Félines, Stéphane Servant

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Félines est un roman de science-fiction dystopique de l’auteur français Stéphane Servant, publié en 2019 aux éditions du Rouergue.

Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d’ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c’est quand les premiers cas sont apparus, personne n’était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d’un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de… dont les sens étaient plus… et les capacités… Inimaginable… Cela n’a pas plu à tout le monde. Oh non ! C’est alors qu’elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher !

 

De quoi ça parle ?

 

Dans notre monde, des adolescentes se recouvrent peu à peu de fourrure tandis que leurs sens s’aiguisent, à la manière des chats (pas de queue ni d’oreilles en pointe, par contre, on reste sur des « humaines »). Et le monde étant ce qu’il est, ces pauvres jeunes filles se prennent bientôt une vague de rejets, de haine et de peur, qui ne sera pas sans rappeler notre propre réalité. Il ne s’agira pas de comprendre pourquoi, mais d’essayer de vivre ensemble. Le récit est à la première personne, puisqu’il s’agit du témoignage de Louise sur les événements.

Avant de parler de mon avis, une petite mise en garde. J’ai eu les larmes aux yeux une partie du livre, car les sujets traités ont ravivé quelques mauvais souvenirs, donc je préfère prévenir :

Trigger Warning : sexisme, body shaming, harcèlement, suicide, homophobie, islamophobie, viol (non décrit), prise en charge (ahem) des victimes de viol et d’agressions, familles toxiques, références à la shoah, aux migrations, … et sûrement que j’oublie

 

Avis

Je pense que mon attrait pour ce livre n’étonnera pas les personnes qui me connaissent : entre les filles chat et le thème principal du livre, ça ne pouvait que m’intéresser.

Du côté de l’histoire elle-même, les discriminations et les attaques contre les jeunes filles atteignent très vite un sommet de violence. En quelques pages, ça passe d’un body-shaming d’adolescents crétins (oh, regardez, elle s’est pas épilée trololol), à une haine presque incompréhensible qui conduit la population à écarter purement et simplement les félines du quotidien, ces filles qui quelques jours plus tôt étaient encore des lycéennes parfaitement normales.

J’ai trouvé que c’était un peu exagéré, pas forcément dans la violence des manifestations (il n’y a qu’à regarder notre monde (notamment l’actualité…) pour se dire que, bon, question discriminations,  racisme, violences et aveuglement, hein…), mais dans la vitesse à laquelle elles se déploient. Il est vaguement question de recherches pour découvrir ce qui arrive à ces filles, mais globalement la population réagit très mal très rapidement, notamment avec des espèces de groupes « religieux » qui vont très vite mettre un gros bordel.

Je « comprends » cette espèce de  mise en quarantaine au début, destinée à « protéger » les autres filles, mais ça vire quand même très vite : insignes pour les reconnaître, vêtements très couvrants, couvre-feux, agressions, exclusions, instituts spécialisés… Dans la mesure où la plupart des gens ont une adolescente dans leurs cercles familiaux ou amicaux, j’ai été surprise qu’il n’y ait pas plus de compréhension de la part des gens. On ne parle pas de « minorités », on parle de TOUTES les adolescentes du monde !

De la même façon, j’ai trouvé que les personnages manquaient de subtilité dans leurs opinions et leurs réactions. Soit ils sont « gentils » soit ils sont « méchants », mais ça manque un peu d’entre-deux et d’évolutions (sauf pour le personnage principal, sauf que pour elle, l’évolution n’est pas tant due aux événements qu’à un accident qui l’a rendue handicapée avant le début du libre). Cela dit, je m’y attendais un peu, c’était déjà un peu le cas dans Sirius. Les camps ne sont pas trop manichéens quand même, puisque Louise peut compter sur le soutien de sa famille et de son petit ami, tandis que certaines félines poussent aussi le bouchon un peu loin question violence.

Pour autant, ce défaut est aussi une qualité. Le message manque un peu de subtilité, mais ça le rend d’autant plus marquant, et les souffrances que subissent ces jeunes filles prennent vraiment aux tripes.

C’est donc un récit sur les oppressions et la liberté, mais c’est aussi un récit de cheminement personnel. Les épreuves qu’elle va subir et la prise de conscience sur la réalité du monde vont façonner Louise vers l’âge adulte. Elle va grandir, devenir plus mature, cesser d’être une enfant pour devenir une femme libre et fière (bon, petit reproche ici quand même, puisque c’est déjà la même chose dans Sirius. Alors, attention, je spoile, mais c’est quelque chose qui m’agace un peu donc faut que j’en parle, vous pouvez souligner pour faire apparaître le texte  : [Debut du spoil]

Dans les deux romans, il n’est plus possible d’avoir des enfants. Les femmes dans Sirius sont devenues stériles, tandis que les hybridations humains félines ne sont pas possible dans ce roman-ci. Dans les deux cas, à la fin du roman, l’héroïne marque le retour à la normalité : celle de Sirius a de nouveau ses règles, et Louise a des enfants avec un humain alors que ce n’est pas censé être possible. Ces deux événements marquent le retour à la normalité et attestent du passage de l’héroine de l’enfance à l’âge adulte. 

On n’est pas obligées de (pouvoir) procréer pour être une femme !  Autant dans Sirius je veux bien, puisque ça touche tous les animaux, mais ici ? Que la mutation rende les filles stériles, why not (sauf que y’aurait eu aussi le problème de la survie de l’espèce… sachant que dans cette thématique, il faut aussi prendre en compte que le vrai problème, c’est le rejet subi par ces filles par la gent masculine dégoûtée par leur nouvelle apparence. Donc ajouter à ça un contexte de stérilité, je trouve que ça va presque contre le propos de base (dans le sens où la mutation est effectivement un problème si elle rend toutes les victimes stériles, alors que si c’est juste un problème d’apparence physique, le problème n’est pas le même et n’a aucun rapport avec la survie). Je ne sais pas si je suis claire ? Enfin bref, tout ça pour dire que si je comprends l’intérêt pour Sirius, pour moi ça va presque contre le propos de ce roman-ci. 

[Fin du spoil]

Bilan

Même si j’ai trouvé que le roman manquait de subtilité et de mesure, et que certains points étaient redondants avec le roman précédent de l’auteur, je l’ai quand même  apprécié. Il a le mérite de faire s’interroger sur le monde actuel, que ce soit sur notre rapport à notre propre image et à celle des autres, aux oppressions, ou au traitement de la différence.

 

Et ailleurs qu’en pense-t-on ?

 

Printemps de l’imaginaire francophone 2020

18 réflexions sur “Félines, Stéphane Servant

  1. Je vais devoir le lire pour le plib et ce que tu en dis ne me rassure pas du tout 😅 déjà que j’avais pas plus envie que ça… Ces thématiques ne manquent pas d’intérêt mais bon si c’est traité avec un manque de subtilité, ça va m’énerver.

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    • Du coup, je suis curieuse de lire ton avis^^ J’étais ressortie mitigée de Sirius pour les mêmes raisons, mais je sais que beaucoup de personnes ont adoré. Après comme c’est pour les ados, ça explique peut-être la façon dont les thèmes sont traités.

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      • Baaaah j’ai toujours trouvé que c’était une fausse excuse car quand tu es ado justement tu es influençable, c’est un moment clé dans ton développement, du coup si on te tape des romans sur des thématiques importantes mais en les traitant n’importe comment, ce n’est pas du tout rendre service à son public. C’est comme quand on dit « c’est un film pour enfant » bah justement, il devrait être encore plus soigné que pour un adulte :’) Enfin je fais ma chieuse j’en ai conscience xD Tout ça pour dire : j’ai peur de le lire même si je dois le lire quand même ->

        Aimé par 1 personne

        • Les thématiques ne sont pas mal traitées à mon sens, même si ce que j’ai mis en spoiler m’a vraiment soûlée, surtout que c’était déjà présent dans Sirius. C’est surtout que c’est… vraiment appuyé, on va dire.

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  2. Pingback: Index : Oeuvres francophones | L'Imaginaerum de Symphonie

  3. Merci de m’avoir identifiée ❤ Du coup j'ai pris le temps de lire ta chronique et je ne suis pas d'accord sur plein de points. A commencer par le manichéisme ou l'escalade de la violence, incompréhensible pour toi. Il faut bien comprendre que le roman est une énorme métaphore. Une métaphore d'un corps qui change, et qui parfois ne correspond pas à ce que les diktats sociétaux exigent. Bien sûr généralisé. Et donc la haine, la violence, la rage est généralisée. C'est effrayant, mais je ne pense pas que ça soit irréaliste, bien au contraire. Et comme tu le dis il suffit de voir l'actualité : la violence émerge de tous, et surtout de l'incompréhension, du rejet, et de la peur.

    Alors je suis pas du tout objective, j'adore Stéphane Servant, son écriture, le rapport qu'il établit quasi systématiquement entre notre animalité et notre humanité. Mais je ne suis pas non plus d'accord avec le manichéisme ambiant. Il y a forcément des "méchants" étant donné que le roman aborde la différence comme une guerre et une ségrégation au même titre que la traite des noirs, ou le massacre des juifs par les nazis. Donc oui à ce titre cela peut sembler manichéen. Mais il y a beaucoup de personnages. Des Félines extrêmement violentes, des ados qui le sont et qui changent, d'autres qui tiennent debout malgré tout.

    Pour ce qui est de ton dernier point, et du point culminant de l'âge adulte en passant par là, je comprends que cela soit vu comme un vieux concept macho. Même si je le comprends tout à fait autrement en ayant lu le roman. Elle représente un espoir. Je suis d'accord que ce n'est pas une nécessité pour atteindre l'âge adulte, mais pour elle c'est un poids en moins dû à sa condition, elle a cette possibilité alors que rien ne semblait l'entrevoir.

    Voilà voilà ^^ J'espère que ça ne te froissera pas mais j'avoue que je trouve ce débat intéressant 🙂 J'aimerai bien avoir l'avis d'autres personnes au sujet de ce roman !

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    • Pas de soucis, c’est normal de ne pas avoir le même ressenti sur nos lectures ^^
      J’étais ressortie mitigée de Sirius pour la même raison que pour Félines, même si j’ai davantage préféré celui-ci. Je comprends la volonté de faire passer un message, je comprends le côté métaphorique, et les messages de ces romans sont importants… mais disons que même si j’adhère au message, ça ne me suffit pas pour aimer un roman^^ (J’entends par là si le reste ne me convient pas, par rapport à mes propres goûts personnels, mes attentes, ou pour une autre raison). C’est un peu le même soucis que j’avais eu avec Mers mortes, d’Aurélie Wellenstein. Mais c’est aussi pour ça que je propose d’autres chroniques, pour que les gens aient différents avis sous la main^^

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  4. Pingback: Littérature de l’Imaginaire – Bilan 1er trimestre – Ma Lecturothèque

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