bout d’un moment, on s’habitue.

Le style en lui-même est assez… oral, quoique très bien écrit, avec un accès aux pensées des personnages, ce qui permet de bien s’immerger. Détail sympa, pas mal de jurons dans la narration ou les dialogues, mais ce sont des jurons adaptés au monde de la Terre Fracturée.

Le second point qui m’a donné du mal, c’est que j’étais un peu paumée pendant le prologue et le premier chapitre. Je n’avais pas lu le résumé, et comme au début les explications tardent à venir… Bon, on comprend assez vite quand même, mais si vous voulez vous faciliter la tâche, ne faites pas comme moi, et regardez à la fin du livre : il y a un glossaire^^

 

Bilan

J’ai vraiment galéré avec les 30 premières pages, entre le style atypique, assez distant, et le manque d’explications sur l’univers et les évènements. J’ai commencé à accrocher vers la 150ème page, et à partir de là… Wow. L’univers est fascinant, les personnages aussi, surtout quand on réalise enfin ce qui les relie, les thématiques ô combien actuelles et bien traitées (écologie, système discriminatoire et oppressif…). Et la fin annonce du lourd pour les prochains tomes. Même s’il s’agit d’un tome introductif qui sert surtout à poser les bases de l’univers, des personnages, et le contexte de l’intrigue globale… ce tome est vraiment très prenant. Ce n’est pas (encore) un coup de cœur, à cause du début et de l’intrigue qui ne semble pas réellement démarrer dans ce tome-ci, mais… Wow. 

 

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

 

Diversité en litté : ownvoice ; roman SFFF : livre publié il y a 2 ans ; personnage principal racisé

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13 réflexions sur “Les livres de la terre fracturée T1 : La cinquième saison, N. K. Jemisin

  1. Ah, ça semble intéressant comme livre. Puis, je ne suis pas spécialement dérangée par la narration à la deuxième personne du singulier, alors je ne pense pas qu’au pluriel, ça me gênerait davantage. 🙂

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