Conception d’un univers : le mieux est l’ennemi du bien

 

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Teostra du jeu Monster Hunter, par Wlop

 

Même si je ne participe pas beaucoup, je traîne régulièrement dans des groupes dédiés à l’écriture. Et il y a certaines questions qui reviennent souvent quand il s’agit de créer son univers de Fantasy. Je rappelle que je ne suis pas publiée donc mon avis vaut ce qu’il vaut, il s’agit principalement de réflexions basées sur des textes ou des questions que j’ai pu lire sur des forums ou des groupes d’écriture.  Je souhaitais ainsi revenir sur trois de ces interrogations que l’on peut avoir quand on commence l’écriture.

Le Prologue « Encyclopédie »

 

Il ne s’agit pas d’un terme officiel donc inutile de le chercher sur internet, alors qu’entends-je par un prologue « Encyclopédie » ? Eh bien tout simplement des prologues consacrés à raconter comment a été créé l’univers, avec un catalogue de dieux, de races humanoïdes ou animales, d’événements antiques etc. Comme si on abordait la lecture du Seigneur des Anneaux par un résumé du Silmarillion.

Dans l’absolu, je ne conseillerais pas ce genre de prologue, et ce pour plusieurs raisons :

1/ c’est inutilement complexe. Vous demandez à votre lecteur de retenir plein d’informations alors qu’il n’a même pas commencé l’histoire.

2/ce n’est pas immersif. Non seulement vous lui farcissez la tête d’informations, mais en plus ce sont des informations qui ne lui servent pas pour le moment, et qui ne sont donc pas très intéressantes en premier lieu.

Mais du coup, quoi mettre dans le prologue ? Eh bien déjà, j’ai envie de vous dire que vous n’êtes pas obligé d’en mettre un. Et parfois, commencer par l’écriture du prologue n’est pas le plus simple. Si vous calez, attendez de voir à la fin de votre premier jet, un prologue s’imposera peut-être sans que vous ayez besoin de le chercher.

Mais ça peut être par exemple lié à un événement précis du passé qui explique les événements du présent.

Ce prologue peut être clair : le prologue du film le Seigneur des Anneaux, par exemple, qui raconte rapidement la guerre contre Sauron, qui présente quelques personnages légendaires comme Isildur et Elrond… Pourquoi ce prologue fonctionne ? Parce qu’il n’est pas surchargé d’informations, il reste épique, et il annonce clairement les enjeux).

Ou plus mystérieux : dans la Roue du Temps, par exemple, on ne comprend pas clairement qui sont les personnages du prologue et pourquoi l’un d’eux a massacré toute sa famille sans paraître s’en souvenir, mais on comprend la scène en elle-même et on a hâte d’en savoir plus sur la folie du personnage. Autre exemple : le prologue des Archives de Roshar qui s’ouvre sur l’assassinat du roi. On ne comprend pas tout (pourquoi l’assassin a-t-il des pouvoirs ? pourquoi l’a-t-on envoyé tuer le roi ?), mais on comprend que ces événements ont déclenché la suite et qu’on en saura davantage plus tard.

Quant aux informations, essayez plutôt de les dispenser au compte gouttes dans le roman, afin que le lecteur puisse les intégrer et comprenne leur sens.

 

L’univers chargé

Je vois déjà mes bêta-lectrices rire sous cape, parce que je ne suis pas forcément la meilleure placer pour donner un conseil sur ce point particulier^^

Quand on crée un univers de toutes pièces, on aimerait bien montrer au lecteur toutes les formidables idées qu’on a eu, toutes les supers créatures et races auxquelles on a donné vie. Sauf que. Sauf qu’au final, au fur et à mesure de l’évolution du projet, certaines de ces idées qu’on aime ne trouvent plus leur place. Par exemple parce qu’elles n’apportent rien à l’intrigue, ou que le livre est suffisamment riche comme ça. Et si on essaie de les placer malgré tout, ça peut vite devenir le foutoir ou donner un côté catalogue à votre roman. Si vous essayez de les caser avec un pied de biche, ça risque de déborder de partout.

Donc, quoi faire de toutes ces idées qu’on arrive plus à placer ? Pas les supprimer. Ces idées peuvent servir pour un autre projet, ou bien vous pourriez les garder pour un univers étendu, autres romans (l’univers du Cosmere de Brandon Sanderson, par exemple), ou des nouvelles (Janua Vera et Gagner la Guerre de Jaworski), voire les deux (Evanégyre de Lionel Davoust). Ou vous pouvez offrir ces informations à vos fans via votre site internet (JK Rowling).

Personnellement, j’ai choisi la seconde. Mon cycle principal est déjà très chargé, mais en même temps ce que je n’ai pas pu caser est spécifique à cet univers. Du coup, il y aura un certain nombre de nouvelles pour venir compléter le cycle, mais qui ne seront pas nécessaires pour comprendre le cycle (éclairage sur le passé de certains personnages ou certains événements,  « anecdotes » etc…).

Quoi qu’il en soit, c’est hautement frustrant de ne pas pouvoir montrer au lecteur ce qui se cache sous la surface de l’iceberg 😥

 

Les langues

 

Même si vous n’avez pas lu le Seigneur des Anneaux, vous savez probablement que Tolkien était un linguiste et qu’il a créé complètement plusieurs langues, qui sont réellement utilisables tellement elles sont précises. Ces langues peuvent être entendues dans les films. On peut aussi parler des langues esquissées tout spécialement pour la série Game of Thrones (de mémoire, il y a quelques mots dans les livres, mais ça s’arrête là, alors qu’elles devenaient nécessaires pour la série).

Quand on commence l’écriture, ça peut être tentant d’élaborer sa ou ses langues, et il est vrai que ça peut renforcer la « réalité » de votre univers. MAIS :

1/ c’est compliqué. Tolkien y a consacré pas mal d’années. Peut-être que vous n’avez pas besoin d’élaborer une grammaire, une conjugaison et un lexique, mais que vous n’avez besoin que de quelques mots.

2/ personnellement, je trouve que c’est vite chiant. Quand il y en a trop, ça me soûle très vite de devoir me référer à chaque fois à la fin du livre pour comprendre ce qui se dit.

A vous de voir si c’est réellement intéressant pour votre livre, du coup (et ça peut l’être, évidemment, mais je pense qu’il est important de se poser au moins la question. Est-ce que j’ai vraiment envie de passer des semaines/mois à construire une langue si ça n’a aucun intérêt et/ou si je risque plus de perdre le lecteur ?).

 

En résumé

 

Si j’ai rassemblé ces trois interrogations, c’est qu’elles ont en réalité la même réponse. Interrogez-vous sur vos besoins, sur les besoins de votre intrigue et de vos personnages : vouloir trop en faire peut être plus « néfaste » qu’autre chose. Vous racontez une histoire, vous ne faites par une encyclopédie sur votre univers. L’encyclopédie, vous pouvez la faire… mais en plus. Et si vous souhaitez partager vos écrits, que ce soit sur Wattpad ou dans un livre (auto) publié, pensez qu’ils vont être lus : le lecteur doit comprendre où vous voulez en venir, doit comprendre ce qui se passe, sans se retrouver noyé. Chaque texte est différent, chaque auteur est différent, donc j’insiste sur le fait que ce ne sont pas des injonctions à quoi que ce soit. Je vous invite surtout à vous interroger (suis je capable de le faire de façon efficace ? est-ce intéressant pour mon livre ? est-ce que l’effort en vaut la chandelle ?), mais vous restez évidemment maîtres de vos œuvres, et heureusement 😉

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16 réflexions sur “Conception d’un univers : le mieux est l’ennemi du bien

  1. Le prologue du Seigneur des Anneaux, j’ai mis une demi-minute à réaliser que tu parlais du film. Le livre comporte également un prologue, mais qui n’est pas du tout le même. ^^ (Et qui constitue le début du film, quand même) (et qui est quand même un poil indigeste pour quelqu’un n’est pas déjà fan de l’univers)

    Sans ça, un exemple d’avant propos qui m’a beaucoup marqué : les définitions dans Moby Dick. J’ai trouvé ça sympa comme mise en contexte et relativement original. Un prologue n’a pas besoin d’être complexe, le mieux d’ailleurs est souvent de l’ajouter une fois tout le reste du roman écrit.

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  2. Effectivement, je vais préciser, ça peut porter à confusion ^^ jaime bien le prologue du livre, mais comme tu dis, je pense qu’il faut déjà apprécier l’univers. Je n’ai jamais lu Moby dick, tu peux m’en dire plus sur son prologue ? Et d’accord sur ta dernière phrase, je trouve aussi qu’il est plus simple de l’écrire (et de voir s’il en faut un) une fois qu’on sait le reste.

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  3. Perso je l’ai vécu avec ma saga Nechtaàn. J’avais envie de transmettre plein d’informations et de détails au lecteur sauf que c’était trop, le rythme n’était plus bon et avec le recul j’ai beaucoup de regrets là dessus parce que ça en devenait incompréhensible pour les non initiés à l’univers. Ce que tu dis est assez pertinent je trouve 🙂

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  4. Merci ^^ C’est un peu un faites ce que je dis pas ce que je fais, j’ai toujours du mal à virer des trucs, même quand je sais que je devrais… 😅 d’où l’idée de l’univers étendu comme il y a beaucoup de choses qui ne sont pas nécessaires à l’intrigue et aux thèmes de base.

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  5. Je suis d’accord avec toi : il faut se méfier de soi-même, de notre envie d’exploiter chaque mot que nous avons écrit.

    En jeu de rôle, je me laisse souvent emporter à écrire énormément de choses sur les lieux que mes joueurs vont traverser et les personnages qu’ils vont rencontrer. Mais tout n’est pas exploité pendant la partie. Les joueurs peuvent choisir de ne pas rencontrer un personnage sur lequel j’avais beaucoup travaillé, ou ne pas se rendre dans un quartier précis de la ville qui bénéficie d’une longue description dans mes notes.

    Pourtant, ce travail invisible ne me gêne pas. Car cela m’aide à offrir cohérence et profondeur à l’histoire que je fais jouer. En plus, si j’ai une idée précise du monde dans lequel mes joueurs évoluent, je peux réagir plus facilement quand mes joueurs font des choses que je n’avais pas prévu et improviser des évènements qui restent logiques avec le reste de l’histoire.

    Et je trouve que c’est pareil en littérature. Un background fouillé, ça se sent ! Pas besoin de transformer son texte en encyclopédie pour prouver qu’on a créé un monde original et complexe.

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  6. Toutafey d’accord, même si on ne m’est pas tout dans le récit, il est important à mon sens que l’auteur connaisse bien son univers et qu’il le fouille un minimum, ne serait ce que pour la profondeur et la cohérence.

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  7. Oui, mais malgré la précision du film, j’avais bugué. :p

    Pour le prologue de Moby Dick, ça ressemble à ça (version anglaise) : http://www.online-literature.com/melville/mobydick/1/

    En gros tu as déjà les définitions du dictionnaire autour du mot « whale », suivi de plein de citations de textes scientifiques / textes de fiction, etc… autour du mot « whale » (de la bible à des textes contemporains). Cela présente la manière dont les cachalots étaient perçus par les gens au moment où le livre a été écrit. Le contexte historique est introduit avec beaucoup de délicatesse, on comprend de quoi va parler l’histoire, et ça permet au roman de démarrer très lentement, avec un sacré suspense, puisqu’on attend tous l’arrivée du cachalot. Un bon prologue en somme, pas chiant et qui remplit son rôle.

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  8. Je suis d’accord avec les points que tu soulèves. ^^
    J’ai horreur des prologues « encyclopédie » pour moi c’est un coup à reposer le livre direct ^^’. D’ailleurs aucune partie du roman ne devrait ressembler à une encyclopédie. Ca m’est déjà arrivé de lire des romans où quand le héros arrive dans une nouvelle ville, il y a tout un descriptif de l’architecture et du mode de vie des habitants en mode documentaire sur Arte, et ça ne rend pas l’univers intéressant en fait ça casse juste l’immersion.

    En ce qui concerne les langues inventées, il faut pas oublier que les films/série et les livres ne fonctionnent pas pareil. A l’écran on peut suivre les sous-titres facilement, mais dans un livre je ne vois pas trop l’intérêt d’écrire des pages et des pages dans un charabia incompréhensible ^^’

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  9. J’aime bien en savoir plus sur un univers, mais pas forcément quand je suis en train de lire le roman (donc soit des annexes, soit un livre à part, soit un site internet etc…). Et pour les langues, tout à fait d’accord : sur une série ou un film on ne peut pas trop faire autrement. Dans un livre, ça peut être intéressant, mais s’il faut lire les notes sans arrêt pour comprendre, mbof…

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  10. En tant que linguiste amatrice et polyglotte invétérée, j’avoue que j’ai pas pu m’empêcher de mettre une langue inventée XD Mais à ma décharge, les lecteurs n’ont pas besoin de la comprendre, elle n’est pas très présente, n’implique pas l’utilisations de notes de bas de page, mais quand on comprendra comment elle fonctionne on comprendra aussi des trucs cools.
    Sinon je plussoie sur le fait de faire des nouvelles et des spin-offs de partout pour pas tout caser de force dans la saga principale. Personnellement j’ai exprimé ma frustration d’autrice à travers un calendrier de l’avent, qui a du coup engendré chez mes lecteurs au moins autant de frustration… de découvrir à quel point, finalement, ils n’avaient fait qu’effleurer l’univers !
    Sinon y’a aussi une soluce plus brutale : le livre de JDR. Pour La Dernière Geste, il est en cours d’écriture.

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  11. Je ne trouve pas que ce soit gênant en soi d’inventer une langue (ça peut même être intéressant pour l’auteur, de la même façon qu’il est intéressant de fouiller son univers, même si on n’en montre que 10 % au lecteur). Mais voilà, si cest juste pour faire style sans que ça apporte quoi que ce soit, et qu’en plus le lecteur doit se rendre à la fin du livre sans arrêt pour comprendre ce qui se passe, meh…^^ les livres de jdr c’est sympa aussi comme solution, j’avoue que je ny avais pas pensé ^^ par contre oui, c’est tellement frustrant des deux côtés de ne pas accéder/montrer l’univers complet 😦

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