Le Livre des Martyrs T7 : Le Souffle du Moissonneur, Steven Erikson

Le Souffle du Moissonneur

Le Livre des Martyrs : T8/10, Epique Dark Fantasy

Auteur : Steven Erikson, Canadien

Publication originale : 2007

Publication française : 2021, Editions Leha

Traducteur : Emmanuel Chastellière

Illustrateur : Marc Simonetti

TW : si vous êtes arrivés là, vous le savez déjà, mais mentions de viols, blessures et morts violentes

Spoils : certains éléments du tome 5

Chroniques précédentes : T1T2T3T4T5T6

L’empire de Lether vacille. Rhulad Sengar, l’Empereur aux Mille Morts, sombre chaque jour un peu plus dans la folie, entouré de flagorneurs et d’agents à la solde de son chancelier.

La police secrète letheriie mène une campagne de terreur contre son propre peuple, les conspirations fleurissent. La corruption ronge l’empire, sous la menace d’une guerre imminente avec les royaumes voisins. L’avenir n’a jamais été aussi incertain, même aux yeux de l’Errant. Parmi les champions venus défier l’empereur, Karsa Orlong et Icarium attendent leur tour : tous deux pourraient bien être capables de mettre un terme à son règne.

Pendant ce temps, une bande de fugitifs tente de quitter l’empire. Fear Sengar est l’un d’entre eux. Il veut retrouver l’âme de Scabandari Oil de Sang, avec l’espoir qu’elle puisse sauver Rhulad, son frère. Mais le groupe voyage aussi avec le plus ancien ennemi de Scabandari : Silchas Ruin, frère d’Anomander Rake. Et ses motivations sont tout sauf claires, car les blessures dans son dos, causées par les lames de Scabandari, saignent encore. 

Mon avis

Le Livre des Martyrs, c’est toujours compliqué à chroniquer. Car comment traduire ce sentiment de « Wow ! » qui reste longtemps une fois la dernière page tournée ?

Le Souffle du Moissonneur poursuit l’arc entamé dans le tome 5, à savoir la conquête de Lether par les Edurs. Et c’est là, la première surprise de ce roman, et le premier point d’intérêt. Les Edurs ont gagné, oui. Rhulad est sur le trône, cet Empereur aux Mille Morts qui ne peut mourir. Et pourtant, cette conquête semble bien fragile. Car si c’est un Edur sur le trône, le gouvernent et l’économie sont toujours aux mains des Letheriis, sans parler de cette espèce de police secrète qui se permet tous les vices. Ce qui n’est pas très étonnant, car Lether était un empire puissante, avec une forte économie, et que les Edurs sont beaucoup plus « modestes » à la base. Du coup, on se retrouve avec une conquête extrêmement fragile.

Et Rhulad, plus pathétique que jamais, isolé dans son désespoir et sa souffrance, ne voit rien. Il s’en fiche un peu, il faut dire. Tout ce qu’il attend, c’est un Champion capable de le terrasser une fois pour toutes. Pour asseoir sa puissance aux yeux du monde ? Un peu. Mais surtout, il aspire à la délivrance. Rhulad est l’un de mes personnages préférés du cycle, et l’un de ceux qui me rend le plus triste. Il n’a rien demandé, il a eu la malchance d’être manipulé par la pire personne qui soit. Un antagoniste, oui… mais clairement pas un méchant. Et sa faiblesse laisse libre court aux trahisons, aux egos cupides, aux dérives de toutes sortes.

A se demander si les Edurs ont vraiment gagné cette conquête, ou si elle va les précipiter vers leur chute.

Dans la capitale, on retrouve aussi Tehol et Bugg, qui continuent leur machination de sape économique. Et heureusement qu’ils sont là ! Leurs dialogues et les scènes sont toujours aussi drôles et savoureux (non mais ce délire autour des poulets T_T), mais ce ne sont pas des comics reliefs, loin de là. Il laisse aux autres les trahisons politiques, pour une activité plus subtile mais non moins redoutable : l’économie. Quant à Bugg, maintenant qu’on connaît sa véritable identité, c’est un vrai plaisir de le voir aussi agir seul.

Et plus haut, je vous parlais de champions pour terrasser l’Empereur immortel… Et quels champions ! Karsa Orlong et Icarium, rien que ça ! Autant vous dire que certaines scènes étaient bien tendues.

Tout ça, c’était pour la capitale, mais dans les plaines, ça bouge aussi beaucoup. A commencer par les Malazéens, qui comptent bien bouffer des Edurs au petit dej’. Très bonnes scènes là aussi, avec son lot d’embuscades et d’escarmouches, mais ce n’est pas forcément ce que je retiens le plus : je suis toujours impressionnée par la camaraderie qui ressort entre les personnages, et la sympathie qu’on en éprouve pour eux, alors même que leur nombre fait qu’on ne peut pas tous les identifier et les reconnaître. Dans les plaines, on fera aussi la rencontre de guerriers pas piqués des hannetons, mais je vous laisserai les découvrir.

Et ça… ce n’était que pour les mortels ! Parce que les Ascendants et autres dieux ne sont pas en reste. Ca complote, ça trahit… et ça recherche vengeance. Leurs machinations ne sont pas toujours faciles à suivre, mais à chaque fois, on sait bien qui va payer la facture… Heureusement, certains personnages d’envergure comme le mage Ben le Vif sont là pour veiller au grain. Au passage, l’histoire terrible entre les Edurs et les Andii est toujours aussi fascinante.

Comme vous pouvez vous en douter, côté intrigue, c’est toujours bien touffu. Même au 7e tome, il y a toujours de nouvelles choses. J’avoue ne pas avoir toujours tout saisi, notamment pour ce qui est de relier les différents fils aux autres, et certains personnages étaient bien flous dans ma mémoire, mais ça n’entache pas le plaisir de la lecture global (bon, le wiki est mon ami, et ce sera celui des plus anglophones d’entre-vous). Je le dis à chaque fois, mais j’ai hâte de tout relire depuis le début. Cette profusion est à la fois une qualité et un défaut, mais si vous êtes arrivés là, c’est que c’est plutôt une qualité pour vous 😉

Côté ambiance… Beaucoup de batailles, de trahisons, de coups dans le dos, de mentions de viols, de tabassages en règle, mais c’est aussi ça que j’adore dans ces livres : l’émotion est toujours là. A côté de l’épique, rehaussant l’épique, même, à côté des gros enjeux, on a les personnages, on a les drames intimes et d’autant plus terribles qu’on s’attache à eux. On a l’émotion d’un dialogue àlacon, on a l’émotion d’un background qu’on attendait pas, d’une étreinte parfois manquée, d’un moment de bravoure suprême, et surtout, l’émotion d’une mort soudaine et tragique qui sert la gorge. C’est bien simple, les 200 dernières pages, mes yeux n’ont pas cessé de me brûler, et parfois pour des personnages que je n’avais pas vu venir. Les morts sont souvent injustes, et d’autant plus injustes qu’elles étaient parfois évitables. Mais c’est ce qui fait aussi la force de ces morts, qui ne servent pas uniquement le récit, qui nous montrent que la vie, parfois, ça tient à pas grand-chose.

Bilan

A chaque fin de tome, je me dis que non, le prochain n’arrivera jamais à atteindre la moitié de ce tome à en matière de d’univers, d’héroïsme et de tragédie, et chaque fois, je suis ravie de constater que je me suis trompée. Je suis toujours loin de tout saisir, les intrigues et les personnages étant tellement nombreux et complexes, mais ce que j’en saisis est tellement impressionnant que bon, la compréhension fine attendra la relecture. Merci encore aux éditions Leha d’avoir relevé le défi de cette publication !

Et ailleurs, qu’en pense-t-on ?

3 réflexions sur “Le Livre des Martyrs T7 : Le Souffle du Moissonneur, Steven Erikson

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