Frères d’enchantement, Siana

Couverture : Jérémie Guneau

Frères d’enchantement est un one-shot Steampunk de l’autrice française Siana, publié par Rroyzz éditions en 2019.

Je m’appelle Ensio. Milicien engagé et apprécié de notre belle cité, j’affiche l’air d’un héros, mais une partie de moi se meurt. J’ai tué mon ami d’enfance, et ainsi brisé le lien télépathique qui nous unissait. Un lien interdit, car dangereux. Maintenant, un vide obscur me dévore petit à petit, insidieusement. Je dois le combler avant de devenir fou. Je m’appelle Ljuka. Ils m’ont oublié, ils n’auraient pas dû. Je me souviens parfaitement de leurs moqueries, de l’immonde fierté qui imprègne autant leurs actes que leurs paroles. Ils ne comprennent toujours pas, ou plutôt, ils ne veulent pas comprendre. Alors je vais les y forcer et leur prouver qu’ils ne sont pas parfaits ni tout puissants. La révélation d’un héros sur le déclin. Le parcours d’un homme devenu extrémiste. De fraternité à rivalité…

De quoi ça parle ?

Ce roman suit deux histoires temporelles, en alternant les chapitres. Naturellement, les deux fils sont liés et finissent par se rejoindre. Les deux sont à la première personne.

La première histoire se déroule « dans le présent » : Ensio, milicien réputé, tue son ancien meilleur ami Ljuka pour empêcher un attentat, sans remords puisque leurs routes s’étaient séparées bien longtemps auparavant. Problème ? Quand ils étaient jeunes, ils avaient créé entre eux un lien télépathique illégal, lien coupé avec la mort de Ljuka. Ensio, perturbé par cette absence, doit trouver une solution avant de perdre complètement l’esprit, sans pouvoir compter sur une quelconque aide au risque de voir disparaître sa réputation et sa liberté.

La deuxième histoire, du point de vue de Ljuka, raconte leur rencontre, leur amitié… puis les raisons des différends entre les deux, jusqu’à expliquer les raisons de l’attentat et ce qui s’en suit.

Mon avis

(Trigger warning du roman : harcèlement)

Avant de vous parler de ce roman, une petite anecdote. En 2019, peu avant l’heure de fermeture du salon Imajin’ère à Angers, je termine mon tour des exposants par la dernière table. Je discute un peu avec les autrices présentes, et l’une d’elles me présente son premier roman, un steampunk. Je ne connaissais pas du tout l’autrice ni la maison d’édition, mais c’est un genre que je ne lis pas beaucoup, donc je me suis dit « allez, pourquoi pas, un dernier roman pour la route ». Sauf que ce roman est resté plus d’un an dans les étagères, et je ne me rappelais plus du tout ce que l’autrice m’en avait dit. Et je le regrette un peu, parce qu’il s’est révélé une surprise aussi bonne qu’inattendue. Comme quoi, des fois, ça peut être intéressant de tester des romans peu connus.

L’univers du roman rappelle un peu celui de Fullmetal Alchemist, avec sa magie cadrée et étudiée comme une science (et son personnage principal qui a une armature en fer à la jambe suite à une blessure^^). Cet aspect est bien traité, intéressant, et j’ai beaucoup apprécié les scènes montrant Ensio et Ljuka apprenant à comprendre cette magie et à l’utiliser, ainsi que ses limites et conséquences.

L’une de ces conséquences est d’ailleurs au cœur de l’intrigue, puisque Ljuka va peut à peu s’éloigner de cet apprentissage suite à un traumatisme qui va mettre en lumière les risques de cette magie. Il se découvre par ailleurs une affinité pour la création d’objets enchantés, art méprisé par les enchanteurs. J’ai ainsi beaucoup aimé l’arc de Ljuka, qui sombre de plus en plus à mesure que ses anciens amis le mettent à l’écart et se moquent de lui pour ses peurs et ses talents.

J’ai en revanche moins apprécié l’arc d’Ensio, ou plus exactement le personnage, mais je pense qu’on n’est pas censé l’apprécier. Ensio est un milicien enchanteur à la réputation bien établie, avec une petite vie bien rangée bien que moins heureuse qu’il ne le croit. Suite au meurtre de son ancien ami de sa propre main et à la destruction du lien télépathique qui les unissait, la paranoïa et les obsessions l’attendent au tournant, voire une forme de dépression. Alors qu’il s’efforce de remplacer le trou créé par le lien, sa réputation s’effrite, ses proches se détournent de lui, et il repense à la relation qu’il avait avec Ljuka, jusqu’à comprendre ce qui a conduit ce dernier à attaquer la ville (au passage, je trouve cette prise de conscience assez brutale, puisqu’elle apparaît dès qu’on a l’aboutissement de l’arc de Ljuka, comme s’il lisait lui aussi les chapitres sous son point de vue en même temps que le lecteur).

Je suis assez mitigée concernant la résolution de l’histoire. J’ai trouvé que rien ne l’avait préparée, et je la trouve à la fois étrange et un peu facile, même si ce n’est pas sans conséquences pour Ensio.

Bilan

Une bonne surprise qui sort un peu de nulle part, puisque je n’ai pas vraiment vu de personnes en parler. Un roman plutôt psychologique, ce qui n’est pas si fréquent en SFFF, avec un univers intéressant, et s’ils ne sont pas très attachants (enfin, surtout Ensio), j’ai trouvé les personnages crédibles et j’ai bien apprécié leur évolution.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

11 réflexions sur “Frères d’enchantement, Siana

  1. Lu et beaucoup aimé ! Je l’ai découvert par miracle dans une étagère de livres à donner dans une bibliothèque, alors que je faisais justement un mémoire sur les romans féminins steampunk ^^ J’ai pu interviewer l’auteure, qui m’a dit qu’elle préparait une préquelle qui s’appelle Mère des Interdits, si ça t’intéresse 🙂

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  2. Merci pour le lien 🙂 J’avais découvert ce roman grâce à Livraisons Littéraires et j’ai été très agréablement surprise par l’histoire ! Je ne me souviens plus des détails car je l’ai lu à sa sortie il y a bien plus d’un an mais j’en garde une bonne impression. Je suis ravie que tu aies bien aimé aussi ^-^

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  3. Pingback: Frères d’enchantement (Siana), faux-frères et faux-semblants – Évasion Imaginaire

  4. Pingback: Index : Oeuvres francophones | L'Imaginaerum de Symphonie

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