Cible, genre et compagnie

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Aucun dragon n’a été blessé pendant l’écriture de cet article.

Je pense que je vais enfoncer quelques portes ouvertes avec cet article, mais c’est pas bien grave : ce ne sera ni la première, ni la dernière fois, et de temps en temps je pense que ça fait du bien de faire des piqûres de rappel. On va donc revenir sur quelques notions qui sont, à mon sens, importantes à garder en tête dès lors que l’on vise l’édition.

Cible éditoriale/Public cible (Ligne éditoriale)

 

Qu’entend-on quand on parle de cible ou de public cible ?

J’imagine que ça ne vous choque pas si je vous dis qu’il existe des livres plutôt pour enfants, des livres plutôt pour adultes, des livres plutôt pour jeunes adultes, ou des livres pour tous. On a donc une cible liée à l’âge, mais ça peut être aussi lié au genre de la personne, à son expérience de lecteur, à ses attentes du moment.

  • En tant qu’auteur, ça permet de donner une ligne directrice à la façon dont vous allez écrire votre roman, et à quelles maisons d’édition vous allez l’envoyer. S’il y a des scènes de sexe ou des scènes de torture dans votre récit, vous n’allez probablement pas le proposer à un gamin de 8 ans, ni à une maison d’édition spécialisée dans la Light Fantasy. Si vous écrivez du fantastique tout mignon, vous n’allez pas le proposer à quelqu’un qui ne lit que de la romance contemporaine, ni l’envoyer à une maison spécialisée dans le policier. (Attention : le public cible est l’une des composantes de la ligne éditoriale (y compris quand c’est pour tout public), mais ce n’est pas forcément l’unique composante. Donc pensez bien à regarder avant d’envoyer)

 

  • En tant que lecteur, si vous débutez dans l’imaginaire ou si vous êtes jeune, ce ne sera pas forcément une bonne idée de commencer dans le Livre des Martyrs. A l’inverse, si vous êtes un habitué des univers complexes, vous risqueriez de trouvez certains livres tout public moins ambitieux beaucoup trop simples, quand bien même ces livres sont bons dans leur domaine.

 

Reprocher à un livre jeunesse d’être trop « gentil » n’aurait ainsi pas tellement de sens, par exemple. Peut-être que vous, vous resterez sur votre faim, sauf que le livre ne vous était pas destiné à la base. On ne lui demande ni de révolutionner la littérature, ni de plaire à tout le monde. 

S’il fait le job pour son public cible, c’est tout ce qu’on lui demande. 

Genre

 

Petite analogie à la c*

Prenez les mammifères, on va essayer de mettre quelques mots sur leur étiquette. Dans l’ensemble, ce sont des animaux qui font naître des petits parfaitement formés, qui les allaitent, recouverts de fourrure, et qui marchent sur 4 pattes. Ça, c’est le tableau de base, auquel répondent beaucoup  de mammifères. Tableau auquel il y a plein d’exceptions. Les marsupiaux ne naissent pas parfaitement formés, les chauve-souris volent, les dauphins n’ont pas de fourrure et ne marchent pas non plus. Ce sont quand même des mammifères, mais ce n’est pas pour ça que tous répondent parfaitement au tableau. Par ailleurs, d’autres animaux non mammifères peuvent parfaitement emprunter des points à ce tableau. Certains serpents et requins naissent bien formés, les iguanes marchent sur leurs quatre pattes.

Si vous prenez plusieurs mammifères, même s’ils répondent à des caractéristiques communes, ils seront très différents les uns des autres, et ne répondront pas forcément à toutes les caractéristiques « répandues ». Et leurs caractéristiques peuvent aussi se retrouver chez d’autres animaux, et vice versa. Bref, ça donne une idée, mais ce n’est pas absolu, ni fixe, et il y a des nuances. Ça permet juste d’esquisser ce qu’il est probable ou non de retrouver chez cet animal qu’on vous présente comme appartenant aux mammifères.

Maintenant, prenez 3 animaux très proches : un chat, un puma, et un tigre. Ce sont tous les 3 des félins, ils répondent aux mêmes caractéristiques de base… et pourtant ils sont très différents les uns des autres. Si, sans préciser, on vous dit qu’il y a un félin derrière la porte, vous pourrez vous dire que la bestiole a probablement (mais pas forcément) de la fourrure (sauf si c’est un sphinx), 4 pattes avec des griffes rétractiles (sauf si c’est un guépard), et des moustaches. Mais tant que vous n’aurez pas ouvert la porte, vous ne saurez pas grand chose de plus. Et si ça se trouve, vous aurez un guépard sans poils. Ou peut-être qu’à la réflexion, on se retrouvera avec un « félin » tellement en dehors des clous (ou ayant des points communs avec d’autres animaux) qu’on le changera de catégorie.

Je sais que j’ai déjà parlé des genres de l’imaginaire, mais c’est pas grave, il m’arrive de radoter. Quand j’étais petite, mon jeu préféré consistait à faire des listes et des classifications d’animaux (et de Pokémon… et d’animaux fantastiques… bref, de bestioles) grâce à d’énormes encyclopédies. Sérieusement, j’y passais des heures, je ne veux même pas savoir combien de cahiers et de classeurs j’ai pu remplir au fil des années. Encore aujourd’hui, j’adore ça. Classer, trouver des liens et des points communs entre les choses, ça m’aide à les comprendre, et ça a un côté apaisant pour moi. Mais je suis consciente qu’il n’en va pas de même pour tout le monde, donc je comprends parfaitement que tout le monde ne soit pas fasciné par la classification des genres de l’imaginaire.

Pour autant, je pense que c’est utile d’en avoir une petite idée.

  • En tant qu’auteur, cela vous aide à bien cibler les maisons d’éditions susceptibles d’être intéressées, ça peut aussi vous aider à expliquer ce que l’on va trouver ou non dans votre livre.

 

  • En tant que lecteur, cela aide à choisir sa future lecture, à la fois par rapport aux goûts de la personnes, mais aussi par rapport à l’envie du moment (quand j’ai pas le moral, j’arrive pas à lire autre chose que de l’horreur, me demandez pas pourquoi).

 

Mais je sais aussi qu’il y a des réserves, en particulier celle disant que donner un genre à un livre, c’est lui coller une étiquette, c’est l’enfermer dans une case, c’est réduire ses possibilités. Je ne suis pas complètement d’accord, et je pense que vous comprendrez pourquoi grâce à l’analogie au-dessus.

Que ce soit pour un livre ou autre chose, une étiquette n’est pas collée à vie. Elle pourra être enlevée, modifiée, être accompagnée d’autres étiquettes, autant qu’il vous plaira. Donner une étiquette, c’est juste dire : voilà, dans ce livre, il y a des chances que vous trouviez telles caractéristiques. C’est tout.

(Dans le coup, je trouve que ça n’a pas de sens de reprocher à un roman d’avoir des bestioles fantastiques (ou autre)… Ce n’est pas un cliché, ça fait juste partie de l’étiquette « High Fantasy ». C’est comme si vous reprochiez les tueurs masqués dans les slashers, les flics avec des problèmes personnels dans le policier, ou les intelligences artificielles dans la SF.  Une caractéristique « de base » ne se présentera pas de la même façon à chaque fois)

Le genre, c’est juste une indication, une tendance. Par exemple, si vous dites que votre livre relève de la Dark Fantasy, votre lecteur sait qu’il y aura probablement de la violence et du sang et que les personnages ne respireront pas la joie de vivre. Mais en aucun cas, ça ne présage de ce qu’il y aura exactement dans le livre, et ça ne l’enfermera pas non plus dedans. Sans parler des nuances entre les genres, au sein d’un même genre et les façons différentes des traiter les mêmes idées de base.

Un mot sur les TW

 

Pour les personnes qui ne le savent pas, le TW (Trigger Warning) est une sorte de message d’alerte à destination des personnes qui pourraient voir resurgir certains traumatismes (liées à des violences, des phobies, un passé traumatisant etc…). Certains genres ont des TW évidents. Il y a souvent de la violence dans la Dark Fantasy, donc les personnes ayant des TW liées à la violence, au sang ou au viol pourront tout simplement éviter ce genre-là par mesure de précaution. Là où ça devient problématique, c’est quand une source de trauma figure dans un livre qui avait l’air safe (à noter que selon notre état émotionnel, notre contexte de vie à un instant T, on est plus ou moins « sensibles » à ces sources de trauma. Quelque chose qui ne nous gênerait pas habituellement, pourra réveiller de mauvais souvenirs à un moment où on est plus vulnérable). (petit aparté, il y a sûrement d’autres moyens de montrer qu’un personnage est un connard, ou que le système en place est nul, plutôt qu’utiliser le trope du viol… j’en suis à une dizaine depuis le début de l’année ! Si ça c’est pas un cliché, à force…)

Ce n’est pas toujours évident de les indiquer puisque dans l’absolu, tout peut être source de trauma, mais pour les plus courants, je pense que ce serait une bonne chose de les faire apparaître afin de prévenir les personnes concernées. Pour ma part, je vais essayer de les indiquer dans mes futures chroniques.

 

Un mot sur les chroniques

 

Les chroniques sont, par essence subjectives. Elles pourront reposer sur certains critères objectifs (les incohérences, les maladresses de narration, la clarté etc), mais elles reposent essentiellement sur la perception du chroniqueur et seront influencées par ses goûts en général, par son état d’esprit du moment, par son expérience à la fois en tant que lecteur, mais aussi par son expérience personnelle.

La conclusion de la chronique pourra cependant sembler incohérente avec le corps. Un chroniqueur peut relever pas mal de points négatifs, mais avoir quand même aimé le livre. A l’inverse, il peut ne pas avoir grand chose à reprocher… mais ne pas avoir apprécié. A noter aussi que tout n’est pas un reproche. Une intrigue ou un univers simple peuvent être tout à la fois un atout ou un défaut selon l’attente et les goûts du lecteur (globaux ou liés à son état d’esprit du moment), (et vice versa), s’il note des clichés ou un manque d’originalité, idem. A ceux qui lisent les chroniques de savoir si, pour eux, c’est un problème ou pas.

Il est aussi important qu’en amont, le livre ait une cible et un genre cohérents avec sa présentation. Si l’on me présente un livre pour adulte, je vais avoir des attentes particulières. Si l’on me parle de batailles épiques, même chose. Si à la place je me retrouve avec un livre jeunesse dans le premier cas, un livre de romance dans l’autre, ben je vais être déçue. Cela n’aura rien à voir avec la qualité intrinsèque du roman, seulement il n’aura pas répondu aux promesses qu’il me promettait. (Au passage, amis, auteurs, avant de suggérer un SP, allez donc jeter un œil à ce que lit le blogueur habituellement).

 

 

6 réflexions sur “Cible, genre et compagnie

  1. Chouette article ! j’ai bien aimé ton analogie ^^
    Et merci pour ton paragraphe sur les chroniques, c’est agréable de voir rappeler les bases du genre (ah ah) car parfois j’ai l’impression que certains lecteurs prennent ce qu’on écrit un peu trop au pied de la lettre.

    Aimé par 1 personne

    • Merci ^^ J’ai eu cette analogie en pleine nuit, elle m’a trop embêtée pour que je vous en fasse pas profiter XD
      Pour les chroniques, jai la même impression de temps en temps. Ça faisait un moment que je voulais en toucher un mot, c’était l’occasion ^^

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