Le Livre des Martyrs T5 : Les Marées de Minuit, Steven Erikson

marées de minuit

Les Marées de Minuit est le tome 5/10 du cycle de Dark/Epique Fantasy de l’auteur Canadien Steven Erikson, Le Livre des Martyrs. Publié en VO en 2004, il est paru en VF en 2020 aux éditions LEHA.

Après des décennies de guerres intestines, les tribus Tistes Edur se sont enfin unies sous la férule du roi-sorcier des Hiroths, au prix d’un pacte aussi mystérieux qu’inquiétant. Au sud, le royaume expansionniste de Lether se prépare pour l’accomplissement de l’antique prophétie qui le verra renaître en tant qu’empire : tous les peuples voisins, moins puissants que lui, sont désormais asservis. Tous, sauf les Tistes Edur. Mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’eux aussi ne tombent, écrasés sous le poids étouffant de l’or ou passés au fil de l’épée. Alors que les deux parties se réunissent afin de conclure un traité crucial dont personne ne veut vraiment, d’anciennes forces se réveillent. Car derrière le conflit qui couve se cache une tout autre lutte : celle d’un dieu manipulateur anciennement trahi qui n’aspire plus qu’à la vengeance…

De quoi ça parle ?

 

Vous commenciez à naviguer à l’aise dans l’Empire Malazéen ? Eh bien c’est dommage, parce que dans ce tome, on n’en entendra pas parler. Parce que l’Univers du Livre des Martyrs est vaste, et la carte du monde également.

L’intrigue prend donc place sur le Continent de Lether, à l’opposé de l’Empire Malazéen. A l’exception du prologue, elle commence un peu avant l’intrigue du 1er tome, et remplit quelques zones d’ombres des 4 premiers (la Garenne engloutie, l’histoire du Tiste Eldur Trull, les agissements des Tiste Edur durant le tome 4, les différends entre les Andii et les Edur). Du coup, cet opus peut se lire presque de façon indépendante. Presque, parce qu’il est sans doute l’opus le plus facile à lire jusqu’ici, c’est quand même en grande partie parce que nous commençons à avoir pas mal de clés pour comprendre ce qui se déroule.

Le royaume de Lether, donc, est colonialiste et expansionniste : il a phagocyté un certain nombre d’autres peuples, persuadé de leur apporter raffinement, savoir, civilisation (ça ne vous rappelle rien ?). De l’autre côté, nous avons les Tiste Edurs. A l’origine scindés en clans, ceux-ci se sont unis grâce au roi Sorcier Hannan Mosag, Tiste Edurs qui ne sont pas sans défauts puisque ce sont des guerriers avides de gloire et prompts à réduire les autres en esclavage.

Les deux s’apprêtent à signer un traité de paix, traité de paix que personne ne veut, et donc les tentatives pour faire capoter ne sont pas loin. Et puis, un événement tragique va tout faire basculer, alors que notre vieil ami le Dieu Estropié joue de ses chaînes pour  introduire un peu plus de souffrances dans le monde.

 

Petit aperçu des personnages

 

Comme d’habitude dans le Livre des Martyrs, la narration est divisée en un certain nombre de points de vue, et aussi de camps.

 

Famille Sengar

Les Sengar sont une famille noble de Tiste Edur. Dans ce tome, nous nous intéressons particulièrement à trois des quatre frères : Trull, Fear et Rhulad, ainsi que de Mayen, la promise de Fear, et à Udinaas et Plume Sorcière, des esclaves.

J’aurais du mal à parler d’eux sans spoiler, puisque qu’ils sont au cœur de l’intrigue, puisqu’il va arriver… quelque chose à l’un des frères, qui va complètement changer la relation Edur/Lether, événement ô combien tragique, avec des conséquences qui ne le sont pas moins. L’arc du fameux frère est l’un de mes préférés de tout le cycle, mais bon, vous verrez bien^^

 

Famille Beddict

 

Il est, décidément, pas mal question de famille dans ce tome. Autre famille, autre ambiance, avec cette fois les frères Beddict : Tehol, Brys et Hull. Si les frères Sengar sont plutôt unis, la famille Beddict est un peu plus désunie, notamment au niveau des allégeances.

Là où les frères Sengar nourrissent les mêmes ambitions de grandeur et d’exploits guerriers (Rhulad, dernier de la fratrie, ayant cependant davantage de pression vu les talents de ses frères), les frères Beddict nourrissent chacun des motivations différentes, voire opposées.

Tehol est très intelligent, mais aussi excentrique et égoiste. En gros, son jeu préféré consiste à foutre le bordel dans l’économie et le commerce, même si on se rend compte au fil du livre qu’il est un individu plus complexe, et finalement moins égoiste qu’on ne le croirait au premier abord. Il a aussi pas mal d’associés… étranges (y compris des morts-vivants), et un vieux serviteur, Bugg, qui n’est pas le dernier pour alimenter ses excentricités. Brys, lui, est le Champion du Roi, un guerrier noble et courageux. Quant à Hull, il va à l’encontre de son peuple à cause de sa politique expansionniste, et décidera même de rejoindre les Edur.

 

Seren Pedac

Seren Pedac ne joue pas un gros rôle dans l’intrigue, elle précède la délégation Létheriie avec un marchand et Hull Beddict en vu du traité de paix. Humaine « normale », elle va se retrouvée plongée malgré elle dans ce chaos.

 

La Maison Azathe

 

Les Maisons Azathes sont des… choses étranges dans l’Univers Malazéen, sortes de grandes maisons vivantes qui gardent de nombreux prisonniers. Et il s’en trouve une à Lether, justement. La petite Marmite, enfant mort-vivante, assiste sans rien pouvoir faire à l’agonie de la Maison. Et tandis qu’elle se meure, les terribles prisonniers s’agitent, comme s’il n’y avait pas suffisamment de soucis à la surface… Heureusement, elle peut compter sur un curieux allié…

 

Les Dieux

 

Comme toujours dans le Livre des Martyrs, les Dieux et les personnages du passé ne sont jamais bien loin. Le Dieu Estropié, que l’on commence à connaître, mais aussi des Dieux qui circulent incognito dans le monde des mortels, histoire de tirer quelques ficelles. Du coup, même s’il y a des facilités, quelques Deus Ex Machina et des Ta Gueule c’est Magique… comme les Dieux se mêlent un peu de tout, bon, ça passe.

Mon avis

 

J’attendais ce livre avec une grande impatience, et aussi un peu d’appréhension. Les 4 premiers, je savais que je les aimerais, puisque je les avais déjà lus en VO. Le 5 était donc une pure découverte, même si je savais qu’on repartait avec de nouveaux lieux, de nouveaux personnages. Et si je ne l’aimais pas, celui-ci ?

Vers le milieu du livre, au moment où le fameux événement arrive, j’étais complètement crispée sur le bouquin, effarée par ce qui arrive au personnage. A ce moment là, j’ai réalisé que la sauce avait, encore une fois, bien fonctionné.

Le Livre des Martyrs, c’est l’un des (le ?) univers le plus vaste que j’ai jamais lus. La timeline des évènements se déroule sur des centaines de milliers d’années, il y a plusieurs continents, des races originales et fascinantes (mention spéciale aux K’Chain et aux Forkruls Assail), des Dieux à tour de bras… Les évènements du passé influent sur le présent, tandis que ce qui se passe sur un continent influe sur les autres. Tout est connecté, tout est foisonnant, et il faudra sans doute plusieurs lectures avant que je ne puisse tout comprendre (et chaque tome apporte de nouveaux éléments de compréhension pour les tomes précédents, de quoi donner envie de tout relire à chaque nouvel opus)

C’est aussi de l’Epique. Des magies impressionnantes, très puissantes, dévastatrices. Magies qui sont également incarnées par des espèces de mondes parallèles. Des mondes que l’on peut traverser, que l’on peut détruire ou pervertir. Ce sont aussi des combats, des guerriers redoutables, des souffrances, des civilisations décimées ou assujetties.

Mais au délà du Wordbuilding immense et de l’Epique grandiose… ce sont des scènes plus intimistes, des drames et des tragédies personnelles. Peu de joies, hélas. C’est cet Empereur surpuissant qui fond presque en larmes sur l’épaule de son esclave, terrassé par le fardeau sur ses épaules, et par cette terrible douleur permanente, dont il sait ne jamais pouvoir se libérer. Empereur que l’on ne peut pourtant pardonner, à cause de ce qu’il fait subir aux autres en réponse. Ce sont ces familles éclatées, ces dilemmes insolubles, ces êtres banals pris malgré eux dans l’engrenage, qui doivent surpasser leurs souffrances au risque de se laisser broyer. Ce sont ces injustices, aussi, alors que des personnages « bons » subissent les conséquences des violences des autres (Comme cette pauvre Seren, qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment).

C’est cet antagoniste, le Dieu Estropié, qui est certes responsable de beaucoup d’horreurs… mais qui est surtout un être dont la souffrance est telle que sa seule échappatoire réside dans le fait de la tourner vers les autres, quitte à plonger lui-même ses marionnettes dans d’indicibles souffrances (le sort de l’Empereur des Edurs, en particulier… la scène au milieu du livre, qui amorce la guerre, est déjà horrible, et je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir pire. Challenge pris, avec le climax, épique, terrible, injuste. Au passage, je rappelle qu’on est dans de la Dark, avec des scènes assez dégueu par moments, sans compter  les passages odieux ellipsés, dont on ne voit que les conséquences sur les personnages ). Et même si je ne peux évidemment cautionner ses manipulations et les souffrances qu’il inflige aux autres… je peux le comprendre.

Il est aussi pas mal question de trouver sa place. Entre Trull, qui ne se sent plus à sa place dans un peuple qu’il connaît pourtant depuis sa naissance, étant resté le même alors que son peuple a changé. Rhulad, qui ne l’a jamais été, à sa place, tiraillé entre ses sentiments pour ses frères, pour sa belle-soeur, pour les attentes que l’on a envers lui. L’Empereur des Edurs, puissant, immortel… et pourtant immensément seul, pas à a place parmi les Edurs alors qu’il les dirige.  Shurq Ellale, cette morte-vivante qui n’aspire qu’à retrouver un semblant d’humanité, quitte à se faire plus ou moins… empailler. Tehol, excentrique et marginal qui, pour le coup, l’assume complètement, Brys, aux lourdes responsabilités, qui doit quand même protéger son frère de ses propres jeux, Hull, qui ne se retrouve pas dans le passé et l’ambition de son propre peuple, et préfère ainsi le quitter. Ces esclaves, qui doivent servir les Edurs et en même temps s’opposer à leur ancien peuple. Seren, dont les épreuves ont ouvert les yeux sur le monde. Ces tromperies, cette réécriture de l’histoire qui change la vision du monde, ces Dieux lassés de leur immortalité et des prières des mortels… Et l’Estropié lui-même, évidemment, qu’on a amené sur le monde, qui a chuté et s’est brisé… Les Marées n’épargnent personne, et il faut lutter pour espérer sortir la tête de l’eau.

Heureusement que Tehol, Bugg, et leurs associés sont là pour détendre l’atmosphère. Leurs dialogues sont vraiment très drôles, souvent absurdes, et à chaque fois on se demande jusqu’où ils vont aller…

Bilan

L’intrigue principale du tome est simple à appréhender malgré la complexité de l’univers, et ce tome nous offre quelques réponses au sujet des tomes précédents. C’est drôle, épique, dramatique, avec des personnages fascinants et complexes, et j’ai hâte de voir comment ce fil-là va rejoindre les autres (enfin, ces fils, puisqu’on a plusieurs groupes à la fin du tome). Le cycle est indéniablement exigeant, mais j’ai rarement vu de la Fantasy aussi foisonnante. Même si le tome 3 demeure mon préféré à ce jour, ce tome est pas loin derrière. Voire à égalité. Allez, plus que 6 mois avant le tome 6 \o/ 

 

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

6 réflexions sur “Le Livre des Martyrs T5 : Les Marées de Minuit, Steven Erikson

  1. Ce cinquième volume étant le dernier volume « d’introduction », la deuxième moitié du cycle va aller vers un regroupement des fils narratifs et des personnages (enfin d’une partie d’entre eux en tout cas).
    J’ai le souvenir de divers trucs assez affreux à travers le cycle et personnellement la pire scène se trouve dans le neuvième volume. J’avoue être un peu curieux de voir ce qu’en pensera le lectorat français, pour ceux qui tiendront jusque là.
    Je trouve que ce volume a un petit côté Shakespeare, avec ces fratries déchirées, cette paix que personne ne veut sauver et les dilemmes moraux auxquels font face les personnages (que choisir entre la fratrie et la patrie ? Peut-on supporter la guerre quand sa conscience dit qu’elle se fait pour de mauvaises raisons ? etc.)
    Et je trouve que les petites touches d’humour qu’utilise l’auteur permettent à la fois de rendre supportable au lecteur le drame mais aussi en amplifie la dimension. A ce titre, le duo Tehol/Bugg est vraiment l’un de mes favoris de cet univers. Leur retour dans le septième opus est un vrai plaisir.

    Aimé par 1 personne

    • Oui, complètement d’accord avec le côté Shakespearien de ce volume, et effectivement, heureusement que tehol et bugg sont là, hâte de les retrouver alors 😀 Pour les trucs affreux, pour le moments il y a des scènes assez dures surtout dans le 3 et celui-ci, je trouve pour le moment, on verra bien pour le 9 ^^ merci pour ton commentaire, encore plus hâte de découvrir la suite 😀

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