Dans les hautes herbes, Stephen King et Joe Hill

herbes

Dans les hautes herbes est une nouvelle Fantastique-Epouvante de l’auteur américain Stephen King et son fils Joe Hill. Publiée en VO en 2012, elle n’est sortie en France qu’en 2019 aux éditions Albin Michel. Elle a fait l’objet d’une adaptation par Netflix, réalisée par Vincenzo Natali, sortie en 2019 également.

On va parler ici du livre ET du film.

Cal et Becky sont frère et sœur. En route pour rejoindre de la famille à l’autre bout des États-Unis, ils sont contraints de s’arrêter après avoir entendu les appels à l’aide d’un petit garçon perdu dans un champ où la végétation est d’une hauteur vertigineuse. Ils s’enfoncent dans les hautes herbes. Désorientés, et plus éloignés de la route qu’il semble possible, ils se perdent l’un et l’autre. Les pleurs de l’enfant deviennent de plus en plus poignants, plus désespérés.

Livre

J’ai lu presque toutes les oeuvres de Stephen King, et en général, je le trouve beaucoup plus percutant dans ses nouvelles que dans ses romans, principalement à cause des longueurs qui émaillent ces derniers.

Ici, point de problème de rythme en tout cas. Le récit est court, mais prends un minimum de temps pour nous présenter les deux personnages principaux, très attachants dans leur « normalité. Ces jeunes gens qui pénètrent dans ce piège en pensant aider un garçon et sa mère, ça pourrait vraiment être n’importe qui.

Beaucoup de récits d’horreur se déroulent la nuit, ou dans des lieux plus ou moins restreints. Dans celui-ci, c’est le contraire. On est en pleine journée, sous un soleil accablant qui renforce encore plus le sentiment d’oppressant qui s’installe de plus en plus à mesure que les personnages comprennent qu’il ce passe quelque chose d’étrange. Les hautes herbes, quant à elles, sont infinies, d’autant plus qu’elles semblent capables de bouger l’emplacement des choses tant qu’elles sont vivantes. Pour moi qui ait un sens de l’orientation inexistant et une certaine forme d’agoraphobie… autant dire que j’étais pas à l’aise du tout^^ (puis si c’était que l’herbe… y’a la boue, les mouches, les gamins bizarres… brrr !)

J’ai par ailleurs apprécié qu’on ne sache pas grand chose de l’antagoniste surnaturel. On peut deviner certains éléments, mais on n’est ici dans du vrai Fantastique, dans lequel la réalité nous échappe. Par contre attention, si la nouvelle joue surtout sur l’angoisse, il y a quand même quelques scènes gores, dont une à la fin qui peut être choquante pour une autre raison que celle du sang.

En résumé, une nouvelle efficace qui vous fera réfléchir à deux fois avant de pénétrer dans un champ de maïs (d’ailleurs, si vous êtes familiers des oeuvres de King, il y a des ressemblances avec une autres de ces nouvelles, les Enfants du Maïs. Je me suis même demandé si les deux menaces n’étaient pas de la même nature).

Et ailleurs, qu’en pense-t-on?

 

Film

Bande annonce

Pour resituer le contexte, la bande annonce m’a donné envie de lire la nouvelle, qui m’a donné envie de voir le film^^

Le film commençait très bien. Même s’ils sont un peu plus âgés que dans la nouvelle et que leur lien frère/soeur ne semble pas aussi profond, les deux personnages principaux sont attachants et leur alchimie fonctionne bien. Le côté oppressant était bien rendu, l’angoisse de plus en plus tangible comme on comprend que le champ n’a rien de naturel. Mention spéciale au jeune acteur qui joue Tobin (l’enfant qui les appelle à l’aide depuis le champ), qui joue très bien et qui réussit à être à la fois mignon et inquiétant.

Mais au bout de vingt minutes, j’ai commencé à avoir peur, car on n’était à l’équivalent des 3/4 de la nouvelle, et il restait dans les 1h15 de film. De quoi le film allait-il donc parler au final ?

Au bout de 20 minutes, donc, on introduit un personnage inédit, le père de l’enfant que porte l’héroïne, parti à la recherche de celle-ci et de son frère. Bon, pourquoi pas, après tout, surtout qu’il a l’air plus sympathique que ce que laissaient deviner le contexte et les dialogues entre Cal et Becky.

Et là, le film introduit un élément qui ne figure pas dans la nouvelle, un élément que j’ai trouvé à la fois intéressant, d’une certaine logique… mais qui ne fonctionne pas à mon sens. Un élément qui casse tout le côté angoissant de l’histoire tout en ajoutant de la confusion et des incohérences. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à regarder le film en entier, j’ai fini par sauter des bouts pour voir la fin, tellement l’histoire avait perdu tout intérêt pour moi.

Attention, je vais donc spoiler le film. Si vous ne voulez rien savoir, vous pouvez arrêter ici la lecture de la chronique.

tall grass

Le film part donc du principe que le champ ne se contente pas d’influer sur l’espace, mais aussi sur le temps. Sur le principe, je troue l’idée sympa. Mais son traitement entraîne plusieurs problèmes, puisqu’on n’est pas dans une boucle temporelle, mais dans une sorte de faille dans laquelle plusieurs lignes temporelles se déroulent en même temps. Donc

  • à partir du moment où les personnages ont une chance de s’en tirer, je trouve que le côté angoissant diminue pas mal. Et comme les évènements traumatiques peuvent TOUS s’annuler, c’est encore pire. Si plus rien n’a lieu de façon définitive, alors plus aucune raison de s’émouvoir (je pense à la fameuse scène de la nouvelle, qui du coup perd complètement son impact dans le film puisqu’à la fin… la scène n’a jamais eu lieu…)
  • si toutes les lignes temporelles se déroulent en même temps (un personnage peut très bien être vivant alors que son cadavre git un mètre plus loin)… pourquoi y’a pas plus de cadavres ou de gens différents dans le champ, éventuellement en plusieurs versions d’eux mêmes ? (quand le petit copain arrive, il y a plein de voitures abandonnées sur le parking, signe que plein de gens se sont fait avoir dans le champ).

Le second point, bon, on ne sait pas comment ça marche exactement, donc pourquoi pas… Mais le premier, non ! A la fin du film, les personnages principaux n’ont jamais été dans le champ ! Ce qui veut dire que les évènements angoissants n’ont jamais eu lieu, et le personnage du petit ami qui se sacrifie et gagne ainsi sa rédemption… n’a jamais eu de raison de se rendre dans le champ, donc il n’est pas mort et il n’a pas eu de rédemption… Supeeeer… Bon, y’a bien le gamin qui se retrouve orphelin, mais le film s’en fout, j’ai l’impression.

Bref, y’avait de l’idée, mais pour moi, ça ne fonctionne pas.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on?

 

 

 

 

6 réflexions sur “Dans les hautes herbes, Stephen King et Joe Hill

  1. Je n’ai pas lu le texte de King et de Hill, je me suis contenté du film. A dire vrai le seul argument qui m’a poussé à le regarder est la présence de Patrick Wilson, un acteur que j’aime énormément – et je trouve dommage qu’on essaie de l’enfermer dans les films d’horreur, même si ça à l’air d’être son kiff.
    Mais je te rejoins totalement dans ce que tu dis par rapport au traitement du temps et aux incohérences qui en découlent ou non. Patrick Wilson campe un personnage absolument terrifiant, et tous les acteurs sont crédibles. Mais le film n’a aucun propos à donner, et c’est dommage… Il a plus l’air d’une longue introduction qu’autre chose.

    Aimé par 1 personne

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