L’Empire du Léopard, Emmanuel Chastellière

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L’Empire du Léopard est un roman de Gunpowder/Dark Fantasy de l’auteur et traducteur français Emmanuel Chastellière, publié en 2018 aux éditions Critic. Pour ceux qui connaissent le site Elbakin, vous y avez vu sa plume de chroniqueur sous le pseudo de Gillossen, et entendu sa voix dans les podcasts du site. (Remarque : il travaille notamment sur la nouvelle traduction du Livre des Martyrs avec Nicolas Merrien).

1870.
Après une épuisante campagne militaire, le royaume du Coronado a conquis l’essentiel de la péninsule de la Lune-d’Or. Seul l’empire du Léopard, perdu dans les montagnes, lui résiste encore.
Dans l’attente des renforts promis par sa hiérarchie, le colonel Cérès Orkatz – surnommée la Salamandre – peine à assurer l’ordre sur place, la faute à un vice-roi bien intentionné mais trop faible. Dans ce monde de jungles et de brume, les colons venus faire fortune s’épuisent et meurent à petit feu, même si certains au sein du régiment espèrent toujours découvrir la mythique cité de Tichgu, qui abriterait selon les légendes locales la fontaine de Jouvence.
Alors qu’une éclipse lunaire sans pareille approche, Cérès va devoir tenter d’assurer la survie de ses hommes, au mépris peut-être de ses allégeances…

L’univers

La Gunpowder (grosso modo, tout ce qui rassemble la Fantasy à poudre) est un genre que je connais très peu, je crois même que ce roman est le premier que je lis. Et pour le coup ça m’a bien plu, ça change des épées et des sortilèges, donc je pense regarder d’un peu plus près de ce qui se fait.

Ce roman est inspiré de la colonisation de l’Amérique du Sud par les conquistadors Espagnols à la recherche de l’Eldorado, mais à une époque postérieure à notre réalité : les colons du Coronado possèdent donc une technologie supérieure à celle des Espagnols de l’Epoque. A noter que les colons ne viennent pas pour « apporter la civilisation ». Non, non, ils veulent juste récupérer des richesses et, pour ceux qui y croient, découvrir la légendaire Fontaine de Jouvence. Il n’empêche que le résultat n’est pas mieux, puisque les indigènes sont plus ou moins réduits en esclavage, les symboles de la Lune d’Or, comme les léopards, sont désormais employés comme symboles de leur « suprématie ». J’aurais d’ailleurs aimé que cet aspect soit un peu plus présent, mais bon, c’est surtout raconté du point de vue du Coronado, et puis c’est pas éclipsé non plus.

Seconde différence ? Eh bien la Péninsule de la Lune d’Or est tout sauf un Eldorado. Une terre aride, des mines d’or et d’argent asséchées, un manque d’eau potable dramatique… On est loin des cités d’or ! Si la conquête a été facile, elle n’a rapporté qu’une poignée de fruits secs. Pas étonnant donc que le continent les laisse tomber. Leur seul espoir repose désormais sur une alliance avec l’Empire du Léopard, qui jusqu’ici est resté neutre dans le conflit.

Jusqu’ici, j’ai parlé de Fantasy. En fait… c’est presque du Fantastique dans un univers de Fantasy. La magie, personne n’y croit à part quelques irréductibles. Les fées, la Fontaine de Jouvence, la mythique cité de Tishgu… Des mythes. Alors forcément, quand le surnaturel montre le bout de son nez dans le dernier quart du roman, non seulement c’est complètement inattendu et effrayant pour les personnages, mais en plus on frôle l’épouvante. Ici, les fées ne sont pas de jolies filles avec des ailes de papillon^^

Les personnages

Second point fort de ce livre en plus de l’univers, les personnages, presque incroyablement développés pour un one-shot. Au début, j’étais aux anges. Des personnages profonds même chez les secondaires, des femmes au petits oignons, des caractères atypiques ! Sauf que, rendue à la moitié du tome… J’adore les personnages développés, hein, pas de soucis (même s’il insiste un peu trop sur une chose qui devient vite évidente, et qui n’a au final pas tellement d’intérêt dans le schmilblik). Mais entre l’univers et les personnages, l’intrigue passe au second plan et ne démarre qu’à la moitié du tome.

Premier personnage intéressant, le colonel Cérès Orkatz, dite la Salamandre. Une femme de poigne, que les tourments et la conquête « ratée » ont détaché de ses hommes. Fine lame et bon commandant, il ne lui est toutefois pas toujours facile de s’imposer auprès de ses collègues masculins. Heureusement, elle peut compter sur Camellia, une indigène promise à un sort funeste qu’elle a sauvé. S’est nouée entre elle une relation complice, très tendre, mais que Cérès semble avoir un peu de mal à assumer.

Philomé, cousin du roi Philippe, est en charge de ce foutoir, le seul encore suffisamment optimiste pour croire qu’ils peuvent retirer de cette conquête quelque chose de positif. Gentil, peut-être un peu naïf, il n’a pas tellement les épaules pour ce poste. Néanmoins, sa gentillesse est tout sauf une faiblesse. Je pense que c’est mon personnage préféré du livre.

Parmi les personnages assez importants : Artémis Cortellan, neveu du roi, un arriviste guère sympathique mais excellent bretteur ; l’alchimiste Melchior et son petit fils Alario, fascinés par la magie quand tout le monde la considère comme des contes de fées (haha) ; le Prince Amaru et la Princesse Nihikari de l’Empire du Léopard, des personnages intéressants chacun à leur manière même s’ils n’arrivent que dans le dernier quart.

L’intrigue

Les deux premières parties du livre sont principalement consacrées à installer l’univers, les personnages, les soucis rencontrés au quotidien par les colons, ce qu’il est advenu des indigènes. Même si j’ai particulièrement aimé l’atmosphère qui s’en dégage et le soin porté justement à cette mise en place, je pense que certains lecteurs trouveront cette première moitié du livre un peu longue, surtout qu’il n’y a pas encore vraiment d’intrigue.

Celle-ci arrive au cours de la 3e partie. L’Empire du Léopard, qui jusqu’ici s’était tenu à l’écart, propose une alliance aux colons du Coronado. Le roi offre sa fille, la princesse Nihikari, en mariage au vice-roi Philomé. Comme preuve de sa volonté, il envoie aux colons déprimés un bocal de terre provenant de l’Empire, une terre particulièrement fertile qui pourrait bien sauver cette conquête désastreuse.

La troisième partie du livre est consacré au voyage vers l’Empire.

La quatrième et dernière partie est un déluge d’action et, comme je le disais au début, quasiment d’épouvante, avec un aspect surnaturel qui tranche complètement avec le côté très réaliste que nous offrait le roman jusqu’à cet instant. Je suis par ailleurs un peu mitigée sur la résolution, déjà vue et manquant un peu d’impact. Mais bon, c’est un détail.

Le style

Le style est particulièrement fluide et prenant, avec des descriptions très réussies aussi bien dans le beau que dans le macabre, avec des scènes très poignantes (mention spéciale aux scènes liées aux léopards, et à la montée des marches du 4e acte). Si j’ai beaucoup apprécié que l’auteur prenne son temps, je pense que certains lecteurs trouveront le temps long.

Bilan

Même si le roman n’est pas parfait, je l’ai néanmoins beaucoup aimé et très vite lu. Un univers et des personnages particulièrement développés, même si du coup l’intrigue liée à l’Empire du Léopard manque un peu de place. En fait, je trouve ça presque dommage que tout ce travail de worldbuilding ne serve qu’à ce roman et à quelques nouvelles, je ne serai pas contre d’autres romans dans le même univers 😀

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

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19 réflexions sur “L’Empire du Léopard, Emmanuel Chastellière

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  2. Concernant l’intrigue, si je puis me permettre, tout dépend où l’on se place (et si l’on parle uniquement de la « principale »). Ce qui concerne directement l’Empire ne débute c’est vrai qu’au bout de 200 pages, mais le début m’a aussi servi à mettre en place toutes les problématiques relatives à la colonisation, etc… 🙂

    PS : c’est GunPowder. 😉

    Aimé par 1 personne

  3. Toutafey, ce qui n’est pas du tout un souci en soi, surtout que cette mise en place est intéressante en terme de construction et d’atmosphère (d’où le côté : c’est presque un peu dommage que ça ne serve « que » pour un one-shot^^). Le pire, c’est que je râle souvent sur le fait que je trouve les univers parfois traités de façon un peu superficielle : là c’est le contraire, quitte à avoir un univers intéressant et déjà développé… ben on a envie d’en voir encore plus^^ (les lecteurs sont jamais contents :p ).

    Merci surtout pour la lecture 😉

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