Ecrire quand on est handicapé (2)

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Zecora, TsaoShin

 

 

Après mon petit coup de gueule, on va pouvoir passer au vif du sujet. Il ne s’agit pas tant de conseils qu’un appel à l’ouverture d’esprit et à la déculpabilisation. Ce n’est pas parce que quelque chose est facile pour vous que c’est le cas pour quelqu’un autre.

Cet article est surtout basé sur mon expérience, ce n’est pas parce que je suis concernée par le handicap de façon globale que je suis légitime à parler de tous les handicaps.  Dans mon cas, ce qui interfère avec l’écriture relève surtout des douleurs, de la fatigue, des hypersensorialités et des problèmes cognitifs. Aussi, si vous avez des astuces ou des expériences, et que vous souhaitez les partager, n’hésitez pas à profiter de l’espace commentaire.

Que vous soyez en bonne santé ou handicapé/malade chronique, s’il y a des trucs qui vous sont utiles, prenez, sinon, jetez (et n’hésitez pas à proposer^^)

1. Votre santé avant tout

 

Je sais que c’est frustrant, mais comme dit le dicton : « qui veut aller loin ménage sa monture ». Ça ne vous servira à rien de tirer sur la corde. Si vous devez vous reposer, reposez-vous, même si ce repos doit durer 3 semaines. Vous voulez finir ce roman ? Alors pensez course de fond, pas course de vitesse. Vous mettrez sans doute plus de temps que les autres, mais après tout, ce n’est pas un marathon.

Prenez soin de vous. C’est important.

 

2. Ne culpabilisez pas

 

J’ai beaucoup culpabilisé de mon rythme d’écriture. Je ne peux pas écrire longtemps, et je ne peux pas écrire tous les jours. Donnez-vous des objectifs si vous voulez, mais ils doivent être réalistes avec votre propre condition.

Pour peu que j’ai un rendez-vous quelque part, un coup de téléphone à passer, un imprévu ou un repas avec des amis, ma journée est foutue. Parfois, ma semaine peut être foutue. Pendant longtemps, j’ai essayé de m’imposer un objectif quotidien. Sauf que même petit, j’arrivais à le tenir un moment, jusqu’à ce que la fatigue me submerge. Maintenant, je me donne un objectif hebdomadaire, que j’adapte à chaque semaine, selon ce qui est prévu. C’est plus facile à tenir, donc je culpabilise moins. Mais surtout, gardez à l’esprit que ce n’est pas grave de ne pas réussir votre objectif, et qu’il n’est absolument pas nécessaire de vous en imposer un de toute façon. 

Certaines personnes conseillent d’écrire toujours au même moment de la journée pour que la routine puisse s’installer. Ce n’est pas toujours possible pour nous, car on ne choisit pas quand les douleurs ou la fatigue vont s’imposer. N’essayez pas de rentrer dans le moule, écrivez quand vous le pouvez, si vous le pouvez. C’est vrai, votre roman ne s’écrira pas tout seul. Mais personne n’a jamais dit que vous aviez un temps limité pour l’écrire.

Vous pouvez être fiers de vous de toute façon ❤

 

3. Ecrire un roman, ce n’est pas qu’aligner des mots

 

Parfois, j’ai envie d’écrire, je suis motivée, j’ai des idées…. mais j’ai pas les mains. Des fois, j’ai pas trop mal aux mains, mais mon cerveau est complètement embrumé. Sauf que l’écriture, ce n’est pas seulement aligner des mots sur le papier ou sur l’ordi.

Vous avez le cerveau, l’envie, mais pas les mains ? Vous pouvez peut-être réfléchir à la suite, à des passages qui posent problème, à des retournements d’intrigue etc…

(On m’a déjà conseillé la reconnaissance vocale pour pallier mes douleurs aux mains, mais dans mon cas, ça ne marcherait pas. J’ai besoin d’écrire pour ordonner mes idées. Sachez cependant que cela existe)

Vous avez le cerveau, les mains, mais pas l’envie ? Vous pouvez peut-être alimenter vos boites à outils en lisant des articles sur l’écriture ou en écoutant des podcasts, en lisant tout court, en regardant un film, en jouant à un jeu, en vous baladant etc… Et puis, vous n’êtes pas obligés de faire tourner votre vie autour de l’écriture, hein.

Vous avez les mains, l’envie, mais pas le cerveau ? Vous pouvez peut-être en profiter pour classer ou saisir des notes, ou faire quelque chose qui ne nécessite pas trop d’énergie mentale.

 

4. Le problème des fautes

 

Tout le monde fait des fautes. Fautes d’inattention, règle de grammaire complexe… Personnellement, quand je suis fatiguée, j’écris n’importe comment. Déjà parce que mon cerveau est épuisé, et parce que c’est douloureux de poser mes doigts sur les bonnes touches. Et, ce n’est pas mon cas, il y a des troubles du développement comme les dys ou le tda/h. Une personne qui fait des fautes, ce n’est pas forcément quelqu’un qui s’en fout ou qui le fait exprès.

On ne peut pas se débarrasser de toutes les coquilles, mais c’est plus agréable pour le lecteur s’il n’a pas à dépenser trop d’énergie pour lire. Mais faire des fautes ne doit pas vous empêcher d’écrire. Peut-être qu’il faudra en revanche demander à une tiers personne de corriger les fautes avant de proposer le texte à la lecture.

 

5. Installez vous confortablement

J’imagine que plein de gens écrivent à leur bureau, mais en fait, vous faites comme vous voulez. L’essentiel, c’est que vous soyez à votre aise. Si vous écrivez allongé dans votre lit, pensez à la table(ette) de lit. Je n’en ai pas encore, mais je pense en prendre une prochainement.

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6. Ajustez votre environnement

Je suis hypersensible, c’est à dire que les bruits et les lumières peuvent m’être douloureux, les parfums me donnent la nausée (et même si ça n’a pas d’impact sur l’écriture, j’ai de gros problèmes pour manger en partie à cause de ça). C’est un peu pareil que pour le point 5, n’hésitez pas à vous mettre à l’aise : lumière tamisée, casques anti-bruits, gourde avec paille, bouillotte, chat…

Objets qui aident au quotidien : chambre

Objets qui aident au quotidien (1)

Objets qui aident au quotidien (2)

 

7. Il n’y a pas que la lecture pour booster son imagination

Je vois souvent des gens dire qu’il n’est pas possible d’écrire sans lire. Je pense en effet que lire est intéressant pour écrire, pour comprendre les techniques d’écriture, ce qui fonctionne ou non, et pour faire travailler notre imaginaire.

Sauf que ce n’est pas toujours possible, pour plusieurs raisons. Même si je vous encourage à lire, en particulier dans le genre que vous écrivez, c’est comme vous le pouvez et comme vous le sentez, et tant pis si ce n’est qu’un ou deux livres par an, ce sera déjà ça.

Quelques propositions quand même :

Si les livres sont trop lourds : il existe des porte-livres, vous pouvez aussi penser à la liseuse, qui est souvent beaucoup plus légère qu’un livre papier.

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Si vous avez un problème d’attention, de fatigue, de dyslexie etc… L’imagination est partout, vous pouvez la faire travailler en vous promenant, en écoutant les gens, en jouant à un jeu vidéo, en lisant une bande dessinée, en regardant des images, en écoutant de la musique…. Partout. Si vous voulez vous tenir au courant de ce qui se fait, de ce qui plaît ou pas, vous avez les chroniques de lecture, écrites ou vidéo, par exemple. Vous pouvez aussi en discuter avec d’autres amateurs.

 

8. Pensez à vos yeux

 

Lire et écrire sur écran, c’est fatiguant et parfois douloureux. N’hésitez pas à hydrater vos yeux (gouttes, sprays) et surtout à les reposer !

 

9. Déchargez votre esprit

Difficile de fonctionner correctement quand on a des problèmes de mémoire et qu’on force pour se souvenir des trucs à faire. Notez, faites vous des journaux, des tableaux de post-it… bref, libérez de la mémoire vive. Si cela vous aide, n’hésitez pas à vous faire des listes de trucs à faire, histoire que votre cerveau n’ait pas besoin d’essayer de s’en rappeler.

Et notez toutes vos idées, même si elles paraissent nulles sur le coup.

 

10. Ecoutez-vous

 

Vous savez mieux que personne comment vous fonctionnez. N’hésitez pas à essayer des trucs, à changer, à adapter pour que ça vous corresponde et que ça vous aide au mieux. Les conseils d’écriture ne sont pas absolus. Vous n’avez pas l’obligation de les suivre s’ils ne vous conviennent pas.

 

Coeurs sur vous ❤ 

 

7 réflexions sur “Ecrire quand on est handicapé (2)

  1. Pingback: Ecrire quand on est handicapé (1) | L'Imaginaerum de Symphonie

  2. C’est peut-être bête à dire et je ne veux pas que mon commentaire soit considéré comme une négation de la problématique pour les personnes en situation de handicap, mais en vérité, ça s’applique à tout le monde. Handicapé, valide, homme, femme, jeune, moins jeune… Il n’y aucune formule magique pour écrire, il n’y a que des recettes maison, où chacun adapte selon ses besoins. Arrêtons simplement de croire que notre expérience est une norme, et acceptons de reconnaître que nous sommes tous différents. Untel réussit d’une certaine façon, tant mieux pour lui. Vous, vous avez besoin de faire autrement, et bien faites-le ! Et tant pis pour ceux qui jugent. Si cela peut vous aider, dites-vous qu’ils ont d’une certaine façon une forme de handicap : un déficit d’empathie. 😉

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  3. Complètement, c’est pour ça que je précise au début que si quelque chose est utile dans la liste, il faut prendre, qu’on soit valide ou handicapé. Il y a une espèce de course à la performance que je trouve complètement néfaste pour tout le monde (les injonctions à écrire tant de mots par jour, ou tous les jours, par exemple). Et c’est d’autant plus néfaste pour les personnes handicapées ou malades, qui ne peuvent pas se permettre de trop pousser (j’avoue que j’en ai marre de voir des personnes concernées tirer sur la corde, se dévaloriser sans cesse, abandonner complètement ou ne jamais commencer, parce que les expériences d’écriture de la majorité ne correspondent pas à ce qu’elles peuvent faire, ou quand tu as des auteurs qui te conseillent de laisser tomber quand tu leur dis que ce n’est pas possible pour toi d’écrire tous les jours). Mais effectivement, ce serait tellement bien si on chacun pouvait faire comme il peut/veut sans se prendre de remarques.

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  4. Voilà de très bons conseils ! Il faut apprendre à s’écouter… et peut-être arrêter de fuir l’illusion du succès ? Ne pas écrire pour être la prochaine JK Rowling ou le prochain Stephen King, mais écrire pour le plaisir de l’écriture, de l’imagination… Et je suis persuadée qu’au contraire, faire d’autres choses que lire des romans, ça ne peut être que bénéfique. Trouver son inspiration dans le cinéma, les dessins animés, la musique, les jeux vidéo, ça peut amener une dimension très différente et personnelle à ses récits. Merci encore pour cet article ! ❤

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  5. Merci à toi ❤ Ce sont des évidences, ces "conseils" ne réinventent pas l'eau tiède, mais voilà, de temps en temps c'est bien de se rendre compte qu'on est pas seuls et qu'on a le droit de lever le pied.

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  6. Très bien dit et bons conseils même si je ne souffre pas d’handicap, d’accord avec « Il y a une espèce de course à la performance que je trouve complètement néfaste pour tout le monde (les injonctions à écrire tant de mots par jour, ou tous les jours, par exemple) » -> Oui même si moi j’écris plus de courtes nouvelles et j’écris quand j’ai envie, moins en ce moment du coup je me fous de cette course.

    Et tout ce qui est nanowrimoo etc ne me correspond pas du tout, je ne me force pas et j’ai jamais eu de syndrome de la page blanche, jamais je culpabilise de ça et je suis bienveillante envers moi et mes oeuvre. J’écris quand j’en ai l’envie mais j’ai tellement de passions et aussi parfois pas le cerveau, que j’écris moins pour l’instant. J’écris plus des commentaires et même pour ça, j’en laisse un peu moins qu’avant car j’oublie avec la tonne de vidéo youtube à regarder aussi.

    Pour la 7, pour booster son imagination, il n’y a pas qu’en lisant qu’on peut faire ça en plus avec un cerveau fatigué, lire n’est pas du tout la solution! Je ne lis jamais quand je suis fatiguée, quand mon cerveau surchauffe etc en plus que je lis lentement en temps normal et que j’aime lire que depuis 2017.
    Pour booster son imagination, inspiration et se détendre, je conseille plus regarder des films et des séries, c’est ce que je fais et ça marche beaucoup sur moi car déjà de base je ne suis pas une fan de lecture mais une fan de séries et c’est pas les livres qui m’ont donné envie d’écrire.
    Regarder un film, une série, ça demande hyper moins de concentration que de lire et ça dépend aussi et clairement quand mon cerveau est en surchauffe, c’est ce que je fais.
    Je suis toujours en train de regarder quelque chose avant de dormir et non de lire, j’ai repris la lecture avec plaisir qu’assez récemment qu’après 2017 mais avant j’aimais pas trop lire alors que j’adore écrire depuis petite que ça soit de la fiction, comme de la non-fiction, des commentaires etc -> Ecrire est tout simplement mon moyen de communication favori, ensuite viennent le dessin et le chant que j’aime, j’aime moins parler qu’écrire et j’ai encore moins d’énergie pour parler et je préfère chanter que parler aussi xd!

    Bon à part une copine qui préfère m’appeler, je réponds plus par sms que j’appelle, très rare xd, c’est pas vraiment par timidité, si urgence j’appelle mais sinon je préfère écrire. Ah et j’adore débattre surtout à l’écrit, je peux plus écrire des pavés sur facebook en échangeant mais je suis lue aussi et on ne se coupe pas par écrit ^^ et on perd moins le fil par écrit ou on peut se relire ou relire les anciens com

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  7. Oui, il faut trouver son propre rythme et ce qui nous va, ce qui fonctionne pour quelqu’un ne fonctionner pas pour la personne d’a côté, sans essayer de suivre le rythme des autres si celui ci ne vous convient pas ^^ par exemple, lire me demande beaucoup moins d’effort que regarder un film ou une série 😉 il faut essayer des trucs et voir ce qui fonctionne pour nous

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