Les Maîtres Enlumineurs T1 : Les Maîtres Enlumineurs, Robert Jackson Bennett

Les Maîtres Enlumineurs

Auteur : Robert Jackson Bennett, Américain

Tome 1/3

Dark Fantasy avec du Cyberpunk dedans

Vo : 2018

2021, Albin Michel Imaginaire

Traduction : Laurent Philibert-Caillat

Illustration : Didier Graffet

TW : morts violentes et graphiques, évocation de tortures et d’esclavage

Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. À l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique. Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais : quiconque entrera en sa possession pourra mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés.

Mon avis

C’est sans doute en grande partie à cause des nombreux avis dithyrambiques sur ce livre, mais au début de ma lecture, je n’étais pas très emballée. Le système de magie était particulièrement encensé, or quand les Enluminures nous sont présentées, tout ce que j’ai pensé c’est « oui, bon, ça ressemble quand même vachement au système de Sanderson dans l’Ame de l’Empereur« .

Sauf que oui… Mais non. Le principe de base est certes le même, mais c’est particulièrement développé dans les Maîtres Enlumineurs, avec un aspect « ingénierie informatique » qui n’existe pas du tout dans l’Ame de l’Empereur. Mais c’est quoi, en fait, ce principe de base ? Des sceaux permettent de changer la façon dont un objet se perçoit, ce qui le rend plus solide, plus léger etc. selon les besoins. Dans les Maîtres, ce système de sceaux m’évoque du codage informatique, avec une suite d’instructions qu’il sera possible de détourner. Il sera également possible d’en hacker les « mots de passe ». On a même des espèces de serveurs qui abritent un ensemble de définitions, et comme les objets acquièrent une espèce de façon de penser, on est très proche des intelligences artificielles (en particulier avec La Montagne). En clair, mea culpa, le système de magie/technologie est vraiment excellent et parfaitement exploité, j’ai hâte de voir ce que ça va donner dans les suites. On a donc un roman de Fantasy, mais qui touche de très très près à la science-fiction.

L’univers est lui aussi très intéressant (et apparemment proche du cyberpunk, mais j’avoue ne pas trop m’y connaître en SF). L’histoire se déroule à Tevanne, une immense ville gouvernées par des familles marchandes qui sont plus ou moins en compétition et qui se sont accaparé toutes les richesses et la technologie, de sorte qu’une partie de la population (sur)vit comme elle peut, par le vol ou la prostitution par exemple. Ces maisons marchandes ont même poussé le vice jusqu’à mettre des gens en esclavage pour toujours plus de richesse, et pire encore, pour s’en servir comme cobayes dans des opérations relevant du transhumanisme. Et de la torture, aussi, on va pas se mentir. Ah, oui, je vous l’ai pas dit, mais l’ambiance du livre n’est pas du tout feel-good, c’est pas de la Dark pour rien. C’est aussi l’occasion de nous interroger sur le progrès et ses limites éthiques.

Pour ce qui est des personnages, j’ai un peu moins accroché : même s’ils sont très intéressants, en particulier Sancia, la protagoniste, il m’a manqué d’émotions pour m’attacher à eux. Et en même temps, ça va avec l’histoire des personnages et leur environnement.

Sancia est une jeune femme décrite comme ayant la peau sombre (d’ailleurs, c’est censé être qui le personnage sur la couverture ? Parce que si c’est censé être Sancia, il y a comme un problème…), voleuse et souffrant de traumatismes et de handicap. Elle a en effet été une de ces victimes d’expérimentations, et elle possède désormais une plaque dans le crâne. Cette plaque lui permet d’entendre non seulement les objets enluminés (et donc de décrypter leurs instructions dans une certaine mesure), mais également tout ce qu’elle touche ou mange. Elle est donc hypersensible et peut difficilement toucher quelque chose ou manger de la viande sans en souffrir. Par ailleurs, si elle abuse de cette faculté, elle souffre de terribles migraines, ce qui l’oblige à faire très attention et à limiter les contacts autant que possible. Niveau diversité, on est d’ailleurs pas mal avec ce personnage, puisqu’on a un début de romance FF. Je regrette qu’on n’ait pas davantage accès aux émotions de Sancia, car je trouve que cette romance sort un peu de nulle part pour le moment, mais on verra ce que ça donne dans les suites.

Gregor est aussi un personnage intéressant. Héritier d’une des maisons marchandes, idéaliste, il manque pourtant un peu de voir la misère autour de lui, ne jurant que par la justice, la légalité, et la paix. Sauf que quand on survit comme on peut, on est parfois amené à choisir des chemins pas forcément dans la légalité. Pourtant, plus on avance dans le livre, plus on comprend qu’il n’est pas si privilégié qu’on aurait pu le croire.

On a aussi Clé, un objet enluminé que je vous laisserai découvrir, et qui s’avère être un personnage d’importance. Mais mon deuxième personnage préféré, je crois que c’est Orso. Enlumineur de génie au service d’une maison marchande (mais pas la sienne, qu’il a reniée), il est bougon et ne s’intéresse pas à grand chose en dehors de la technologie. J’aime particulièrement ses échanges avec Sancia, riches en cynisme et en humour. Je regrette qu’on n’ait pas beaucoup de passages avec Bérénice, l’assistante d’Orso, donc j’espère qu’on la verra davantage dans la suite.

D’ailleurs, en parlant d’humour, même si l’atmosphère est globalement sombre, le livre en est riche, ce qui est très bien pour relâcher la tension de temps en temps. Les dialogues sont particulièrement vivants et crédibles, avec une voix propre à chaque personnage (celle de Sancia est riche en jurons, ce qui lui convient parfaitement). Le rythme est bien géré, on prend le temps de nous expliquer comment cet univers fonctionne, mais sans oublier la progression de l’intrigue. Petit bémol ici, certaines informations sont à mon sens mal intégrées. Soit parce que la scène est coupée par plusieurs paragraphes d’explications, soit parce que l’information arrive un peu trop tard. Mais bon, c’est pas bien grave, et c’est surtout au début.

Les antagonistes ne sont pas très intéressants, mais c’est pas bien grave, parce que leurs motivations sont bien dans les thématiques, et puis la fin du tome nous annonce une menace plus intéressante. L’intrigue est relativement classique pour le moment et sans trop de surprises, ce qui n’est pas plus mal : au moins on peut se concentrer sur le reste et s’approprier cet univers.

Bilan

J’ai lu récemment que la Fantasy et la Science-Fiction n’étaient pas censées se mélanger… Eh bien ce roman est la parfaite preuve que ça peut non seulement se mélanger, mais qu’en plus, ça se mélange très bien ! Le système de magie, proche d’une technologie informatique, est vraiment très intéressant et exploité jusqu’au bout, mais l’auteur n’oublie pas non plus ses personnages, avec une thématique intéressante autour du transhumanisme (qui se rapproche ici d’un handicap), des technologies et du progrès scientifique, sans oublier une certaine dose d’epicness et d’humour.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

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