Vertèbres, Morgane Caussarieu

Vertèbres

Autrice : Morgane Caussarieu, Française

Fantastique Horreur, One Shot

2021, Au Diable Vauvert

Couverture : Olivier Fontvieille/offgraphisme.paris ; photographies de couverture : © istockphotos.com,©Gettyimages.com (source :

Note : La liste des TW étant assez longue et spoilant éventuellement certains points du livre, elle est disponible en toute fin d’article.

Point Diversité : pp garçon trans, pp gros et malade chronique (en début de livre du moins), ps d’origine arabe

1997. Petite station balnéaire des Landes. Jonathan, dix ans, vient d’être kidnappé. On le retrouve une semaine après sur une aire d’autoroute. Sa mère peine à le reconnaître : bien des choses ont changé en lui, la plus déroutante étant l’apparition d’une vertèbre supplémentaire…

Mon avis

Avant d’entrer dans le vif du sujet, écartons d’emblée le sujet qui « fâche » (alors, c’est un bien grand mot, vous allez comprendre) : la couverture. Le résumé est très intriguant, très succin, mais la couverture spoile complètement le pourquoi du comment de ce qui arrive au petit Jonathan. Je trouve ça un peu dommage, car la métamorphose est très progressive, et sans cette couverture, je pense qu’on met un moment à comprendre ce qu’il se passe. J’avoue que j’aurais préféré avoir ce mystère.

A noter également que compte tenu de ce qu’on apprend sur le personnage et sur son évolution, il me semble plus correct de le genrer au masculin, bien qu’il se genre au féminin pendant une partie du roman et qu’il soit assigné fille.

Bref. C’est parti ? C’est parti !

Bien que Jonathan soit le cœur de ce roman, la narration ne lui permet jamais de s’exprimer. On découvre ce qui lui arrive et les conséquences pour lui et son entourage par le biais de deux narrations croisées : Marylou, sa mère, dans une narration à la 2e personne, et Sasha, l’un de ses meilleurs amis, qui s’exprime à la première personne. C’est d’ailleurs l’un des premiers points fort de ce roman : les deux narrations sont captivantes et parfaitement distinctes l’une de l’autre, les deux personnages ont vraiment leur voix.

Jonathan, donc, c’est un garçon d’une dizaine d’année en surpoids et souffrant de diabète et d’une santé fragile en général. Bien que ses différences (et sa mère) le mettent à l’écart des autres, il s’est trouvé deux excellents amis, Brahim, un garçon d’origine arabe (qui sera malheureusement pas mal en retrait dans le roman à l’exception de la dernière partie, j’aurais aimé le voir plus), et surtout Sasha, assigné fille, qui sait très bien au fond de lui qu’il n’est pas « une vraie fille ». Le trio s’apparente un peu au Club des Ratés de Stephen King, qui est d’ailleurs textuellement mentionné (on en reparlera).

Sasha est immédiatement sympathique, et sa façon de s’exprimer très particulière, puisqu’il est partagé entre sa naïveté d’enfant et la violence de son environnement (donc il a une façon de parler étonnement crue par moments). Mère partie, père occasionnellement violent, frangin qui n’est pas sans rappeler un certain Henry Bowers qui maltraitait justement le Club des Ratés. Heureusement, pour l’aider à survivre, il y a Megazord, sont pit-bull pour qui il a un amour sans bornes. Sasha, c’est aussi cet enfant qui sent qu’il y a quelque chose, une erreur dans la façon dont on le considère, qui le revendique autant qu’il l’ose mais qui subira du coup mise à l’écart, moqueries et violences, sans compter que son entourage et son propre corps (puberté oblige) le ramènent toujours à être considéré comme une fille. D’ailleurs, l’une des scènes est extrêmement choquante. A côté de ça, je trouve assez pertinent de parler de transidentité et de dysphorie de genre dans un roman sur parle littéralement de métamorphose du corps.

Jonathan, c’est aussi la relation avec sa mère, Marylou, qui est surprotectrice et tient à contrôler l’environnement et les occupations de son fils. Ce qu’elle veut, c’est le garder avec elle à la maison, pour toujours. Sa façon de se parler à elle-même est d’ailleurs très malaisante, l’autrice de nous épargne rien de sa toxicité. Marylou, qui devient paradoxalement plus humaine à mesure que son fils perd son humanité et la met face à ses maltraitances. Parce que c’est plus difficile de contrôler un loup-garou qu’un garçon de 10 ans, forcément… Du coup, Jonathan devient paradoxalement plus libre qu’il ne l’a jamais été. J’aime d’ailleurs beaucoup cette transformation, très progressive.

Comme vous l’avez remarqué, les thématiques sont pas franchement rigolotes. D’ailleurs, le roman n’est pas foncièrement effrayant ni même particulièrement gore, même s’il y a quelques passages un peu graphiques, la violence et le malaise résident ici davantage dans l’humain et dans la psychologie des personnages. A côté de ça, il y a une ambiance très sympathique qui plaira aux amateurs de Strangers Things et de Ca, avec pas mal de références à la pop-culture, que j’ai trouvées très bien intégrées au texte (pas merci à l’autrice pour la chanson dans la tête par contre T_T D’ailleurs, c’est cadeau, ça me fait plaisir). Il y a aussi, j’ai trouvé, quelques touches d’humour noir, surtout vers la fin.

Et en parlant de malaise… J’ai adoré ce roman (les personnages, l’ambiance, le loup-garou, les thématiques très intéressantes autour de l’acceptation de soi, le corps, les relations parents/enfants…), MAIS j’aurais aimé savoir avant dans quoi je mettais les pieds, parce que c’était probablement le pire moment pour moi pour le lire (Désolée, je vais parler de ma vie 2 minutes). Quelques jours avant ma lecture, j’ai dû faire euthanasier mon vieux chat, que j’ai accompagnée jusqu’à ce qu’elle s’endorme, j’ai donc dû faire des pauses à deux moments du livre tellement j’avais envie de pleurer. Certaines choses dans la relation entre Marylou et Jonathan m’ont rappelé un évènement particulièrement compliqué dans mon parcours diagnostic. Pire encore, j’ai dans mes proches une personne qui a certains points communs avec Sasha, qui subit des choses horribles, et je n’ai pas pu m’empêcher de l’imaginer à sa place… Autant dire que j’étais très loin d’être à l’aise par moments. Si j’avais su, je l’aurais lu à un moment où j’étais mieux moralement parlant. Donc n’hésitez pas à aller regarder la liste des TW en fin d’article, vraiment.

Bilan

Quand j’ai commencé la lecture de ce livre, c’était « 2-3 pages pour voir », parce que j’avais un autre livre en cours. Ces 2-3 pages se sont transformées en « oh ! juste un chapitre de plus, ils sont courts ! », puis en « quoi ? je suis déjà à la moitié du bouquin ? ». Ce roman est très addictif, difficile de le lâcher une fois ouvert (à l’exception de quelques pauses forcées pour cause de scènes malaisantes), autant dire que je l’ai adoré, c’est probablement l’un des meilleurs romans du genre que j’ai lus depuis un moment.

Cependant, j’aurais bien du mal à en conseiller la lecture : il met vraiment très mal à l’aise par moment, avec des scènes psychologiquement très violentes. Donc si ce roman vous tente, prenez garde : le pire monstre n’est pas forcément celui qui hurle à la lune.

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

TW : modifications corporelles, langage cru (mention parties génitales, insultes sexistes etc…), transphobie (dont agression violente sur enfant trans), familles toxiques, induction et instrumentalisation de maladie/handicap, violences sur enfants, tentatives agressions sexuelles sur adulte et sur enfant, morts enfants, adultes, animaux, gore (c’est pas hyper graphique car ça se passe en grande partie hors champ, mais il y en a quand même),

11 réflexions sur “Vertèbres, Morgane Caussarieu

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