Fantasy et clichés : conclusion

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Fantasies of a child, Astruma

Au final, me direz-vous… quel était le but de tout ça ? Pourquoi avoir passé des heures sur un tableau de statistiques tout sauf exhaustif ?

Je le dis et je le redis, mon but n’était pas tant de vous prouver quelque chose que d’attirer votre œil et vous faire réfléchir. Les statistiques que j’ai faites n’ont aucune véritable valeur car trop biaisées. Je trouvais quand même intéressant de vous les partager, ne serait-ce que parce que c’est plus facile d’expliquer en s’appuyant sur autre chose que des impressions.

Je n’ai volontairement pas été regarder du côté des livres non traduits en France. Ce qui m’intéressait, c’était le « paysage » des livres Fantasy disponibles en français, et pas son évolution au fil du temps. Ce serait intéressant aussi, mais il me faudrait un nombre suffisant de titres par période, ce que je n’ai pas pour le moment. Peut-être un jour^^ Mais là, je réagissais surtout aux nombreux articles qui continuent à fleurir attestant que la Fantasy c’est que des dragons et des elfes.

 

Je lis presque exclusivement de l’imaginaire depuis que je suis petite, et principalement de la Fantasy. Sans jamais me lasser, sans jamais avoir pensé que le genre tournait en rond.

Pourquoi j’aime la Fantasy ? Parce qu’elle permet tout. Que vous vouliez lire un roman fun, un roman divertissant, un roman qui vous fera réfléchir, un roman qui changera votre vision de votre propre monde, un roman épique qui fera dresser les poils sur vos bras, la Fantasy vous le fournira (un roman ou un film, d’ailleurs. Me dites pas que la charge des Rohirrim sur les champs du Pélenor dans le Retour du Roi ne vous fait rien ?) Et ces exemples fonctionnent aussi avec n’importe quel média, en fait : jeux vidéos, films, BD…  Même une simple illustration suffit à me mettre en joie, et tous les supports sont légitimes et peuvent vous apporter. 

Vous aimez les dragons ? Il y en a. Vous n’aimez pas ? C’est pas grave ! Y’a plein de romans sans dragons ! Vous en avez marre des elfes ? C’est pas grave non plus ! Il y a plein de livres où il n’y a que des humains ! Vous voulez de la romance ? Il y en a. Du suspense ? De l’action ? De l’humour ? Pas de soucis !

Et puis, dites vous bien une chose… La quête de l’originalité à tout prix n’a pas vraiment de sens, dites vous bien que votre super idée, quelqu’un d’autre l’a sans doute déjà eue. Peut-être pas de façon identique, peut-être pas dans un livre… mais elle existe.

 

Tiens, d’ailleurs… Récemment, j’ai chroniqué un roman qui réutilisait pas mal de tropes, du coup, régulièrement ça me rappelait tel livre, tel film. Un roman pas du tout original… et pourtant qui fonctionne très bien, rythmé, divertissant, bien mené… Pas original du tout, donc, et pourtant sans elfe, sans nain, et sans dragon :3 Comme quoi, hein ?

Autre exemple : il y a des créatures fantastiques, des objets magiques, un seigneur des ténèbres et au moins un peuple non-humain à la fois dans le Seigneur des Anneaux et dans les Archives de Roshar, qui appartiennent au même sous-genre. Et pourtant, les deux cycles n’ont pas grand chose à voir l’un avec l’autre.

 

Et puis pour revenir aux elfes, au nains, aux dragons… Pourquoi au juste l’humain devait se trouver à la place centrale de TOUS les univers ? Pourquoi devrait-il toujours être la seule référence ? Pourquoi penser que les autres univers doivent être similaires au nôtre avec les mêmes humains, les mêmes animaux, les mêmes plantes, les mêmes cultures et sociétés ? Pourquoi un univers imaginaire avec que des humains serait-il plus cohérent qu’un univers présentant un peuple de petite taille et un autre avec des oreilles pointues ? Je ne dis pas de mettre des elfes et des nains partout et de virer les humains, hein, pas du tout. C’est normal qu’il y ait des humains, c’est plus facile pour se projeter et s’identifier. Mais pourquoi n’y aurait-il pas autre chose ?

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Fantasy battle Tutorial, 88grzes

 

Un autre truc qui m’attriste, c’est que malgré toute sa diversité, malgré ses thématiques, malgré ses multiples intérêts… la Fantasy (et l’Imaginaire en général) est toujours considérée comme une sous littérature, un truc mal écrit uniquement bon pour les ados ou les « adultes » qui fuient leurs responsabilités et se réfugient dans un monde de magie et d’épées. Alors qu’elle a tellement à offrir ! Et quand par malheur un roman de SFFF arrive à se hisser dans la sphère grand public… eh bien on le fait sortir de l’Imaginaire, ça devient plus que de l’Imaginaire, ça devient digne d’être lu par les « adultes ».

(Et au passage, amis parents, amis profs… oui, l’imaginaire, c’est de la littérature… oui, lire un BD ou un manga, c’est bel et bien lire. Proposer des lectures, c’est bien. Imposer, c’est moyen, y’a rien de tel pour dégoûter).

Comprenons-nous bien : vous n’aimez pas l’Imaginaire ? Pas de soucis, je comprends. On n’a pas tous les mêmes goûts, les mêmes attentes, et c’est très bien. Vous n’aimez pas tel sous-genre ? Telle thématique ? Tel trope ? C’est très bien aussi. Parce que c’est cette variété de goûts et d’attentes qui permet d’avoir une telle richesse d’offres. Mais pourquoi taper sur ce que vous n’aimez pas, et à plus forte raison quand vous ne connaissez même pas réellement ? La Fantasy ne se résume pas au Seigneur des Anneaux !

(à ce sujet, petit aparté… J’avoue que ça me soûle un poil quand le principal argument proposé par l’éditeur et/ou l’auteur.ice, c’est… Le nouveau SdA/Vous avez aimé le SdA ? Vous aimerez ce bouquin !/Comme le SdA. Déjà parce que souvent, les deux romans n’ont RIEN à voir si ce n’est que les deux sont de la Fantasy (parfois même pas le même sous-genre), ça peut décourager les gens qui n’ont pas aimé, et il y a d’autres livres que le SdA. Beaucoup.

 

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Rise of the Throne, atomhawk

 

Mais il y a pire, en fait. C’est que dans le cercle même des lecteurs d’imaginaire, tout le monde se tape dessus. Amateurs de SF qui tapent sur la Fantasy, amateurs de Fantasy Épique qui tapent sur l’Urban, amateurs de Dark qui tapent sur la High… Pourquoi ? Ne se fait-on pas suffisamment critiquer pour nos goûts ? Pourquoi en ajouter une couche ? Ne peut-on pas juste admettre qu’on n’a pas les mêmes goûts sans critiquer ceux des autres ?

Et quand je vois certain.es auteurices (publié.es ou en herbe) qui annoncent avec une immense fierté que leur roman est original, hein, pas comme tous ces trucs avec des dragons et de la magie dedans, c’est du sérieux, ça, madame ! Chez eux, c’est du réaliste, il n’y a que des humains, pas de faune ni de flore, et une magie réduite à son strict maximum. Leurs romans sont sans doute supers, il n’y a pas de soucis. J’aime ça aussi quand il y a moins de surnaturel, tout comme j’aime les romans avec des dragons et des elfes. Mais… est-il vraiment obligatoire de présenter ces romans en disant : « vous ne trouverez pas tous ces trucs nuls /clichés dans mon bouquin » ?

Et si, plutôt, vous nous donniez envie de les lire en nous disant ce qu’il y a dedans, justement ? En nous présentant les personnages, l’univers, les thématiques ? En nous proposant des petits extraits ? Et il est même possible de dire ce qu’il n’y a pas dedans, parce que c’est effectivement intéressant de le savoir. Mais c’est aussi possible de le faire sans mépriser les autres…

Et même chose pour les lecteur.ices, qu’iels chroniquent ou non. Si vous faites une critique négative d’un livre sous le seul argument qu’il y a des dragons, et que vous, vous n’aimez pas les dragons, ce n’est pas forcément très honnête, surtout si vous ne le spécifiez pas. (Évidemment, s’il y a des incohérences, que c’est mal traité, ou que ça n’apporte rien, c’est normal de le dire).

Par contre, c’est l’un des points intéressants de la classification. Les genres sont associés à des tropes, ces codes, par conséquent, quand je vois tel roman classé dans telle catégorie, ou présenté de telle ou telle façon, je vais m’attendre à trouver un certain nombre de tropes dedans. Si ces tropes manquent (ex : une absence d’animaux « fantastiques » dans de la High Fantasy), ou s’il y en a auxquels je ne m’attendais pas (une romance prépondérante dans un récit présenté comme épique), ben je vais peut-être être déçue, et peut-être qu’il aurait fallu « mieux » classer ou présenter ce roman à la base afin de toucher les bons lecteurs cibles. Comme je le disais, l’Imaginaire est riche : si on ne classait pas un minimum, à mon avis, ce serait vite difficile de s’y retrouver. Et puis ça permet éventuellement de ne pas lire deux romans avec les mêmes tropes à la suite, et/ou d’éviter des romans avec des tropes que nous n’aimons pas.

 

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Galarian Ponyta, by Seoxys6

Pour finir, je voulais attirer votre attention sur un point qui me tiens à cœur : la représentation. Si on prend tous les personnages issus des « minorités »… ils restent plus rares que des dragons dans le paysage Fantasy. Et je ne veux pas dire par là que les dragons sont trop nombreux. Et non seulement ils sont peu représentés, mais en plus, les représentations sont pas toujours supers…

Heureusement, ça commence petit à petit à évoluer, mais je voulais vous montrer pourquoi certaines personnes ont l’impression de ne pas se retrouver dans les ouvrages de Fantasy. Tout simplement parce que globalement, elles n’y sont pas. Mais n’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas dit : je ne dis pas que ça doit être systématique, je ne dis pas de bannir les personnages blancs hétéro toussa. Mais quand je vois les gens qui râlent quand film d’Imaginaire propose une femme ou un personnage LGBTIA+ comme protagoniste, parce que quand même, il y en a déjà, ou que c’est juste pour plaire aux SJW… euh… mouais. Donc juste… n’hésitez pas à y penser.

L’humanité est diverse. Alors à partir du moment où il y a une majorité d’humains dans la littérature Fantasy, ça me semble logique que cette diversité apparaisse à un moment ou un autre.

Alors, si vous décidez d’apporter un peu de variété dans les humains de vos ouvrages, c’est cool 🙂 (et si vous le faites pas, c’est pas grave, il y a plein de raisons de ne pas le faire, notamment la peur de mal faire et de blesser des gens. Je parle d’une représentation globale, pas œuvre par œuvre). MAIS. Si c’est juste pour attirer les lecteurs, pour faire de la pub, sans vous intéresser au fond du problème…. ben ça va se voir. Et éloignez-vous des images présentées dans les médias, dans les séries TV, les documentaires etc… La réalité est souvent plus complexe.

Si la problématique vous intéresse, je vous conseillerais de vous immerger dans les témoignages, de vous intéresser au vécu et aux sentiments des concerné.es et de réellement essayer de comprendre. (Par contre, merci de ne pas harceler les gens en leur posant des questions. Souvent, les gens n’ont pas que ça à faire, surtout qu’iels sont probablement déjà souvent solicité.es, surtout dans les milieux militants.)

Par ailleurs, la « particularité » de votre personnage ne doit pas nécessairement être centrale à l’histoire ou en être une thématique. L’un de vos personnages peut très bien être une femme transgenre sans que les autres en fassent une affaire d’état.

Et les Maisons d’Éditions ont aussi leur rôle à jouer, par exemple en proposant plus de traductions d’auteurices d’origines diverses et de ownvoices au sens large, et en proposant des nouveautés sans ressortir sans arrêt des rééditions de « vieux » livres. Et l’intérêt ne se limite pas à la représentation, évidemment, il s’étend tout simple au « renouvellement » du genre. Peut-être pourrait-on y apporter un peu de sang neuf et réactualiser un peu tout ça 😉 La Fantasy a encore beaucoup de beaux jours devant elle, oui, y compris la Fantasy Epique qui se retrouve un peu délaissée depuis quelques années… Et si on la remettait au goût du jour ? 😉

 

En bref

Ce que je vous ai proposé avec cette série d’article, ce sont avant tout des pistes de réflexions.

Tout ce que je vous demande… c’est d’ouvrir les yeux sur la richesse, et le potentiel de richesse, de la Fantasy et de l’Imaginaire en général, et de ne pas la résumer à un ou deux titres ultra connus. La Fantasy, ce n’est pas que le Seigneur des Anneaux. Et ce n’est pas parce que le Seigneur des Anneaux a utilisé quelque chose qu’on n’a plus le droit de se le réapproprier.  S’il n’y avait pas eu les films pour les populariser à ce point… penseriez-vous autant que les elfes et les nains sont des clichés ?

Les dragons et les prophéties font partie du paysage de la Fantasy, tout comme les intelligences artificielles et les catastrophes écologiques pour la Science-Fiction, les poupées et les tueurs masqués pour l’horreur, les possessions et les maisons hantées pour le fantastique, les coups de foudre et les triangles amoureux pour la romance, les flics cyniques ou corrompus pour le policier.

Tout ça, ce sont des tropes, et s’ils ne sont pas obligatoires, ils ont tout à fait leur place dans les genres concernés. Que vous ne les appréciez pas, c’est autre chose. Personne ne vous oblige à les lire. Et qui sait ? Si vous les considériez comme ce qu’ils sont, de simples éléments parmi d’autres, qui plus est utilisables de façons très différentes, vous pourriez peut-être apprécier la lecture quand même 😉

Cela dit, à mon sens, le trope peut effectivement devenir cliché lorsque l’auteurice ne se l’approprie pas, ne le personnalise pas, surtout s’il n’y a rien « d’original » à côté. 

Les clichés à éviter concernent plutôt les facilités scénaristiques par exemple, ou pire encore, ceux qui proviennent et qui entretiennent les préjugés vis à vis de personnes réelles.

Quoi qu’il en soit, je serais bien curieuse de voir ce genre de chiffres pour les autres genres, justement. Y a-t-il souvent des androïdes et des extra-terrestres en SF ? Y a-t-il souvent des créatures tentaculaires à la Lovecraft dans le fantastique ? Y a-t-il souvent des vampires dans l’Urban Fantasy ?

Quant à moi, compte tenu des résultats, je compte modifier certains paramètres pour l’année prochaine.

En tout cas, si jamais, je ne serais pas contre de voir vos résultats 😉 Quelles surprises pourrions-nous trouver ?

A vos tableurs 😉

 

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Sleep amid the snow, Endivinity

1. Fantasy et clichés : ces clichés qui m’insupportent

2. Fantasy et clichés : entrées statistiques (2019)

3. Fantasy et Clichés : statistiques fantasy (2019)

4. Fantasy et clichés : focus sur la fantasy épique (2019)

7 réflexions sur “Fantasy et clichés : conclusion

  1. Je suis beaucoup plus thriller et polar et c’est aussi diversifié surtout que les 2 sont différents, il y a aussi des comédies policières, des livres contemporains policiers, des livres policiers WTF et il y a des thrillers sans flic, sans intrigue policière, il y a aussi des thrillers juridiques, médicales, il y a aussi des thrillers fantastiques et des thrillers de SF etc
    Oui je veux avant tout des humains, je ne suis pas fan des créatures fantastiques!
    Après d’accord sur le fait que c’est chiant ce mépris et cet élitisme dans le classement des genres et des sous-genres avec du mépris et jugement pour ceux qui n’en lisent pas mais de la part de lecteurs du genre aussi 😦 c’est bien triste tout ça et je déteste l’élitisme et ce mépris et jugement pour les goûts des autres c’est tellement idiot con cette attitude!

    Sinon pour le classement des genres et sous-genres, trop les classer pour que tu t’attentes à des tropes etc, je trouve ça dommage, il existe aussi les mélanges des genres, j’aime les mélanges des genres et j’adore être surprises!
    Quant aux codes, par ex dans les thrillers, genre que j’adore et qui est différent du polar, il n’y a pas forcément de meurtres, le genre est juste caractérisé par le suspense, la tension, les cliffhangers et la surprise et donc peut mélanger d’autres genres.
    Quant à ce trop classement des sous-genres en littérature, on ne la retrouve pas dans les séries et les films, les spectateurs s’en foutent généralement à part voir le genre généralement, ils sont moins pointilleux que les lecteurs!

    J'aime

    • Tu as aussi de la Fantasy avec que des humains, voire très peu de magie, c’est vraiment très vaste. Bien sûr qu’on peut mélanger ! Les tropes, c’est tout simplement des codes que l’on retrouve : si un roman relève de la high fantasy, on va s’attendre à retrouver certains éléments, qui font partie de la définition du sous genre (de la même façon, comme tu le dis, que tu t’attends à trouver du suspense dans un thriller). Et de la même façon que certaines personnes regardent tous les séries peu importe leur genre (policier, réaliste, feel good), tu auras des lecteurs qui liront tout ce qui leur passe sous la main. A l’inverse, tu auras des gens qui ne regarderont que les séries policières, par exemple. On peut ne pas aimer un genre, mais tu sais, il y a vraiment de tout dans l’imaginaire, et l’imaginaire traite de beaucoup de sujets qui nous touche. (et tu donnais comme exemple Harry Potter, ça a beau être un cycle jeunesse, il est très riche en thématiques, ne serait ce que pour les références à la 2ne guerre mondiale).

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