Danse avec les lutins, Catherine Dufour

Danse avec les lutins est un one-shot de Light-Fantasy par l’autrice française Catherine Dufour. Il a été édité par les éditions Atalante en 2019.

Un roman de fantasy, avec des elfes, des lutins, des fées, des bourdons magiques… et des métis ogro-nains. Dans l’immense ville de Scrougne, un garçon nommé Figuin vit très mal le racisme et la misère auxquels il est confronté. C’est alors qu’entre en scène un banquier… Froid, inusable, immensément riche, il cherche à l’être plus encore. Il décide de creuser un fossé au milieu de la population, afin de jeter une moitié aux trousses de l’autre – qui lui achètera des armes au passage. Il lui faut un garçon un peu paumé à endoctriner, pour l’envoyer se faire exploser au milieu d’une fête de quartier. 

De quoi ça parle ? 

Dieu a remballé ses anges et ses démons et a laissé la Terre aux féeries. Celles-ci ont bien entendu lapiné, de quoi faire apparaître un certain nombre d’hybrides, tels que les humains ograins. Sauf que les ograins n’ont pas perdu de temps pour écraser les autres espèces, vampirisant leur environnement et leurs voisins, vénérant l’argent et le pouvoir davantage que les champignons et les rivières. 

Le roman propose différentes scènes de vie, tantôt du côté des ograins, tantôt du côté de fééries, du moment où l’entente se brise jusqu’au moment ou les fééries tentent de faire valoir leurs droits. 

Mon avis 

Quand j’ai attaqué ce roman, je n’avais aucune idée de quoi ça parlait, n’ayant pas lu le résumé, et comme on me l’avait « vendu » comme roman Pratchettien, je m’attendais à quelque chose de drôle et de léger. 

Drôle, il l’est. Léger… ahem…

Drôle, il l’est par sa narration, ponctuée de dialogues et de situations comiques, bien que parfois un peu vulgaires, et aussi de nombreux clin d’oeil, notamment à Pratchett, justement. Les premiers, je pensais que c’était moi qui voyait des liens où il n’y en avait pas. Au final, j’en ai repéré une dizaine, dont certains plus qu’évidents. J’adore le Disque-Monde, donc fatalement, à chaque occurrence, j’étais bien contente^^ 

Léger, il ne l’est pas par ses thèmes et ses personnages. Le parallèle entre les ograins et les humains est plus qu’évident. Créatures rustres qui ne voient dans la nature et les vivants qu’une source de profits et de pouvoir, usant des ressources pour ne plus rien laisser aux autres espèces et à leurs descendants, et n’hésitant pas à déposséder de leurs terres, de leurs identités et de leurs cultures les autres espèces, qu’ils considèrent comme largement inférieurs. Les fééries se voient obligées de plier le cou pour survivre, certains essayant de s’intégrer tant bien que mal, d’autres se rebellant quitte à user de moyens extrêmes tellement la situation est insoutenable. Et à côté, des ograins « gentils » qui ne se rendent pas compte de la violence de leur passé et de leur neutralité, puisque cette neutralité accentue les inégalités (puisqu’elles ne sont pas combattues) et le mal-être des concernés. 

Toute ressemblance avec notre monde ne serait pas complètement fortuite. 

Difficile de passer à côté des messages sur le racisme, l’oppression, le capitalisme, et l’écologie tant ils imprègnent toute l’oeuvre. On est ici dans une véritable satire, pour le coup. 

J’ai quand même un petit bémol sur la narration. Elle est chronologique, mais pas vraiment linéaires, puisqu’il y a des ellipses parfois très longues entre certains chapitres. Le roman nous montre l’évolution de ce monde sur plusieurs siècles, donc difficile de s’attacher à l’un ou l’autre des personnages, même si on suit certains pendant un moment. D’un autre côté, ça rend le propos plus intéressant, et c’est peut-être le point le plus important de ce livre, donc bon…

Pour finir, quelques Trigger Warnings, même si j’en ai  un peu parlé précédemment : tortures, génocides, colonialisme, attentat, radicalisation, mal-être…

Yep, pour la légèreté, on repassera^^ J’ai beaucoup aimé ce roman, mais attention si vous êtes sensibles à ces sujets ou si vous souhaitez une lecture moins sombre et grave. 

Bilan

Malgré l’humour qui imprègne chacune de ses pages, le roman traite de sujets ô combien importants et nous incitent à réfléchir. L’histoire s’écrit par les vainqueurs, et les vaincus sont bien souvent oubliés, dépossédés de leurs identités, de leurs cultures, de leurs droits. Les vainqueurs ne peuvent pas réécrire l’histoire, mais ça ne les autorise pas à fermer les yeux. Un roman coup de poing qui devrait malgré tout bien vous divertir. 

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ? 

Printemps de l’imaginaire 2020

11 réflexions sur “Danse avec les lutins, Catherine Dufour

  1. Très intéressant. Je n’ai encore jamais lu vraiment de light fantasy. Tu me donnes envie de découvrir ce livre. Merci beaucoup pour cette chronique !

    Aimé par 1 personne

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