Technique : Set Up/Pay Off et Fusil de Tchekhov

Deux noms, une seule technique : le Set-Up/Pay-off (préparation/paiement) et le fusil de Tchekhov. Un tel procédé n’est évidemment pas obligatoire, mais bien maîtrisé, il évite généralement que le lecteur  se dise « Mais ça vient d’où ça ? ça sort comme un cheveu sur la soupe ! Et l’autre ahuri, pourquoi il a pas utilisé le bazooka à protons qui était dans la cabine du capitaine au chapitre 42 ? »

Set-Up/Pay Off

Aussi appelé Préparation et paiement dans la langue de Damasio.

Le principe ? Si vous savez que vous aurez besoin, plus tard dans le roman, d’une certaine chose (un fusil à protons, un dragon, une soucoupe volante) ou que vous avez besoin qu’un évènement se produise (une mutinerie, une révolte, un mariage, un sauvetage), rien de tel que poser un indice, une référence, un dialogue, comme ça mine de rien au début du roman pour préparer.

L’idée, ce n’est pas forcément que le lecteur s’en rappelle sur le coup (mais si ça fait tilt, il se dira que vous saviez ce que vous faisiez, ce qui est toujours bon à prendre). En tant qu’auteur, vous vous assurez  que l’évènement est possible, ou que l’objet/l’animal/le moyen de transport sera disponible pour le héros quand il en aura besoin. Autrement dit, que c’est cohérent. Et puis si le lecteur décide de relire votre roman, il se dira « ooooooh » quand il verra qu’il avait une partie de la réponse sous les yeux depuis le début.

Exemple :

Dans le dernier chapitre de votre roman, vous allez révéler quelque chose de très important sur un personnage. Or, ça ne tuera pas le suspense de placer un petit indice comme ça, en passant, au premier chapitre.

Par contre, si vous introduisez le Set Up, n’oubliez pas le Pay-off. Autrement dit :

quote-il-ne-faut-pas-montrer-sur-la-scene-un-fusil-si-personne-n-a-l-intention-de-s-en-servir-anton-tchekhov-156635

 

Le fusil de Tchekhov

Selon le dramaturge russe Anton Tchekhov, chaque détail dans un récit doit être nécessaire et irremplaçable, surtout si l’auteur semble y accorder une certaine importance.

Ainsi, si vous expliquez que dans le bureau du personnage Tartempion, se trouve un fusil chargé, il faudra vous en servir plus tard, sinon ça ne sert à rien de le mettre.

Bien entendu, le fusil de Tchekhov concerne aussi bien des objets, que des dialogues, des personnages, des évènements etc…

En clair, si vous préparez, il faut payer. Et vive versa.

 

Par contre, attention à procéder avec douceur et subtilité. Si votre préparation est trop évidente, vous tuerez le suspense car le lecteur va s’attendre à ce que quelque chose se passe avec le fusil. N’avez-vous jamais regardé un film en devinant un élément clé du scénario à cause d’une remarque, d’un objet, laissés « en passant » ?

Vous pouvez aussi jouer avec la technique, ce qui troublera ceux qui la connaissent : par exemple en mettant l’accent sur quelque chose… pour partir dans une autre direction, à dessein (à condition que ça reste cohérent, of course).

Bref, des techniques au principe simple, mais pas forcément évidentes à maîtriser…

 

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9 réflexions sur “Technique : Set Up/Pay Off et Fusil de Tchekhov

  1. Je ne suis pas totalement d’accord sur le fait que chaque détail doit absolument servir à l’intrigue (je ne sais pas si c’est le sens du discours de Techkov, mais il donne cette impression). Si l’auteur mentionne à un moment donné un fusil dans un bureau et que le déroulement de l’histoire ne mène pas à son utilisation (si aucune situation n’implique le besoin d’une arme dans ce fameux bureau), je ne suis pas choquée. Peut-être que le fusil servait à dire que le personnage était un chasseur dans sa jeunesse ? Et qu’il est chargé parce que l’individu a quelques névroses ? Un élément pour moi ne doit pas servir qu’à l’action, mais aussi à l’univers, à l’atmosphère, à la compréhension des personnages…
    Je crois que c’est surtout vrai pour les films(et le théâtre), en fait. Car le découpage et la durée (et le décor souvent minimaliste dans le cas du théâtre) obligent à aller à l’essentiel (le fameux fusil sur lequel on fait un long plan pour rappeler qu’il existe, là oui, tout le monde s’attend à le voir être utilisé). D’ailleurs, les codes visuels cinématographiques ont tendance à s’user et ces fameux paiements deviennent parfois inefficaces (bah voyons, il utilise le fusil, on ne s’en doutait pas une seconde…).

    Du coup, je suis plutôt d’accord avec l’aspect plus subtile du procédé. Par exemple, qu’une réplique insère un détail (il existe tel transport, tel animal…), pour expliquer que l’idée ne vient pas subitement lorsqu’elle devient indispensable. Le personnage connaît, il l’a mentionné, mais c’est anecdotique à ce moment là pour lui (on ne passe pas notre temps à discourir sur l’existence des autruches ou des avions, c’est normal pour nous). C’est peut-être insuffisant pour certains lecteurs, mais pour moi, selon le récit et l’habilité de l’auteur, ça suffit (sinon, ça peut devenir artificiel : Les autruches. Tu connais les autruches ? J’adore les autruches ! Oh tiens, une autruche !). 😉

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  2. « Un élément pour moi ne doit pas servir qu’à l’action, mais aussi à l’univers, à l’atmosphère, à la compréhension des personnages… » Je suis d’accord avec toi, et c’est comme ça que je comprends cette technique. En fait, je pense que cet exemple de fusil n’est pas forcément le meilleur (du moins, il est trop premier degré), je pense effectivement que ce principe peut aussi (doit ?) être appliqué de façon plus subtile (comme tu le dis, pour faire comprendre quelque chose sur un personnage, sur son caractère, son passé etc…). Ce fusil a bien son utilité, il n’est pas là pour rien, mais il n’est pas forcément utilisé pour sa fonction première.

    Par contre, si à un moment donné le personnage attrape un fusil, je pense quand même que c’est mieux de l’avoir vaguement mentionné avant (éventuellement de façon détournée, voire en disant par exemple que plus jeune il pratiquait la chasse, ou qu’il est parano. Du coup, ça ne paraîtra pas étonnant qu’il en possède un chez lui).

    Le problème de toute technique, c’est que la théorie, c’est bien, mais il faut savoir l’utiliser. En l’occurrence le principe est simple, mais on a vite fait de rendre le truc trop évident.

    D’ailleurs, ça m’arrive souvent dans les films de me gâcher la fin, parce qu’au début, je me dis « tiens, si le perso dit ça, c’est que ça va resservir » (Du coup, j’avais compris la fin de Blade Runner 49 ou de Seven Sisters très tôt dans le film, parce que je sais que dans un film, rien n’est mis au hasard).

    Et comme tu dis, j’aime bien les détails que l’on ne remarque pas en première lecture. C’est là, l’auteur ne sort pas sa révélation d’une manche de magicien, mais c’est tellement subtile qu’on ne s’en rend compte qu’à la deuxième lecture^^ (j’en ai plusieurs comme ça dans la Symphonie : le lecteur attentif pourra croire à une incohérence, alors qu’en réalité…^^)

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  3. (Je m’excuse auprès de Mr Tchekhov pour avoir malmené son nom ^^)

    Tout à fait, je suis d’accord que tout paiement mérite préparation, mais que tout préparation ne mérite pas forcément un paiement actif (ça résume l’idée je pense 😉 ).

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  4. Oh merci, je ne connaissais pas le nom de cette technique qui est très utilisée dans l’univers des séries télévisées. C’est l’impression que ça me donne en tout cas. Au point où je fais parfois tellement attention à ce genre de choses que je devine parfois certaines trames évidentes. Je comprends donc que ça puisse gâcher la fin d’un film.

    A mon goût, j’ai toujours eu l’impression que la subtilité a toujours été un peu mieux amenée dans la littérature que dans ce qui est cinématographique. C’est sans doute parce que le visuel a un impact assez marquant pour moi. En bref : comme vous, j’apprécie de me dire « tiens, j’avais pas remarqué » ou « oublié ça » quand je lis un livre.

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  5. De rien, je suis contente d’avoir pu rendre service à au moins une personne^^ Et tu as raison, à la base, je pense que ce sont des techniques audiovisuelles mais que la littérature se les ai appropriées. Et c’est normal que ça fonctionne moins bien dans la plupart des films : c’est un format « court », on sait que le cinéaste ne peut pas se permettre de gaspiller la moindre seconde et il peut amener le set up de façon un peu insistante ou pas naturelle.

    J’adore, quand je relis un livre pour la seconde fois, voir tous ces petits détails préparés par l’auteur 😀 Alors que dans les films, généralement je me dis « bon, ok, ça ça va resservir ensuite ». Ce qui gâche un peu parfois…

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