Une cosmologie de monstres, Shaun Hamill

Une cosmologie de monstres est un roman Fantastique écrit par l’auteur américain Shaun Hamill. Publié en 2019 en VO, il est paru chez nous dans la foulée aux éditions Albin Michel.

« Dans Une Cosmologie de monstres, Shaun Hamill allie brillamment les univers angoissants de H.P. Lovecraft avec l’histoire contemporaine d’une famille menacée de destruction par des forces surnaturelles. Il réussit son coup, parce que ces braves gens pourraient être nos voisins. L’horreur ne fonctionne que lorsque nous nous attachons aux personnes concernées  ; nous nous attachons aux Turner, et leurs cauchemars deviennent les nôtres. La prose de Hamill est sobre, tout simplement belle. Voilà à quoi ressemblerait un roman d’horreur signé John Irving.
J’ai adoré ce livre, et je pense qu’il vous plaira aussi. » Stephen King

La Famille Turner, de Vandergriff (Texas), se tient sur le seuil d’un monde terrifiant dominé par une cosmologie de monstres. Est-ce le leur ou est-ce le nôtre ?

Un mot sur les couvertures

D’ordinaire, je ne propose que la couverture française des livres sur lesquels je donne mon avis. Mais pour celui-ci, c’est presque un passage obligé tellement les deux couvertures proposent une vision complètement différente.

La couverture d’Aurélien Police est  – comme toujours – vraiment belle, et renvoie évidemment à Lovecraft et ses Grands Anciens. Alors, oui, le livre va évoquer Lovecraft à plusieurs reprises, et bien qu’il n’y ait aucun monstre à tentacules (soit dit en passant, les récits traitant de Chtulhu ne sont pas mes préférés de l’auteur, et de loin), on sent vraiment l’influence de Lovecraft dans le texte. MAIS, cette couverture a pour moi un gros défaut : c’est qu’elle laisse penser que le roman est un roman d’horreur. Alors que pas du tout. C’est un drame familial fantastique, un conte noir. Pas un roman d’épouvante ni d’horreur (Attention, il reste pour adultes, hein. Vraiment. Le donnez pas à des enfants.) Donc fatalement, si vous attaquez ce livre en pensant lire un récit qui vous fera faire des cauchemars… ben vous risquez de vous ennuyer pas mal (même si quelques passages et la fin sont effectivement teintés d’horreur)

La couverture américaine est, certes, beaucoup moins jolie, mais elle retranscrit mieux à mon sens l’esprit du livre.

Cela dit… un auteur qui a compris que Lovrecraft c’est plus que des tentacules et des créatures indicibles ! \o/

 

Mon avis

Difficile de parler de ce roman sans spoiler, du coup je vais rester à la surface pour ne rien vous gâcher^^

L’histoire est racontée à la première personne par Noah, qui nous relate l’histoire de sa famille étalée sur une bonne quarantaine d’années, et qui commence avant sa naissance, à la rencontre de ses parents (à moins qu’elle n’ait commencé avant ?).

Margaret, jeune femme de bonne famille, se laisse séduire contre tout bon sens par Harry, un jeune homme « weird », féru de fantastique, d’horreur et de comics. Sachant que ça se passe dans les années 70 aux Etats Unis, c’était pas forcément l’union rêvée (mais eh ! il lui fait découvrir du Lovecraft ! Qui ne serait pas tombé dans ses bras, hein ?).

Bien que Margaret ne soit pas très emballée par les récits de Lovecraft – dont elle juge la prose indigeste et les personnages superficiels et tous pareils, ce qui n’est pas faux – elle se laisse peu à peu gagnée elle aussi par la fascination, fascination qui imprégnera par la suite toute la famille Turner, véritable culture familiale, donc. D’ailleurs, pour en finir avec Lovecraft, il est très présent dans le livre : les titres des parties sont issus de ses récits, il y a des extraits, les personnages l’évoquent souvent, pendant un moment, on ne sait si les personnages sont fous ou si les événements se déroulent réellement, et la Cité aurait pu sortir de son imagination. Oui, Lovecraft est là, à la fois encensé et critiqué, au point que Hamill en prenne le contre-pied en posant ses personnages au cœur de l’histoire. Le surnaturel, lui, se place par petites touches, pour prendre de plus en plus de place et de sens, même s’il ne révélera ses secrets qu’à la toute fin du livre (et pas tous ses secrets, sinon, c’est pas drôle^^).

Margaret et Harry, donc, se marièrent, eurent des enfants, et vécurent heureux. Ou pas.

Pour commencer, l’attraction que le fantastique exerce sur Harry se traduit par un projet d’ampleur : la création de la Tombe, une attraction type maison hantée que la famille va s’atteler à ériger. Sauf que Harry commence à avoir des réactions étranges, voire inquiétantes. Schizophrénie comme sa mère ? Influence surnaturelle ?

Toujours est-il qu’à partir de là, la famille va commencer à se fragmenter, et son socle commun ne suffira plus à les lier les uns les autres. Solitude, précarité, marginalité, doute, deuil, dépression, amours, amitié… tout se mêle et participe au drame qui touche cette famille extrêmement attachante. Et c’est d’ailleurs la principale force de ce roman : les personnages nous touchent, et par conséquent, nous sommes touchés par les malheurs qui leur arrivent et les doutes qui les assaillent. Noah, le narrateur, est particulièrement attachant, d’autant qu’on le suit vraiment de son enfance à l’âge adulte, avec une évolution de son rapport au surnaturel, mais j’ai une affection particulière pour Eunice, trop intelligente et sensible, autrice, et chargée de la certitude de ne pas être à sa place et de ne jamais pouvoir l’être.

Et puis à côté de ce drame familial, des disparitions d’enfants inexpliquées, des crissements de griffes sur la fenêtre en pleine nuit, des monstres à fourrure et une exploration de la psychée humaine.

Comme je le disais, il ne s’agit pas d’un récit d’horreur, même si certaines scènes relèvent effectivement de l’horrifique. Entre chaque partie, vous trouverez ainsi des chapitres particuliers appelés « Séquences » dont on ne comprend le sens qu’à la fin du livre, fin effectivement plus proche de l’horreur que du seul fantastique. Le livre dans son ensemble ne fait cependant pas peur, et le gore est restreint, même s’il demeure efficace.

Bilan

Est-ce que j’ai aimé ? Si je vous dit que j’ai lu le livre littéralement d’une traite ? Il est très prenant, commençant doucement pour nous amener de plus en plus dans l’horrifique, sans jamais perdre de vue l’essentiel : ses personnages. L’intrigue est d’ailleurs essentiellement concentrée sur eux, sur cette famille liée par le fantastique et l’épouvante et que les drames vont briser. Honnêtement ? L’une de mes meilleures lectures de 2019 et un vrai coup de coeur que je ne tarderai pas à relire !

 

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ? 

16 réflexions sur “Une cosmologie de monstres, Shaun Hamill

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